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Papa fait de la politique

(10/06/2012)

Les imprévus se rajoutent au manque de temps. Les trois enfants de Melchior Wathelet (CDH) le lui rappellent souvent : “On n’aime pas ton boulot”

BRUXELLES Aujourd'hui, c’est la fête des pères. Les plus petits ont confectionné dans le plus grand secret des porte-clés, des cadres-photos décorés de pâtes, des pots en coquillages . Ils ont appris des poèmes qui riment avec "je t’aime". Tous ne pourront pas les réciter à la date prévue. La société et les familles ont profondément changé à la suite de l’augmentation des divorces, séparations et autres recompositions. Les nouvelles constellations obligent à jouer les funambules avec les agendas. Pas simple d’harmoniser boulot, enfants et vie privée. Un secrétaire d’Etat témoigne.

Cinq portraits d’enfants éclairent le mur du bureau de Melchior Wathelet, secrétaire d’Etat (CDH) à l’Environnement, à l’Energie, à la Mobilité et aux Réformes institutionnelles. Les siens : Margaux (10 ans), Melchior (8 ans) et Julien (4 ans). Et ceux de sa compagne : Noa (7 ans) et Chloé (4 ans). "Il y a de l’ambiance quand ils sont là tous les cinq". Une "nouvelle" famille, comme tant d’autres. Sauf que papa fait de la politique. "Ce qui veut dire que j’ai des horaires chargés, mais aussi très flexibles. La journée commence toujours très tôt et se termine toujours très tard et on ne sait jamais rien prévoir. C’est ma plus grande frustration par rapport à mes enfants", confie Melchior Wathelet, 34 ans. Plus encore que le manque de temps, l’incertitude est cruelle. "Quand je leur ai promis que je serais là le dimanche pour une raison particulière et puis qu’au dernier moment, il y a un problème, c’est très dur à vivre et à accepter. Et je sais de quoi je parle". Fils de ministre, il a lui-même vécu cette situation naguère.

"Souvent, on déteste le boulot du papa". Pas pour ce que la politique représente. "Ils aiment plutôt bien parler des compétences que j’ai pour le moment : ma fille est très sensible à l’environnement et mes fils adorent les trains, les avions Mais ils n’aiment pas la politique parce qu’elle prend beaucoup de temps à papa". Ce qui pèse le plus lourd, ce sont les imprévus qui s’ajoutent à des moments qui sont déjà trop peu nombreux. Les "On déteste la politique !" ou "On n’aime pas ton boulot" ressortent alors invariablement.

Le secrétaire d’Etat essaie de "bétonner" un soir par semaine pour eux et le maximum pendant les week-ends où ils sont chez lui. Mais il y a aussi la distance : Verviers-Bruxelles, c’est une heure cinq, quand tout va bien "Quand, le soir gardé libre pour eux, plutôt que de rentrer à 19 heures, il est 20h15, parce qu’il y avait un accident sur l’autoroute, ce n’est pas simple On n’a plus le temps, on ne mange pas ensemble, on ne discute pas : la frustration est partagée".

Melchior Wathelet se dit très content que le rôle du père soit plus flou, moins défini qu’avant. "Je n’aime pas l’idée du père qui doit être l’autorité, qui doit donner les lignes. Je refuse de croire que l’autorité doit être laissée au père. Je refuserais aussi que tous les moments un peu attendrissants, la proximité et les câlins soient réservés à la maman. Ce serait tout à fait injuste à l’égard du père. Je pense avoir pas mal de côtés féminins dans ma manière d’être papa." Même s’il est clair que, "face à un petit ket de 8 ans, ma voix et ma stature physique font que de temps en temps, j’ai plus d’influence."

Celui qui était secrétaire d’Etat en charge des Familles dans le précédent gouvernement insiste : "Il y a plus un rôle de parent qu’un rôle de père : être là pour les enfants quand il faut; leur donner énormément d’amour et d’affection. C’est important, pour un enfant, de savoir qu’il est la personne qui compte le plus au monde pour vous. Que vous serez là pour dire ce qu’il faut qu’il entende, et pas forcément ce qu’il a envie d’entendre. C’est quelque chose de fondamental. C’est la magie d’être parent, indépendamment d’être père ou mère."

Les sociétés ont très fort évolué, dans la bonne direction, estime Melchior Wathelet. "Tous les clichés de la mère, du père, du prof s’en vont. Il y a de moins en moins de règles parce qu’on va de plus en plus vers l’autodétermination : la personne s’impose elle-même la règle. Mais ce n’est pas plus simple : tout se fait par le dialogue, la concertation, le contact. Ce n’est pas toujours facile de parler à un enfant et pourtant il faut le faire. Cette évolution difficile demande beaucoup plus d’énergie, d’attention, d’ajustements, d’autocritique. C’est plus confortable de ne jamais devoir se poser de questions" .

An.H.

© La Dernière Heure 2012

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