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Test-Achats a mis en garde contre les huiles minérales contenues dans ces produits. Mais saviez-vous qu’ aux doses utilisées, les substances incriminées ne représentent pas de réel danger pour la santé ?

Faut-il vraiment éviter de se badigeonner les lèvres de certains baumes, en raison des huiles minérales qu’ils contiennent ? Les pharmaciens du pays ont été assaillis de questions à ce propos suite à la récente enquête de Test-Achats (T-A) ( lalibre.be du 25 septembre ). Avant l’arrivée des grands froids, faisons le point sur le sujet.

1. Que dit l’organisation de défense des consommateurs Test-Achats ?

Elle met en garde contre les huiles minérales (également appelées paraffines sous leur forme solide) potentiellement dangereuses pour la santé que la plupart des baumes à lèvres (15 sur 21 analysés) contiennent en quantités excessives, si l’on s’en réfère aux recommandations d’institutions comme Cosmetic Europe et l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Les huiles minérales conviennent particulièrement bien aux produits cosmétiques car elles forment un film protecteur sur la peau, ralentissent la déshydratation et participent à la texture des produits. Dans les sticks pour lèvres, elles procurent également un effet de brillance. Si de nombreux cosmétiques contiennent des huiles minérales, sans que cela pose problème pour des soins de la peau, le hic pour les sticks à lèvres est, selon T-A, que ces substances potentiellement nocives pour la santé peuvent être en partie ingérées.

2. Quelles sont précisément les substances nocives incriminées ?

Il s’agit en l’occurrence des MOSH (Mineral Oil Saturated Hydrocarbon ou hydrocarbures saturés) et des MOAH (Mineral Oil Aromatic Hydrocarbons ou hydrocarbures aromatiques). MOSH est l’appellation utilisée pour désigner une petite fraction de composés des huiles minérales. A ce jour, aucune étude toxicologique ne démontre un potentiel toxique significatif des MOSH. MOAH est une autre fraction, minoritaire, de composés aromatiques présents à l’état de trace infime dans les huiles minérales utilisées en cosmétique (qui sont hautement purifiées). Les composés MOAH ne peuvent pas être utilisés en cosmétique. C’est pourquoi les fabricants utilisent des huiles de qualité pharmaceutique où, après purification, les MOAH ne représentent plus qu’une fraction tellement infime qu’elle est difficilement détectable.

3. Que sait-on au juste des dangers de ces huiles minérales pour la santé ?

" Leur risque précis n’est pas encore très bien établi ", admet Test-Achats, " mais on soupçonne fortement les MOAH d’être cancérogènes, et les MOSH de s’accumuler dans les organes et d’entraîner la formation de tumeurs dans les glandes lymphatiques, le foie ou la rate. Or, leur présence n’est signalée ni sur l’emballage, ni sur la liste des ingrédients, ce qui complique encore le choix du consommateur ". T-A déplore donc que " l’instance européenne compétente tolère jusqu’ici l’utilisation de ces substances nocives, et ne fixe même pas de seuil de sécurité. "

4. Quels sont les "bons" baumes et les "mauvais", selon l’enquête de TA ?

Dès lors, tenant compte de la présence ou non d’huiles minérales, T-A conseille de ne pas acheter les sticks à lèvres des marques (par ordre alphabétique) Aptonia, Avène, Carmex, Eucerin, La Roche-Posay, Labello Original, Labello Sun protect, Le Petit Marseillais, Louis Widmer, Maybelline Babylips Dr Rescue, Maybelline Babylips hydrate, Neutrogena, Vaseline, Vichy et Yves Rocher. Six baumes ont en revanche reçu l’approbation de T-A : Caudalie, Hema Care, Lavera, Lush, Nuxe et Weleda Everon.

5.     Comment a réagi l’association des producteurs de cosmétiques Detic ?

Suite aux allégations lancées par T-A, Détic (Association belgo-luxembourgeoise des producteurs et des distributeurs de cosmétiques, détergents, produits d’entretien, colles et mastics, biocides et aérosols) a réagi. En rappelant notamment que " Toutes les matières premières utilisées dans les cosmétiques sont soumises à des tests toxicologiques très stricts et répondent à des normes sévères en matière de pureté et de qualité. De nombreuses études ont apporté la preuve que les huiles minérales utilisées comme ingrédients dans les produits cosmétiques ne présentent aucun risque pour la santé et sont totalement sûres. En outre, les recherches scientifiques ont montré qu’elles n’ont aucun effet cancérigène. Contrairement à ce que prétend Test-Achats, les recommandations publiées par Cosmetics Europe ne comportent pas de limite de sécurité ! Et pour cause, étant de grade pharmaceutique, leur pureté et leur qualité sont telles qu’elles ne présentent pas de danger toxique. Les consommateurs peuvent utiliser les produits cosmétiques contenant des huiles minérales en toute sécurité ."

6. Parmi les marques incriminées, comment s’est, par exemple, défendu Avène ?

Le stick lèvres Cold Cream des Laboratoires dermatologiques Avène fait partie de la liste des 10 baumes qui ont été déclassés par Test-Achats. Pharmacienne au sein du groupe, Christel De Bisschop n’a pas manqué de réagir : " La paraffine liquide ou paraffinum liquidum est autorisée par le Règlement cosmétique européen en vigueur. Elle est non soumise à restriction ou condition d’emploi. Les huiles ou cires minérales sont inertes et sont parfaitement stables et efficaces. Notre paraffine liquide (moins de 10 % et non 30 % comme prétend T-A) est de qualité Pharmacopée européenne et répond à la recommandation de Cosmetics Europe de 2004 et de 2014. "

7. Que pense le Pr Alfred Bernard, toxicologue, du risque sanitaire ?

Directeur de recherches FNRS et toxicologue à l’UCL, le Pr Alfred Bernard nous a répondu : " Si les huiles minérales sont effectivement extraites du pétrole, le risque pour la santé d’ingérer en de telles quantités ces substances demeure très faible. Par ailleurs, il faut souligner que le secteur des cosmétiques figure parmi les mieux contrôlés. Par contre, là où ces huiles minérales se retrouvent en quantités bien plus discutables et potentiellement dangereuses pour la santé, c’est dans les huiles utilisées pour démouler les produits de boulangerie, pâtisserie, biscuiterie. Ou encore dans les papiers "gras" d’emballage de confiserie, utilisés pour que certains bonbons ne collent pas au papier lorsqu’on les déballe. "

8 Quelles sont les éventuelles alternatives à envisager ?

Pour qui ne voudrait même pas acheter les baumes exempts d’huiles minérales, il reste la solution des produits "faits maison" : par exemple à base de beurre de karité ou de cacao, cire d’abeille, huile végétale (d’amande douce, de coco, d’olive…), de miel d’acacia… Des ingrédients à doser scrupuleusement et auxquels on pourra éventuellement ajouter de la vitamine E liquide, voire quelques gouttes d’huiles essentielles. Selon les goûts.