Food

La fourchette connectée arrive sur nos tables pour réguler notre rythme et (peut-être) nous faire maigrir. Décryptage.


C’est plus fort que vous. Lorsque votre plat préféré arrive sur la table, vous vous jetez dessus. C’est tellement bon que vous enchaînez les coups de fourchette et votre repas est vite englouti. Seulement voilà, manger rapidement n’est pas sans risques. C’est face à ce constat que l’entreprise Slow Control a lancé « HAPIfork », le prototype de la fourchette connectée, en 2013.

Le principe ? Grâce à de petits capteurs, le couvert se met à vibrer et à clignoter, signe que vous mangez trop vite. La promesse est simple : « Mangez mieux, ralentissez et perdez du poids », déclare le site officiel de la marque. Autrement dit, il faut déguster et non pas se goinfrer.


De quels risques parle-t-on ?

« HAPIfork », depuis rebaptisée la « 10s Fork » (« fork » veut dire fourchette en français, ndlr), permettrait donc de retrouver un bon comportement alimentaire. « La vitesse à laquelle nous mangeons est l’un des facteurs qui entrent en jeu dans les situations de suralimentation, de surpoids et d’obésité », nous explique Nicolas Guggenbühl, diététicien.

En principe, pour bien manger, il faudrait espacer nos bouchées d’au moins dix secondes. « Elles garantissent une tenue de la vitesse de consommation », estime le nutritionniste pour qui le temps est un facteur clé du bien manger. « Il faut donner à son organisme l’occasion de déclencher les signaux de la satiété ». Celle-ci apparaît après vingt minutes lors d’un repas. Nicolas Guggenbühl préconise aussi de « bien mâcher ses aliments et de poser ses couverts de temps en temps ».

Cependant, la fourchette connectée a encore beaucoup à prouver. "On sent qu’il y a un fort potentiel depuis quelques années, mais pour l’instant il n’y a pas d’études abouties qui attestent de son efficacité à infléchir l’obésité", constate l’expert en nutrition qui s’interroge sur l’impact de cet objet à moyen terme. « Les gens peuvent se lasser et ne plus respecter le rythme imposé, et peut-être même s’énerver. Tout ça est encore flou ».


Le quantified self est partout

Intervalle entre les becquées, leur nombre par minute, la durée du repas… Tous vos mouvements sont stockés dans cette fourchette intelligente. Une clé USB permet aussi de mettre les données sur un ordinateur ou sur un smartphone pour les décortiquer.

Après les montres, les balances et les podomètres, cet énième objet intelligent s’inscrit dans la grande tendance du quantified self ou « mesure de soi » : on s’évalue et on s’améliore grâce à des applications. L’émergence des smartphones a révolutionné notre manière d’appréhender notre bien-être. Le quotidien et la santé ont pris une dimension connectée. La preuve ? Le marché des wearable technologies, dont HAPIfork fait partie, représenterait 50 milliards de dollars à lui seul d’ici 2022.