Beauté & Mode

Il y a les grands défilés qui imposent les tendances du prochain hiver. Mais à New York, on sent aussi une volonté de changer la donne et de se débrouiller pour exister et pour montrer que le monde n'est pas que glam, chic et minceur extrême.


C'est à New York que les lignes bougent le plus et lancent les tendances de demain. Les événements dont on parle ci-dessous sont très minoritaires. Dans son immense majorité, les défilés durant cette fashion Week de New York rassemblent ceux de créateurs célébrés de par le monde et qui continuent de faire porter leurs créations à des femmes très maigres et pour la plupart blanches.

Mais Madeline Stuart, la jeune trisomique qui rêvait de défiler il y a deux ans est devenue créatrice, la marque AnaOno a marqué les esprits avec une réalité qui touche tellement de femmes : le cancer du sein, l'insouciance de la création est entâchée par des questionnements existentiels : que peut la mode contre la politique cassante de Donald Trump ? Et comment faire pour défiler coûte que coûte quand on n'a pas assez d'argent pour le faire ? Bref, quand rien ne va plus, la créativité arrive au galop et bouscule, un peu les lignes, les murs et les égos.


Un défilé de mode dans un car scolaire

© AFP

La plupart des défilés de la Semaine de la mode new-yorkaise se déroulent dans des lieux soigneusement choisis, aux décors parfois grandioses, et peuvent coûter jusqu'à 250.000 dollars à organiser, selon le célèbre créateur Marc Jacobs.

L'artiste Amanda Mehl, née en 1983, n'avait pas ce genre de budget pour son premier défilé. Alors elle a décidé de l'organiser dans un car scolaire jaune, comme il en circule des centaines chaque jour à New York. Et s'en est sortie, avec l'éclairage, les radiateurs, les couvertures -et même un petit sachet cadeau pour chaque invité avec une pomme et une petite brick de jus de fruits - pour 2.000 dollars à peine.

"Je pensais aussi que ce serait amusant, la collection va très bien avec ce genre d'ambiance enfantine rétro", a-t-elle expliqué. "Ce sont des vêtements pour les filles qui veulent s'amuser, a-t-elle ajouté. "J'aime l'attention, je veux que les gens m'arrêtent et parlent de mes tenues, mais ce sont des habits dans lesquels on se sent bien. Ils sont audacieux et amusants".

Et où était garé le car? Tout près du QG de la Fashion Week où, quelques instants plus tôt, célébrités et fashionistas s'étaient retrouvés pour l'un des défilés les plus courus de la semaine, celui des créateurs de Monse-Oscar de la Renta.


Madeline Stuart, trisomique, mannequin et désormais créatrice


Madeline Stuart, la jeune mannequin trisomique qui avait défilé sous les bravos à New York en septembre 2015, est revenue présenter sa première collection. Pour les débuts de sa marque "21 Reasons Why", cette Australienne de 20 ans a présenté une ligne sport et décontractée en lycra - avec collants, jupes et hauts barrés de messages comme "Supermannequin" ou "Je suis la Fashion Week".

"C'est (une ligne) dans laquelle tout le monde peut être confortable et se sentir bien dans sa peau", a d'ailleurs expliqué Rosanne Stuart, la mère de Madeline. Le nom de la marque est une référence au 21e chromosome, dont l'anomalie est à l'origine de la trisomie, mais aussi à la volonté de voir le monde gagner en diversité, et au souhait partagé d'avoir 21 ans, a-t-elle expliqué.

Madeline entend continuer à imprimer sa marque dans la mode: elle devait participer à un autre défilé, travailler comme mannequin à Los Angeles et Londres, et espère montrer bientôt sa collection à Denver et à la Semaine de la mode de Paris.


De la lingerie pour les femmes ayant souffert ou atteinte d'un cancer du sein

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Le défilé de Madeline Stuart s'inscrivait dans une série de présentations originales organisées dans une galerie d'art du quartier de Lower East Side. Avant "21 reasons Why", les invités avaient assisté à un autre défilé fort en émotions, consacré à des femmes ayant été atteintes d'un cancer du sein.

Seize femmes, d'âges et d'origines ethniques diverses, ont présenté de la lingerie et des tenues d'intérieur signées AnaOno, qui conçoit des vêtements spécialement pensés pour les femmes ayant eu une mastectomie ou une opération du sein. Certaines participantes ont dévoilé avec fierté leur poitrine reconstruite ou les doubles mastectomies subites, sous les encouragements du public, lors d'un défilé destiné à améliorer la connaissance de la maladie et à encourager la recherche.


Tiffany Trump, la fille oubliée de Trump soutient une créatrice chinoise

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La créatrice chinoise Taoray Wang a accueilli, à l'occasion de son défilé samedi, la plus jeune fille de Donald Trump, Tiffany, qu'elle a déjà habillée, sans état d'âme malgré des appels au boycottage.

Pour découvrir la collection automne/hiver de la designer qui avait conçu le manteau qu'elle portait le 20 janvier lors de l'investiture de son père, la jeune femme de 23 ans s'est présentée avec sa mère, Marla Maples, ancienne épouse de Donald Trump. "Je préfère me concentrer sur les qualités personnelles et la personnalité que de mettre une étiquette", a expliqué Taoray Wang, au sujet de celle qu'elle considère comme "une formidable jeune femme".


Encore et toujours Trump qui fait peur aux créateurs mexicains


D'habitude, c'est lorsqu'il prépare ses défilés que le créateur Louis Verdad a du mal à dormir. Mais ces derniers temps, l'élection de Donald Trump lui a aussi donné des insomnies, dit-il.

"Je suis né à Chicago mais j'ai grandi et passé toute ma vie au Mexique, avec des parents qui sont du Mexique. Je ne peux pas changer la nature de mon sang", a déclaré dimanche soir ce designer de 36 ans, en marge de la Semaine de la mode new-yorkaise. Fier de ses racines latines, Verdad sent qu'il doit maintenant travailler "pour avoir une voix, pour être sûr que les gens comprennent qu'on est important, qu'on compte et qu'on sert à quelque chose. Pour moi, cela veut dire faire une belle collection, pour que les gens te respectent".

"Nous ne sommes pas seulement des immigrés, nous sommes des créateurs de tendance, des meneurs", a-t-il insisté. "C'est un bon moment, pour nous latinos, pour nous faire entendre dans le monde de la mode", a-t-il ajouté.