Magazine Entretien, forcément sans tabou, avec l’icône du cinéma pornographique : Brigitte Lahaie.

C’est un beau livre de plus de 300 pages ( Brigitte Lahaie, les films de culte , aux éditions Glénat) généreusement illustré, initié par deux jeunes cinéphiles, qui retrace toute la carrière cinématographique de Brigitte Lahaie. En tant qu’icône du porno. Mais aussi en actrice, hors films X.

40 années se sont écoulées depuis que Brigitte a répondu à une annonce, en montant à Paris. On entrait dans l’âge d’or du cinéma pornographique. Elle est recrutée pour une première scène. " C’était pour des raccords pour un film italien , nous raconte Brigitte Lahaie, entre autres souvenirs, la voix posée, les réponses franches. Avec elle, pas de faux-semblants. Le metteur en scène était aussi l’acteur. C’était dans un contexte assez sexuel, finalement pas trop cinématographique et j’ai trouvé ça très excitant. Je me suis dit : tiens, c’est fun ! "

Votre premier film, quel souvenir en gardez-vous ?

"J’avais relativement un petit rôle, c’était un tournage assez sympathique, avec des gens bien. Après ce film, il y a eu une ou deux choses un peu plus compliquées, mais j’étais déjà dans le bain donc j’ai supporté quand c’était moins facile. J’avais déjà une bonne impression de ce métier. J’ai toujours dit que j’avais pris du plaisir à faire ce métier. Quand j’en ai eu marre, j’ai arrêté."

Et votre premier film traditionnel ?

"C’est Jean Rollin avec qui j’avais tourné du X qui m’a donné un rôle dans Les raisins de la mort . Mais je ne peux pas dire que j’ai fait une différence entre ce cinéma-là et le porno. Pour moi, j’étais devant une caméra. J’étais heureuse d’être filmée… L’ambiance n’était pas terrible cependant car on me regardait comme le vilain petit canard. Il y avait beaucoup de jugements à l’époque. C’est vraiment entre 1980 et 1984 que ça a été compliqué. C’était la traversée du désert. Ce qui était difficile, c’était financièrement. J’avais pris l’habitude de bien gagner ma vie - surtout à la fin de ma carrière, par rapport à des métiers plus classiques - et tout à coup il y avait des moments où j’étais sans travail."

Plus que tout, vous aimiez le regard de la caméra sur vous, quoi qu’on vous demande ?

"C’est exactement ça. Il y avait une espèce de naïveté, d’insouciance, d’exhibitionnisme. Je suis tout à fait consciente que ce n’était pas très raisonnable de ma part, mais j’étais bien."

Vos parents étaient au courant dès le début ?

"Je les ai prévenus assez vite. Et tant mieux parce qu’ils ont reçu une lettre anonyme peu de temps après. Je ne peux pas dire que ça ait fait plaisir à ma mère mais mon père - qui travaillait en bourse - m’a dit : ‘Tu as utilisé ton capital !’ Il était moins coincé que ma mère. Même si elle ne m’a jamais critiquée ni jugée, mais c’était un sujet tabou entre nous."

La stabilité amoureuse, quand l’avez-vous trouvée ?

"Oh très tard, en 2000 ! Ça, c’était un peu mon problème. J’étais une grande passionnée et j’ai beaucoup aimé. Mais j’ai beaucoup quitté. À un moment, je n’avais plus très envie de ces relations pas stables et quand j’ai rencontré Patrick, qui est mon mari aujourd’hui, je me suis dit : ‘Allez, c’est l’âge, il faut se caser !’ Mais j’étais amoureuse de lui hein ! (sourire) Je ne regrette pas car c’était une expérience qui me manquait dans mes expériences amoureuses : le couple qui dure, qui tombe un peu dans l’habitude et qu’il faut secouer. Ça fait maintenant 17 ans qu’on se connaît avec mon mari."

Avez-vous peur de vieillir ?

"Non, parce que je vieillis plutôt bien, mais je m’entretiens. Par contre, j’ai très peur de la déchéance. J’ai renoncé à ce besoin de séduire, peut-être parce que j’ai tellement séduit… Je n’ai pas ce problème, je n’ai pas peur de ne plus être un sex-symbol."

Dans l’esprit de beaucoup d’hommes vous êtes pourtant restée ce sex-symbol…

(sourire) "Oh je ne suis pas stupide, ce sont leurs souvenirs qui leur montent à la tête ! Ça m’amuse parce que c’est une telle revanche pour cette jeune fille ingrate qui pensait ne pas plaire !"


"J'avais besoin de séduire et une forte pulsion sexuelle"

Elle a réussi une prouesse : constuire une carrière par-delà le X

Au bout de trois ans et demi, Brigitte Lahaie décide d’arrêter sa carrière d’actrice X. Sans retour possible. "Au début, ça me faisait du bien. J’aimais ce que je faisais. Mais à un moment donné, je me suis rendu compte que j’étais en train de me détruire. C’est ma force : dès que je sais que quelque chose n’est pas bon pour moi, je m’en vais…."

Vous sentiez que vous perdiez pied ?

"Je sais que les actrices pornos n’aiment pas qu’on dise ça mais je pense que le fait d’être actrice de film porno ou prostituée, c’est quand même des métiers qui traduisent des blessures. Ça peut les colmater à un moment donné, mais il ne faut pas en abuser. C’est une thérapie qui est un peu borderline. Je ne dis pas aux gens qu’il ne faut pas faire du porno, mais attention, point trop n’en faut !" (sourire)

Quelles étaient vos blessures, jeune, au moment de commencer le porno ?

"Je n’étais pas bien dans ma condition de femme. Je ne me sentais pas très belle ni désirable. J’avais une envie très forte de plaire aux hommes. J’avais besoin de séduire. Ça m’a énormément nourrie. Et il y avait aussi une forte pulsion sexuelle chez moi qui m’a entraînée vers ça."

Le regard des hommes sur vous n’était-il quand même pas un peu biaisé, à cette époque ?

"J’avais besoin de me sentir désirable et j’avais vraiment besoin - aujourd’hui je ne suis plus du tout comme ça ! - de sentir que les mecs avaient envie de me sauter, pour parler vulgairement. Ça correspondait bien en fait. Dans la vie, je m’habillais comme une pute. Mais je n’en étais pas consciente. Si j’allais dans un dîner, toutes les femmes me fusillaient du regard et je me demandais : Mais pourquoi elles ne m’aiment pas ? Aujourd’hui, j’en rigole. C’était normal, avec mon décolleté et ma jupe au raz des fesses que les femmes ne me supportaient pas ! J’étais assez con ! J’avais une certaine éthique quand même : je n’ai jamais piqué le mec d’une amie !" (rire)

Depuis 2001, vous êtes une vedette de la radio en France (sur RMC puis SudRadio). Vous êtes la confidente, la sexologue préférée des auditeurs. Votre carrière au-delà du porno, vous l’avez réussie parce que vous avez toujours assumé votre passé ?

"Oui, j’en suis certaine. L’erreur que font pratiquement toutes les actrices de films pornos, c’est de ne pas assumer. Quand vous assumez, on ne peut pas vous attaquer. Il faut être cohérent entre ce qu’on dit et ce qu’on fait. J’ai un recul sur moi-même. Je ne me cherche pas d’excuses. J’assume tout ce que j’ai fait."

Vous pensez que votre succès en radio est dû à votre expérience ?

"Je pense qu’il y a aussi le fait que j’ai étudié la psychanalyse et la sexologie, j’ai beaucoup de bagages. Je sais de quoi je parle sur un plan technique et pratique. J’ai passé 60 ans maintenant et je trouve que la vie, passé 50 - 55 ans, n’a de sens que si on transmet."