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La glace cède sous les pieds des Inuits

(16/04/2007)

La vie ancestrale des autochtones du Grand Nord canadien est bouleversée par l'amincissement de la banquise

IQALUIT La glace cède sous les pieds des chasseurs inuits, qui se tuent en tombant, il n'y a plus assez de neige pour construire les igloos et on voit des dauphins pour la première fois: le réchauffement du climat se fait déjà sentir au Nunavut, dans le Grand Nord canadien.

"C'est vraiment le point zéro pour le réchauffement climatique", explique Will Steger, un Américain de 62 ans. Fin connaisseur de la région, il parcourt celle-ci depuis une quarantaine d'années et a pu constater l'impact du réchauffement sur les 155.000 habitants autochtones.

"Cet endroit abrite une culture vieille de 5.000 ans, fondée sur un écosystème très délicat et interdépendant", a-t-il expliqué dans un entretien par téléphone satellite depuis un village proche d'Iqaluit, capitale du territoire canadien du Nunavut, à 320 kilomètres au sud du cercle arctique. "Un par un, des petits morceaux de cet écosystème disparaissent."

M. Steger accompagne actuellement des guides inuits dans un voyage de trois mois et de 1.900 kilomètres en traineaux à chiens à travers l'ile de Baffin, dans le nord-est du Nunavut. Accompagné par un caméraman, il tourne un documentaire sur la manière dont les chasseurs inuits doivent s'adapter au réchauffement de l'océan Arctique et à la fonte de la glace polaire. En juin, il sera auditionné par une commission du Sénat américain sur le réchauffement.

Lorsqu'il a été interviewé par l'Associated Press début mars, il se dirigeait avec ses compagnons vers Clyde River au milieu de la plus importante population d'ours polaires au monde, par une température de -12 degrés Celsius, inhabituellement clémente pour la saison.

Les chasseurs inuits qu'il a rencontrés sur l'ile de Baffin lui ont décrit des créatures pour lesquels il n'existe pas de mots dans leur langue, l'inuktitut: des rouges-gorges, des pinsons et des dauphins. Ils lui ont tous dit la même chose: chasser sur la banquise devient trop dangereux.

"Tous ces villages ont perdu des gens sur la glace", explique M. Steger. "Pour un petit village de 300 ou 400 personnes, perdre trois ou quatre chasseurs expérimentés, c'est grave." Un savoir millénaire consistant à déchiffrer les vents, les nuages et les étoiles pour trouver les meilleurs endroits de chasse est en train de disparaitre, prévient-il.

"Beaucoup d'anciens ne vont plus sur la banquise car leur savoir n'est plus utile. Ce qu'ils ont appris et transmis depuis 5.000 ans ne marche plus", explique-t-il, notant qu'ils ne peuvent même plus construire d'igloos durant les campagnes de chasse, faute de neige. "Tout est bouleversé ici".

Meeka Mike souligne que l'amincissement de la banquise a commencé à être remarqué il y a une dizaine d'années et a contraint les animaux de l'Arctique à migrer plus au nord. Aujourd'hui, dit cette habitante d'Iqaluit, les chasseurs inuits découvrent des morses échoués et des bébés phoques seuls sur des morceaux de glace dérivant, voués à une mort certaine.

Les Inuits mettent plus de temps pour atteindre les zones de chasse "car nous ne pouvons y accéder par la glace", souligne Mme Mike. "La glace gèle beaucoup plus tard, elle est plus fine et se rompt à la marée de pleine lune", explique-t-elle en désignant la baie de Frosbisher, dans le sud-est de l'ile de Baffin. La vie est "déphasée".

Rosie Stancer, une mère de 47 ans, parente éloignée de la famille royale d'Angleterre, s'est lancée le 6 mars dans une longue marche en solo de 60 jours et de 764 kilomètres sur l'océan gelé pour atteindre le pôle Nord. Elle transporte ses vivres sur un traineau qu'elle traine derrière elle, ainsi qu'un fusil pour repousser les ours polaires.

Si elle réussit, elle deviendra la première femme à avoir atteint à pied les deux pôles. En 2004, elle était devenue la deuxième de l'histoire à gagner le pôle Sud pedibus et en solo. Son expédition a également des visées scientifiques: elle doit en effet observer les effets du réchauffement pour le compte de l'université de Cambridge.

Son plus gros obstacle, dit-elle, est le temps. La période durant laquelle la glace est suffisamment sûre pour permettre à un avion de se poser pour la récupérer se réduit d'une année sur l'autre. Selon les pilotes, elle n'a que 60 jours pour rallier le pôle Nord alors que la plupart des expéditions mettent habituellement plus de temps.

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