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Les chocolatiers rivalisent d’ingéniosité pour rendre leurs créations de plus en plus design et attrayantes.Pierre Marcolini pousse le concept encore plus loin en faisant fleurir sa vitrine du Sablon avec “les Rêves de Pierre.

Il y a le design que l’on accroche au mur, celui dans lequel on se prélasse et puis celui dont on ne fait qu’une bouchée. Dans l’univers de Pierre Marcolini, tout est pensé design, tout est esthétique, séduisant. Par envie. Par essence. Rencontre avec un chocolatier qui a le goût du beau.

Vous avez des créations très minimalistes dans leurs lignes… L’idée est d’épurer au maximum ?

Il s’agit de l’une de mes recherches en tant que chocolatier et pâtissier… J’ai toujours voulu épurer, me rapprocher des réalités de notre temps. L’artisanat ne doit pas s’enfermer dans l’établi. L’ouvrage de Laure Dorchy “Le moule à chocolat” évoque très bien ces diverses périodes esthétiques : initialement, les chocolatiers réalisaient des scènes de vie très réalistes, puis est venue la tendance art déco et enfin, celle que j’appelle “Walt Disney”, avec des animaux schématisés, mignons. De mon côté, j’ai pris le parti de tirer le trait au maximum.

Vous collaborez avec des designers réputés comme Tom Dixon ou Charles Kaisin…

J’aime faire des collections, m’initier à un univers qui n’est pas le mien, décloisonner les espaces de création. Je fais ce métier depuis plus de 20 ans… Autant de fêtes de Pâques et de Noël. Il est bon d’échanger avec d’autres pour rafraîchir ces concepts, avoir un regard neuf par rapport à ces fêtes. Et puis, cela part souvent d’une fascination, de rencontres, d’amitié. J’aime mélanger les genres. La sphère Noël que l’on a réalisée avec Charles Kaisin par exemple a été un magnifique succès. Un Père Noël symbolisé par une boule, sans tête… un peu à la Tim Burton.

© Marcolini

Vous est-il arrivé de pousser le concept un peu trop loin ?

La boîte réalisée en collaboration avec l’artiste Pierre Pilotto a été moins comprise. Il s’agissait d’une boîte et d’un jeu. Une bonne expérience mais un moindre succès.

Quel est votre fil rouge ?

Que cela me plaise. Je dois être convaincu. J’ai beaucoup d’idées… Mes collaborateurs ont tendance à me dire que les rêves de Pierre sont le début de leurs cauchemars. J’aime rendre hommage aussi. Au Japon, par exemple, dans l’une de mes dernières collections. Là-bas, on ne fête pas Pâques. J’ai imaginé un œuf dont le design s’apparente à une poupée, une princesse de la lune pour faire référence à leurs légendes.

Avoir un beau chocolat est essentiel ?

L’ADN de la Maison Marcolini est de susciter une émotion, d’emmener en voyage. Avant la dégustation, le désir doit être titillé. Aujourd’hui, le design éphémère de l’assiette est partout recherché. Le chocolat se doit d’être séduisant, interpellant. C’est en plus une matière qui se travaille bien, on peut vraiment s’éclater avec du chocolat et une imprimante 3D, de la sérigraphie, des moules en silicone, des colorants naturels.


© Marcolini
Pierre Marcolini a travaillé avec le fleuriste Thierry Bouthémy pour parer la devanture de sa boutique du Sablon d’une installation florale majestueuse

Votre design propre s’exprime aussi dans votre packaging. Comment a-t-il évolué ?

Ma première étape a été de balayer le ballotin qui existe depuis plus d’un siècle. Je voulais contrer cette tendance qui veut que l’on souhaite toujours aller voir les pralines situées dans le dernier étage de la boîte… J’ai alors fait appel à la maison Delvaux et est née la “malline”, contraction de malle et praline. Avec les pralines présentées par plateau, le chocolat devenait réellement précieux. Sous l’impulsion de Yann Pennor’s, designer culinaire, j’ai changé la couleur des emballages qui étaient bruns… une couleur trop redondante par rapport au contenu. Yann m’a demandé quelle était ma couleur. J’avais été touché par Pierre Soulages et son outrenoir. J’ai alors choisi le noir pour sa profondeur lumineuse. En parallèle de cette démarche, j’ai aussi diminué la taille des chocolats… 4, 5 ou 6 grammes maximum afin d’inviter à plusieurs voyages lors de la dégustation plutôt qu’à plusieurs bouchées dans une même praline.

La boutique du Sablon est aussi un emblème d’esthétisme… surtout lorsqu’elle est décorée par Thierry Bouthémy.

Je souhaitais avoir un lieu qui rende hommage au chocolat. En 2004, j’ai ouvert cette boutique au Sablon. Nombreux m’ont pris pour un mégalo. Et l’an dernier suite à la morosité qui planait sur la Belgique, j’ai voulu faire rêver, montrer que Bruxelles est magnifique, qu’elle est lumineuse et rayonnante. C’est un parti pris. Thierry Bouthémy, fleuriste, a alors réalisé une installation florale majestueuse. Si bien que beaucoup de personnes peuvent penser que ce magasin est à New York, à Londres, à Paris…, mais non, il est à Bruxelles.

Quel a été votre mot d’ordre à Thierry Bouthémy pour l’installation de cette année, “Les Rêves de Pierre” ?

La tête dans les nuages. C’est pour cela qu’on retrouve des échelles, l’univers du Petit Prince. J’ai envie d’inciter tout un chacun à réapprendre à rêver, et à poser un autre regard sur Bruxelles.