Food Le millésime 2018 serait le meilleur depuis 1964. Enfin…

Depuis minuit tapante, des millions de bouchons de beaujolais nouveau 2018 ont sauté. Des États-Unis à la Chine (selon le décalage horaire évidemment) en passant par la France et la Belgique, ce vin rouge sans prétention aura fait le bonheur des producteurs pour cette incroyable opération de marketing. Entre amis, entre collègues, au bistrot, au bureau, à la maison mais toujours avec modération, du moins on l’espère, ce gamay noir permet aux verres de s’entrechoquer, aux langues de se délier et - n’est-ce pas l’un des atouts du vin ? - aux gens de se rapprocher.

Pourtant, chaque année lors du troisième jeudi de novembre, deux débats font couler encre et salive autour de ce vin. Primo : goût de banane ou non ? Pour les consommateurs que nous sommes, cela n’a aucun intérêt. Vous aimez ou non. Point. Secundo : est-ce un vrai vin et, accessoirement, est-ce un bon vin ? Si tous les goûts sont dans la nature et, par essence, ne se discutent pas, le beaujolais nouveau doit être appréhendé pour ce qu’il est. Autrement dit, un vin dont les raisins ont été cueillis en septembre et qui est bu le troisième jeudi de novembre.

Dans le sens noble du terme et pour les puristes, cela ne peut décemment pas être considéré comme un grand vin mais, au fil des années, il faut bien reconnaître qu’il y a des millésimes "avec", comme on dit, et d’autres qu’il vaut mieux zapper.

Petit rappel historique mais bref. Le beaujolais nouveau n’existe pas. Il s’agit d’une invention de Georges Dubœuf, grand producteur et maison de négoce, qui, dans les années 1950, a imaginé ce coup de pub pour écouler des millions de bouteilles et générer de l’argent cash pour les vignerons. Un coup de génie, puisqu’en 2017 vingt-quatre millions de bouteilles ont été distribuées, et sans doute bues. 40 % de la production, qui provient de douze appellations du Beaujolais (Morgon, Chiroubles, Julienas, Moulin-à-Vent…), file à l’étranger. Au-delà de toutes les considérations commerciales, reste le seul et unique sujet du jour : son goût. "La météo exceptionnelle dont l’été nous a gratifiés va déboucher sur des vins concentrés, avec un acide faible. Donc plutôt souples et ronds", affirme l’Inter Beaujolais, forcément partie prenante.

Cette association ose même dire en catimini que c’est la meilleure cuvée de beaujolais nouveau depuis… 1964 ! En d’autres termes, nous avons tout de même englouti au fil des années quelques piquettes.