Magazine En plus des bouffées de chaleur et des sautes d’humeur, l’aiguille de la balance s’affole et les vêtements ont tendance à serrer ? Deux experts expliquent comment ce changement hormonal impacte la silhouette.

Grossir à la ménopause, est-ce normal ?

Oui, à des degrés variables selon les femmes. Ainsi, une des études les plus récentes* associe la transition ménopausique à une prise de poids de 2 à 2,5 kilos sur 3 ans, qui vient s’ajouter à celle, quasi équivalente, souvent observée en période de préménopause. Selon cette même étude, on observe aussi une augmentation de l’adiposité abdominale et une diminution de la dépense énergétique qui, en plus d’empâter la silhouette, constituent des facteurs favorables à de nombreux problèmes de santé (syndrome métabolique, hypercholestérolémie, hypertension, diabète…).

Quels rapports entre les hormones sexuelles et la prise de poids ?

Les hormones féminines - les œstrogènes et la progestérone - conditionnent les mécanismes de stockage et ceux de dépense. "À la ménopause, l’hyperœstrogénie relative observée favorise la propension des cellules graisseuses à stocker", dit le Dr Pierre Nys, endocrinologue et nutritionniste. Par ailleurs, une diminution de leur sécrétion abaisse le métabolisme, notamment parce qu’en temps normal, elles auraient plutôt un effet thermogène.

D’autres facteurs entrent-ils en jeu ?

Oui. "D’abord, avec l’âge, on note une diminution progressive de la masse musculaire, grande consommatrice d’énergie", détaille Raphaël Gruman, diététicien et nutritionniste. Cela accentue la réduction du métabolisme de base : on brûle naturellement moins de calories." Ensuite, la ménopause est souvent associée à une modification de l’humeur et, par ricochet, de l’hygiène de vie : "Il y a souvent un manque d’entrain et d’enthousiasme, voire une tendance à la déprime qui peuvent favoriser une diminution de l’activité physique et une augmentation de la consommation de produits sucrés consolateurs", souligne le Dr Nys. Enfin, les goûts ont tendance à changer, avec moins d’appétence pour les produits carnés au profit d’aliments glucidiques. Conjugués, ces facteurs conduisent à une majoration des apports caloriques et à une baisse des dépenses, donc à une prise de poids !

À quel moment ces phénomènes s’installent-ils ?

"Cela démarre véritablement à la périménopause, c’est-à-dire environ 2-3 ans avant la vraie ménopause, estime le Dr Nys. Mais c’est extrêmement variable selon les femmes, et certaines peuvent observer les premiers signes de ces changements vers 40-45 ans." Légère au début, la tendance à prendre du poids s’accentue au fur et à mesure que se manifestent d’autres symptômes, comme l’irrégularité des cycles, les bouffées de chaleur, le desséchement cutané…

Quelle stratégie mettre en place ?

"Pour conjurer la diminution du métabolisme de base, il faut impérativement augmenter ses dépenses en étant physiquement plus active, et diminuer les apports en coupant en priorité dans les sucres et, dans une moindre mesure, les matières grasses, recommande l’endocrinologue. C’est uniquement en agissant à ces deux niveaux que l’on peut conserver un équilibre pondéral." Les deux experts sont unanimes : pour déstocker et conserver sa silhouette, il est inutile de s’astreindre à un régime drastique, il faut adopter durablement une nouvelle hygiène de vie. Et ne rien lâcher.

* Implications métaboliques de la ménopause, Polotsky HN et AJ, Semin Reprod Med, septembre 2010.