Magazine À l’heure des réseaux sociaux, quand on ne se parle plus que sur Facebook, se retrouver entre copines lors d’une vente à domicile, c’est recréer du lien.

Cela fait une semaine qu’elle s’y prépare. Qu’elle refait sa liste d’invitées, qu’elle relance ses amies, ses voisines, ses copines, ses sœurs. Une semaine qu’elle se demande comment installer tout ce petit monde autour de la table familiale, jusqu’où pousser les meubles pour plus de confort. Car pour Angelina, c’est une grande première : ce dimanche (de Pentecôte), elle va accueillir pour la première fois chez elle, à Maurage, une réunion Mylène.

Une quoi ?… Une réunion de vente directe, durant laquelle une conseillère va présenter à un petit groupe de copines, les dernières nouveautés de la marque de cosmétique (mais pas que), active sur le marché depuis plus de cinquante ans. "Excusez-moi, je ne suis pas maquillée", s’exclame l’hôtesse en nous ouvrant la porte. "Ça ne m’arrive jamais mais ici, c’est le principe, puisqu’on est là pour apprendre les bons gestes et tester les bons produits."

Dans le jardin, le chien aboie un coup, se demandant pourquoi il n’est pas le bienvenu… Côté salle à manger, Sandrine, conseillère Mylène, s’affaire. Il est presque 17heures, les invitées ne vont pas tarder, et il lui reste encore des détails à régler. Essentiellement de la décoration. "Je suis perfectionniste", souffle-t-elle en disposant sable et coquillage sur la nappe jaune. "En général, j’arrive trois bons quarts d’heure à l’avance, pour tout préparer. Je n’aime pas travailler dans le stress."

Lâcher la pression

Ce n’est, effectivement, pas le principe de ces réunions à domicile. Que du contraire. C’est d’ailleurs écrit noir sur blanc sur le site de la marque : "Alors que les agendas sont hyperbookés et que la vie sociale est très active, les réunions à domicile Mylène continuent à avoir beaucoup de succès. Une réunion à domicile est donc l’occasion idéale de se détacher totalement de la pression et du stress quotidiens et de se retrouver entre amis et amies." N’empêche : Angelina se sentira mieux quand tout le monde sera arrivé et se sera mis à l’aise.

Entre deux allers-retours à la cuisine, où son mari dispose les boissons et les biscuits à grignoter, elle jette un œil par la fenêtre, un autre sur sa montre. Sandrine, elle, a presque fini sa mise en place. Cette maman de deux enfants se sent comme un poisson dans l’eau au milieu de ses tubes de rouge à lèvres et de ses fards à paupière. Pourtant, ce n’est pas son vrai métier, à Sandrine. Les réunions à domicile, c’est un "plus", qu’elle ne se fait qu’en fin de semaine et les week-ends. "Le reste du temps, je travaille dans une banque", explique-t-elle. "Conseillère Mylène, c’est une activité complémentaire."

De la Belgique à la France, de l’Allemagne au Luxembourg, elles sont entre 3000 et 4000 à avoir franchi le pas et, armées de leurs cartons, de leurs pinceaux et de leur bonne humeur, à aller prêcher leur bonne parole chez les particuliers. "Je connaissais la marque via ma marraine, qui m’avait invitée à l’une de ses réunions il y a bien 15 ans", dit-elle. "Voici trois ans, j’ai franchi le pas…" Employée salariée à 60 %, elle a opté pour le temps partiel à la naissance de ses enfants. "J’avais envie de gagner en qualité de vie." Mais au bout de quelques mois, face à cette manne de temps libre qu’elle ne remplit plus de manière satisfaisante, elle se cherche une activité complémentaire. "J’avais surtout envie de sortir, d’aller au contact des gens", sourit-elle. "J’aime cette proximité avec les autres."

Car c’est bien de cela qu’il s’agit aussi dans ces réunions entre copines : recréer du lien. Se retrouver, se découvrir, parfois, se parler, rigoler un bon coup, cancaner, pourquoi pas. On en aura la preuve tout au long de cette fin d’après-midi ensoleillée. "Je suis un peu déçue, j’avais invité des copines, des voisines, mais j’ai eu des désistements", se désole Angélina. "Mais bon, il fait beau, c’est un long week-end… Heureusement, mes sœurs seront au rendez-vous." Comme de juste, la sonnette retentit. Voici la première de ces dames. Qui s’excuse à son tour : "Je ne suis pas maquillée…"

Les hommes, c’est comme les crayons

Marianna est venue avec ses deux filles. Ce n’est pas la première fois qu’elle participe à ce genre de réunion, "mais la première fois pour cette marque-là", dit-elle. "J’aime bien le principe, on peut tout tester, on papote. Même avec mes filles ! Parfois, on est toutes les deux à la maison, installées dans le canapé, et on ne se parle pas : elle est scotchée à son smartphone. C’est terrible ce que les jeunes peuvent être accros à leur téléphone…"

Sonnette, encore. C’est Eric qui joue les portiers. Une sœur, encore. Et puis une autre. Toutes deux accompagnées de leur fille. "Il y a parfois des hommes", sourit Sandrine. "Mais en général, à un moment donné, ils font comme les crayons : ils se taillent." Éclat de rire général dans la salle à manger. Sourire en coin dans la cuisine. "On m’a chargé de préparer les boissons et le café", sourit Monsieur. Le militaire s’est prêté de bonne grâce aux ordres de Madame, dont il connaît le souci du détail. "Elle m’a envoyé un peu partout pour racheter des trucs qu’on avait déjà", dit-il. "C’est bien que les jeunes soient là", poursuit-il en jetant un œil à la petite troupe réunie à côté. "Internet est trop souvent leur moyen de communication… De nos jours, même les réunions de famille deviennent rares. Ce soir, on fait d’une pierre deux coups."

Après des années passées sur le terrain, Eric est, depuis quatre ans, en poste en Belgique, à l’État-major. Mais il lui tarde de retrouver les missions, même de longue durée. "Et là, il faut bien avouer qu’Internet est un outil précieux", poursuit-il. "Avec Angélina, nous avons une fille. Elle a 19 ans aujourd’hui, elle est étudiante. Mais j’avoue qu’il y a quelques années, quand j’étais loin, j’étais bien content quand je parvenais à me connecter à Skype pour discuter avec mes proches. Tout n’est pas à jeter, dans Internet".

De la pièce d’à-côté monte un nouvel éclat de rire. En découvrant Angélina, une charlotte sur la tête, on comprend ce qui a fait marrer ses sœurs. Qui y viendront, elles aussi, pour plus de confort. "C’est vrai qu’avec ça, on a de bonnes têtes", sourit l’une de ses nièces. Rappelée à l’ordre par sa maman qui tente d’écouter les explications de Sandrine. "Ce qu’on trouve de plus dans ces réunions ? Les conseils", disent en chœur les filles. "On rigole, on peut tester les produits, on voit ce qui nous va… ou pas ! On découvre aussi les caractères des unes et des autres", glisse l’aînée. Et pourtant, dieu sait que ces quatre-là se connaissent de longue date. "Dans les fonds de teint, il y a des composants anti-âge, idéal pour les peaux matures", poursuit la conseillère, toujours très concentrée. Mais qui se lâche quand même quand elle ajoute : "Je n’ai pas dit les vieilles peaux !" Tandis que les colonnes du petit carnet de commande se remplissent, que les paupières s’habillent de couleurs chaudes, Christiana Cordula s’invite dans la conversation. "Toujours avec le pinceau, qu’elle dit, la spécialiste", "Tu as l’air plus en forme du côté gauche." Les petites blagues fusent, la radio, en fond sonore, diffuse des tubes, Eric passe le temps comme il peut, à jouer sur son téléphone. L’heure tourne, ces dames sont pimpantes. "Bon, après tout ça, on va au resto ?", lance Angélina. Chiche !

 


Tupperware Plastic Company : Une succes story qui dure, qui dure…

C’est en 1944 qu’Earl Tupper fonde sa Tupperware Plastic Company. Ce chimiste, spécialisé dans l’utilisation du polyéthylène pour usage ménager, invente en 1946 un bol merveilleux, muni d’un couvercle qui le rend étanche et bien plus léger que ses concurrents. D’abord disponible en grande distribution et dans les quincailleries, le bol ne se vend pas comme Earl le souhaite. En cause : le manque de conseil aux consommatrices. D’où l’idée d’organiser des Tupperware Home Party où les femmes pourraient poser toutes les questions qui les taraudent.

Dès 1951, ces réunions font un tabac, si bien que les produits sont retirés des rayons des supermarchés pour ne plus être disponibles que dans les ventes privées, organisées à domicile. Le succès est tel que l’entreprise d’Earl Tupper se développe à l’international.

En 1960, une usine est construite en Belgique, à Erembodegem. Tupperware Belgique voit le jour un an plus tard. Quelques années plus tard, c’est à Alost (où est d’ailleurs installée aujourd’hui l’une des usines les plus à la pointe du groupe) que sort de terre le Centre Européen de design de la marque américaine. Parmi les dernières nouveautés de Tupperware en Belgique, on peut encore citer l’ouverture du premier Kiosque. Spécifiques à la Belgique, ils sont des vitrines des produits et représentent pour les clients un moyen facile d’entrer en contact avec les conseiller (ère) s; ou encore les ateliers culinaires (2005), petits cours de cuisine à domicile.

Soft Love, réunions coquines

Il n’y a pas que les bijoux, les boîtes en plastique type Tupperware ou les produits de beauté à s’inviter dans les salons de ces dames. Depuis quelques années, les objets coquins, la lingerie sexy ou encore, les jouets intimes chics et érotiques sont également proposés lors de réunions à domicile. Une ambassadrice avisée répond à toutes les questions que vous pourriez vous poser, même les plus farfelues. D’ailleurs, la marque Soft Love insiste sur ce point : ne soyez pas timides, lâchez-vous. Ici aussi, idéalement, les groupes sont composés de 12 à 15 personnes. À la fin de sa présentation, l’ambassadrice (voire l’ambassadeur) prend les commandes en toute discrétion. L’ensemble des commandes (emballées individuellement et discrètement) est livré dans les 10 à 15 jours qui suivent ce sexy shopping. Infos : http ://www.softlove