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C'est notre nouvelle chronique, à lire tous les 15 jours dans la rubrique lifestyle de lalibre.be : Emanuela Garau, psychologue et nutrithérapeute va nous confier ses meilleurs conseils et recettes pour se sentir mieux dans son ventre, dans sa peau et donc... dans sa vie, parce que tout est lié !

Cette semaine, Emanuela Garau se concentre sur la base même de ce qui pervertit notre rapport à l'alimentation : la faim émotionnelle qui nous fait manger mal... alors que l'organisme n'a pas faim et que l'on n'a pas besoin de manger !


Aujourd’hui je vous parle d’une thématique qui, en tant que psychologue, me touche particulièrement : la faim émotionnelle. Ce type de problématique est une des raisons pour lesquelles je suis ravie de m’être formée aux domaines de la psychologie et de la nutrition. Trop souvent on se focalise sur la nutrition sans prendre en compte les émotions et les causes psychologiques qui nous mènent vers un rapport difficile à la nourriture. De l’autre côté, on se focalise sur le côté psychologique sans se questionner sur l’état nutritionnel de la personne en souffrance qui se présente à nous. Or, les deux champs sont strictement connectés.

J’ai envie de parcourir avec vous la question de la faim émotionnelle.


Ce n’est pas parce qu’on mange qu’on a faim

Ce n’est pas parce qu’on mange qu’on a faim. D’un premier coup d’œil, cette affirmation peut sonner bizarre mais elle n’est pas moins vraie. Car manger quand on n’a pas faim arrive plus souvent qu’on puisse le croire. Réfléchissez-y un moment. Combien de fois ça ne vous est-il pas arrivé d’attraper ce paquet de chips, cette barre de chocolat, ce verre de vin, alors qu’aucun signal de faim n’avait été envoyé par votre cerveau ? Le seul hic est qu’on s’en aperçoit toujours trop tard, c’est-à-dire quand le paquet de chips, la barre chocolatée ou le verre de vin sont achevés. Qu’est-ce qui fait alors qu’on tend vers ce type de nourriture alors qu’on n’a pas vraiment faim ? C’est justement toute la question de la faim émotionnelle.

Cette expression est composée des mots « faim » et « émotion ». Maintenant, c’est clair que tout le monde est sujet à un moment ou à un autre à des émotions négatives, à des situations stressantes, à des pensées angoissantes. Ça fait partie de la vie. Cependant, chez certaines personnes, ce vécu émotionnel négatif les pousse à manger de la nourriture qu’on considère comme « réconfortante ».


Mais pourquoi je mange ?

Il y a deux raisons principales qui expliquent pourquoi on sent l’impulsion de manger quand on vit une émotion négative.

1. On se focalise sur autre chose

Manger quand on va mal permet de décentrer l’attention de la source de notre mal-être. Au lieu de confronter et de résoudre le problème qui nous fait souffrir, et qui demanderait plus d’attention, d’énergie et de sensations éventuellement déplaisantes, on préfère se focaliser sur un objet immédiatement disponible et pas désagréable. C’est comme si on mettait un pansement, mais qui ne tiendra qu’une heure ou deux. Après, on est à nouveau au point de départ.

2. Manger apporte du plaisir

Bien sûr, manger c’est agréable. Et les études montrent que ça l’est encore plus quand on mange de la nourriture fort « palatable », comme les aliments gras et sucrés . Cet effet est encore plus fort si on se trouve dans une démarche d’alimentation restrictive (c’est-à-dire qu’on se force à ne pas les manger pour ne pas prendre de kilos). Donc quand on mange du chocolat, dans notre cerveau il y a libération d’un neurotransmetteur, la dopamine, qui va activer le système dopaminergique (impliqué dans le système de plaisir/récompense et dans les processus de motivation). Plus on mange de chocolat, plus la dopamine est libérée, plus on aura envie de chocolat. Et voici le cercle vicieux qui se crée.


Tout le monde victime de la faim émotionnelle ?

© Pexels

Mais est-ce que ça veut dire que tout le monde réagit de la même manière ? Est-ce que vraiment tout le monde se jette sur de la nourriture dès qu’une émotion négative apparaît ?

A ce propos, les études montrent qu’un grand nombre de personnes est sujette à ce mécanisme. Et il a été observé tant chez les personnes en surpoids que chez celles qui s’abandonnent à des régimes restrictifs (que je déconseille absolument), mais aussi chez les personnes mangeant de manière équilibrée. Ce n’est donc pas spécifique à un certain type de personnes. Quoique, cette dernière phrase est à nuancer.

En effet, tout le monde vit des moments difficiles. Mais on ne réagit pas nécessairement de la même manière à une même situation. La différence réside dans le fait que la faim émotionnelle est liée à une mauvaise gestion de ses émotions négatives , donc à une mauvaise régulation émotionnelle.


La régulation émotionnelle

La régulation émotionnelle correspond à comment les individus gèrent le vécu et l’expression de leurs émotions. Et une bonne régulation émotionnelle va de pair avec une bonne santé physique et mentale.

On pourrait dire que quand on parle de régulation des émotions, il y a deux stratégies principales qu’on met en place et qui peuvent expliquer pourquoi, oui ou non, on va manger notre paquet de chips quand on va mal : la réévaluation cognitive et la suppression expressive.

La réévaluation cognitive consiste à modifier la manière de percevoir une situation pour changer l’impact émotionnel qu’elle pourrait créer. On prend de la distance par rapport au problème qui se présente avant qu’une émotion négative, et notre comportement habituel, ne soient déclenchés.

La suppression expressive consiste à annuler l’expression de l’émotion quand elle arrive. Disons que c’est le fait de ne pas montrer qu’on a mal alors qu’on souffre.

L’utilisation de l’une ou l’autre de ces stratégies mène à des conséquences clairement différentes. Disons déjà que la première est décidément plus efficace de la deuxième. En effet, le fait d’ignorer l’émotion n’enlève pas le fait qu’intérieurement on souffre. Garder tout à l’intérieur et faire comme si de rien était ne change pas notre sentiment interne. Les études montrent que cette stratégie est associée à une basse estime de soi et à une moindre satisfaction et bien-être. Ceci veut dire que les personnes qui ont tendance à ignorer et à mettre de côté ou cacher leurs émotions auront tendance à manger davantage quand elles sont confrontées à des émotions négatives. Par contre, celles qui changent leur manière de percevoir la situation arrivent à gérer leur émotion sans ressentir le besoin de compenser avec la nourriture.


Ecoutez vos émotions. Elles ont des choses à vous dire

On en arrive donc à mon conseil. A découvrir ici, sur le blog de la psychologue et nutrithérapeute.


>> Plus de conseils et de recettes sur le site de Emanuela Garau et sur sa page facebook