Magazine

"L'imaginaire des productions françaises est encore empreint de clichés hérités d'un autre temps", a expliqué l'actrice Aïssa Maïga, à l'origine d'un recueil et d'une vidéo intitulés "Noire n'est pas mon métier"


Il pleuvait sur Cannes hier mais les abords du Palais des festivals étaient bien protégés même si les parapluies étaient légion ! Pour la projection de "Burning", il y avait de l'animation avec l'arrivée sur le tapis rouge de 16 actrices et réalisatrices noires et métisses, aux côtés de Khadja Nin, membre du jury, qui avaient décidé de manifester et de prendre la parole pour dénoncer le manque d'égalité et le racisme latent des femmes noires dans l'industrie du cinéma français.

Auparavant, elles ont épinglé dans un livre, "Noire n'est pas mon métier", les clichés, plaisanteries douteuses voire carrément racistes entendues dans l'exercice de leur métier en France.

"Vous parlez africain ?"

© AFP
En bas, dans une robe lamé argent, Aïssa Maïga, à l'origine du projet

"Heureusement que vous avez les traits fins", "vous parlez africain ?", "trop noire pour (jouer) une métisse", "pas assez africaine pour une Africaine", telles sont les réflexions entendues par Nadège Beausson-Diagne ("Bienvenue chez les Ch'tis", "Brillantissime"), une des actrices livrant son témoignage.

Dans ce recueil, témoignent également l'ex-miss France Sonia Rolland, la comédienne Eye Haïdara, nommée aux Césars pour son rôle dans "Le sens de la fête" ou encore Assa Sylla, révélée dans "Bande de filles" avec Karidja Touré.

"L'imaginaire des productions françaises est encore empreint de clichés hérités d'un autre temps", explique l'actrice Aïssa Maïga ("Il a déjà tes yeux"), à l'initiative du livre.

Lente évolution

© AFP
Sonia Rolland, ex-Miss France et actrice a été accueillie comme les autres femmes par Khadja Nin

"Les choses évoluent mais tellement lentement", affirme-t-elle, dénonçant une "sclérose". "Le sursaut que j'attends, pour une représentation plus juste, n'ayant pas lieu, j'ai besoin de m'exprimer". "Notre présence dans les films français est encore trop souvent due à la nécessité incontournable ou anecdotique d'avoir un personnage noir", souligne celle qui s'interroge sur la faible présence d'actrices noires "dans ce pays pourtant métissé qu'est la France".

Mobilisation

© AFP
Un moment fort pour les actrices qui avaient décidé de toutes s'habiller dans les mêmes couleurs mais avec des styles totalement différents

Des rôles d'infirmières proposés à la pelle à Firmine Richard ("Huit femmes", "La première étoile") à ceux d'avocates pour lequel on ne pense pas à une actrice noire, le livre recense, sans donner de noms, mais avec l'envie de faire bouger les lignes, les réflexions entendues lors de castings, par exemple.

Une mobilisation qui n'aurait probablement pas eu lieu, sans le mouvement #MeToo et la libération de la parole des femmes qui s'en est suivie. "J'ai été imprégnée par l'air du temps. La preuve que les choses évoluent est qu'on sort les cadavres du placard", confirme Aïssa Maïga.

Etre à Cannes en ce 16 mai sur le tapis rouge ? "C'est important d'y être pour interpeller le public français et les médias étrangers car la France est un pays regardé", poursuit l'actrice.

© AFP

© AFP