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Du 8 au 10 octobre, médecins généralistes et spécialistes assisteront aux Entretiens de Bichât à Paris, pour faire un état des lieux de la santé d'aujourd'hui. Parmi les questions abordées, celles des produits anti-âge et de l'importance que revêtent les compléments alimentaires et supplémentations dits antioxydants. À cette occasion, Yves Rougier, médecin spécialiste en biologie de la nutrition, neurobiologie et directeur scientifique des Laboratoires Forté Pharma fait le point.


À qui sont principalement recommandés les compléments anti-âge et quand débuter une cure ?

Il n'y a pas d'âge pour commencer une cure. Une personne de 70 ans peut très bien s'y mettre grâce à des cures ciblant ses organes de détoxication comme le foie, et les reins, ou pour régénérer ses enzymes qui s'en vont vite. À tout âge, on peut réparer et rééquilibrer son système neuro-alimentaire. Évidemment, plus on commence tôt et plus on est stable intérieurement. Il est essentiel de ne surtout pas avoir de carences en omégas 3 qui sont anti-âge... mais en prendre seuls est stupide. Il faut des modérateurs de radicaux libres, ces atomes considérés comme une des causes du vieillissement tissulaire et de l'apparition des rides de la peau. Mais, halte aux folies des surdoses ! Se concentrer sur le vieillissement cérébral reste essentiel. Cela passe par la lutte contre le vieillissement cardiovasculaire en surveillant triglycérides et omégas 3 et en nettoyant ses artères avec un régime adapté. Pour prendre soin des cellules cérébrales, on peut utiliser quelques plantes merveilleuses dès 45 ans comme le ginkgo, même en tisane, et, dès 65 ans, l'astragale et la petite pervenche de Madagascar.


Quelles sont les dernières avancées et les pistes intéressantes dans ce domaine ?

Depuis les années 80, la recherche en neuro hormono-immuno-biogénétiques nous offre des pistes anti-âge cohérentes et pleines d'espoir. L'une d'entre elles est l'antioxydant. Ils sont une bonne réponse face aux différentes "pollutions" internes et externes, dont les effets des radicaux libres. Les traitements les plus prometteurs à l'heure actuelle sont les cures d'oligoéléments qui couplent sélénium et manganèses, en antioxydants primaires, les vitamines C et A, qui restent de bons compléments, les flavonoïdes, les vitamines B2 et B3, ainsi que les acides aminés soufrés.

La seconde, la biogénétique mitochondriale, est à mon avis la réponse la plus pertinente. Elle nous permet de localiser les ADN manquants ou modifiés, à la base du vieillissement et de maladies dégénératives graves.

L'épi-génétique est également intéressante. Le génie génétique représente l'ensemble des techniques de manipulation des génomes, qui rend possible aujourd'hui la création d'organismes génétiquement modifiés, la caractérisation génétique des individus, afin de diagnostiquer des maladies génétiques, et les différentes voies de recherche de la thérapie génique. Ses applications sont prometteuses pour les néo-médicaments.

Enfin, les télomérases. Les télomères sont des structures spécialisées nécessaires à la protection des extrémités des chromosomes contre les dégradations induites par le processus de réparation de l'ADN. S'ensuit une usure jusqu'au point de vieillissement de la cellule. Le stress chronique a également un effet sur leur longueur. La télomérase, qui serait une sorte de camion de livraison de la maison mère vers le magasin de pièces détachées, allonge le télomère. Mais il n'existe à ce jour aucune substance de prescription courante ayant une activité prouvée sur la présence de télomérase.


Pourquoi cet intérêt pour les produits anti-âge et comment s'y retrouver dans ce marché gigantesque ?

Car il n'y a pas encore de vraies réponses pour les maladies chroniques comme le cancer et les maladies auto-immunes. L'esprit et l'émotion exercent une influence forte sur le bien-être corporel et le siècle dernier a vu doubler l'espérance de vie. Les gens ont pris conscience que vivre vieux c'est bien, mais vivre en bonne santé, c'est encore mieux. Le XXe siècle voulait ajouter des années à la vie alors que le XXIe voudrait ajouter de la vie, du bien-être et de la santé à ces années. À travers les compléments alimentaires, tous souhaitent un bien et mieux-vieillir en santé corporelle, avec moins de douleurs et surtout, une parfaite conscience du monde, une mémoire, des échanges avec les autres, car c'est la base de la richesse émotionnelle et sociale. Or il n'existe pas de molécule qui puisse affirmer pouvoir freiner ou inverser un processus de vieillissement.

Vieillir n'est pas forcément déchoir. Bien sûr, le corps se transforme et devient moins puissant. Si chaque jour, des millions de neurones meurent, ils maintiennent et favorisent les connexions entre les neurones restants. Il ne faut pas lutter contre le vieillissement, mais contre ce qui rend l'âge maladif et va affaiblir notre cœur, nos vaisseaux et donc notre cerveau. Le complément alimentaire y participe.