Magazine Depuis quelques mois, le harcèlement sexuel et le sexisme ainsi que leurs conséquences dramatiques dans la vie de millions de femmes (principalement) ont définitivement débarqué dans les esprits de toutes et de tous. Au pire, les souvenirs d'un comportement inapproprié remontent à la surface, au mieux, on se pose des questions et on se dit que l'on réagirait de telle ou telle façon.

Aux Etats-Unis, des chercheuses ont voulu savoir comment réagiraient véritablement les femmes confrontées à des questions inappropriées à caractère sexiste ou ouvertement sexuelles lors d'un entretien d'embauche, une situation où l'interviewée est en "demande" et donc en position de dominée. Une étude qu'a détaillé le Washington Pos t.

Imaginez. Vous êtes une femme, et vous passez un entretien d'embauche. Soudain, un homme vous demande si vous pensez important que les femmes portent des soutiens-gorge pour travailler. Que feriez-vous, que diriez-vous, seriez-vous en colère, le montreriez-vous ?

Comme la plupart d'entre nous, vous vous dites certainement que vous refuseriez de répondre et diriez que la question est totalement inappropriée, peut-être même pensez-vous que vous vous fâcheriez.

Pourtant, une expérience menée par les psychologues Julie Woodzicka et Marianne LaFrance auprès de 247 participants a montré récemment que la certitude sur la façon dont nous réagirions si nous le voyions ou le vivions nous-mêmes, ne correspond pas à la façon dont les gens font face au harcèlement dans le monde réel.

Des prédictions inexactes dans tous les domaines

Les deux spécialistes ont mené une étude sur 247 participantes. Un groupe de femmes devaient imaginer leur propre comportement à la suite de trois questions inappropriées au cours d'un entretien d'embauche. Un autre groupe de participantes a été confronté en direct à ces 3 questions lors de ce qu'elles prenaient pour un véritable entretien d'embauche.

Résultat : 68% des femmes qui avaient imaginé leurs réponses disaient qu'elles refuseraient de répondre à au moins une des questions inappropriées. Mais lorsque cela s'est produit au cours de l'entrevue, aucune femme n' a refusé de répondre à ces questions.

Ces résultats concordent avec une vérité générale qui est que nous, humains, prédisons de façon inexacte comment nous réagirions ou répondrions à des tas de choses, banales ou importantes. Lorsque nous imaginons un événement, nous y réfléchissons de façon abstraite et nous nous concentrons davantage sur des principes et des valeurs de haut niveau; lorsque nous l'expérimentons, nous nous concentrons davantage sur des facteurs pragmatiques et des détails concrets qui sont spécifiques à la situation...

Notre moi imaginaire et notre moi réel

Notre moi imaginaire est donc bien loin du moi réel: l'étude de Woodzicka et LaFrance le met également en valeur. Dans le premier groupe, les femmes qui imaginent leur ressenti parlent de "colère". Dans le deuxième groupe, elles parlent de "peur". Cette deuxième émotion négative nous pousse plutôt à fuir alors que la colère mène davantage au combat.

Conclusion : nous avons été nombreux et même nombreuses à nous demander pourquoi les femmes exposant publiquement le harcèlement qu'elles ont subi ne l'avaient pas fait avant... En nous disant même qu'à leur place, on aurait certainement agi plus vite. La réponse est dans la différence entre une pensée hypothétique et un comportement réel...