Les pays où il fait bon vieillir en dehors de la Belgique

Annabelle Duaut Publié le - Mis à jour le

Magazine Bien souvent, passé le cap de la retraite, les seniors souhaitent mettre les voiles vers des horizons plus ensoleillés. Sur quels pays jettent-ils leur dévolu ? Quels sont les dispositifs pour toucher sa retraite à l’étranger ? Quel est le coût de la vie ? Quels sont les soins de santé sur place ? 

En 2015, plus de 40.000 retraités belges ont touché leur pension loin de la Belgique (chiffres de l’Office national des pensions), sur près de 2 millions de personnes qui perçoivent une pension légale chaque année. Même s’il s’agit principalement de personnes ayant fait carrière en Belgique et qui retournent ensuite dans leur pays d’origine, de plus en plus de Belges décident de passer les dernières années de leur vie dans une autre contrée. Un phénomène qui a augmenté de 66% en une décennie. A l’origine de cet exode, on trouve bien souvent la recherche d’une météo plus clémente, une qualité de vie équivalente voire meilleure, ainsi qu’un coût de la vie plus intéressant et qui est souvent lié à un régime fiscal attractif. Sans parler de la qualité des soins de santé partout en Europe et des facilités de mobilité (Ryanair, Easyjet) et de communication (Skype, What’s app) qu’on connaît à notre époque moderne.

La tendance est si grande que des agents immobiliers se sont spécialisés dans la recherche de biens à l’étranger. Frappée de plein fouet par la crise en 2008, l’Espagne demeure une destination de prédilection pour nos concitoyens au moment de la retraite. On estime que 8.000 à 10.000 Belges vivent au moins sept mois de l’année (octobre-avril) sur la Costa Blanca. 
 
Un chiffre qui s’explique : les démarches pour vivre une bonne partie de l’année en Espagne sont à peu près similaires à celles pour changer de commune en Belgique. Quant au processus pour acquérir un appartement ou un pavillon, il est plus rapide que chez nous : à peine un semestre suffit dans la plupart des cas. Attention cependant aux prix élevés pratiqués dans les zones touristiques comme le bord de mer... Parfois, en allant quelques kilomètres dans les terres, il est possible de conclure d’excellentes affaires. Si l’achat vous refroidit quelque peu, opter pour la location est aussi une excellente alternative ! Hormis l’Espagne, les Pays-Bas et l’Italie restent également prisés par les futurs pensionnés belges, même si le sud de la France occupe la première place du podium.

Quant au Portugal, il est devenu depuis quelques années le nouvel Eldorado des retraités européens. Ses principaux arguments : une exonération fiscale pendant dix ans et des biens immobiliers attractifs. Depuis début 2013, tous les retraités européens du secteur privé qui s'installent pour la première fois au Portugal sont exonérés d'impôts sur leurs pensions perçues dans leur pays d'origine. Des incitations fiscales qui ont conduit le Portugal à se faire baptiser « la Floride de l’Europe » ou encore le « paradis fiscal des nouveaux retraités ».

© REPORTERS


Comment toucher sa retraite à l’étranger ?

Toucher sa pension dans un pays étranger est possible et légal. Pour ce faire, vous devez au préalable signaler votre déménagement à votre commune et en informer le Service Fédéral des Pensions. Le délai idéal : deux mois avant votre départ, le tout en communiquant votre nouvelle adresse et la date effective de votre installation. Pour continuer à percevoir votre retraite, vous devrez par la suite envoyer chaque année un certificat de vie qui devra être validé par une autorité locale (commune, ambassade, consulat...). Le paiement peut être réalisé via un compte belge ou un compte étranger. Si vous décidez de changer de nationalité, sachez que cela n’altère en rien vos droits de pension.

Selon votre profil, vous serez peut-être amené par la suite à payer des impôts en Belgique.
«  La question n‘est pas généralisable, c’est du cas par cas », nous apprend Diego Angelini, conseiller expatriation à l’UFBE (Union Francophone des Belges à l’Etranger). «  Un fonctionnaire sera, par exemple, toujours taxé en Belgique. Cela dépend aussi s’il existe une convention entre la Belgique et le pays d’accueil pour éviter de payer une double imposition (NDLR : la liste de ces pays est consultable sur le site du Service fédéral des Pensions (SFP). Si la personne possède encore un ou des biens immobiliers en Belgique, même si sa pension n’est pas taxable, elle pourrait quand même payer des impôts en Belgique. Chaque situation doit être analysée par un fiscaliste. »
L’UFBE a créé une notice spéciale à destination des pensionnés qui souhaitent s’expatrier. Renseignements sur www.ufbe.be. Affiliation possible et permanences gratuites en Wallonie et à Bruxelles.


Quel coût de la vie ?

A l’heure actuelle, aucun outil n’existe pour calculer le coût de la vie à l’étranger. Cependant, certains internautes désignent sans conteste l’Espagne comme le pays européen où portefeuille et qualité de vie font bon ménage lorsqu’on est à la retraite. Globalement, les prix pour aller au restaurant ou faire ses courses y sont plus abordables que chez nous, même si les produits laitiers, eux, reviennent un peu plus cher.


Quels soins de santé sur place ?

Parce que dans le cadre de l’UE tout est réglementé, vos droits de santé en Belgique resteront acquis, même si vous déménagez à l’étranger.
La démarche à suivre est alors la suivante :
«  Si un pensionné se radie de sa commune et décide d’aller en France, il doit demander à sa mutuelle un document S1 pour s’inscrire auprès de la sécurité sociale française », poursuit
M. Angelini. «  Il deviendra alors résident français et devra, s’il veut être aussi bien couvert qu’en Belgique, prendre une assurance hospitalisation dans les deux pays pour être très bien remboursé, où qu’il se fasse soigner. Un pensionné belge (qui reçoit uniquement une pension belge) reste à charge de la Belgique et chaque pensionné expatrié doit prouver qu’il ne sera pas un fardeau pour la sécurité sociale du pays d’accueil. En fonction du pays où l’on va, cela peut représenter un sacré budget. »
La personne peut aussi décider de prendre une mutuelle basique en Belgique (type CAAMI) si elle n’y revient que peu souvent. «  En tout cas, une des grosses erreurs à éviter est de ne plus avoir de mutuelle en Belgique car, en cas d’hospitalisation en France, tous les frais seront à votre charge. »
Si vous résidez dans un pays situé hors de l’E.E.E (Espace Economique Européen), vous n’avez aucun droit dans votre pays de résidence sauf si ce dernier a signé une convention de sécurité sociale avec la Belgique qui prévoit la réciprocité en matière de soins de santé. Dans certains pays, ce droit aux soins de santé dans les hôpitaux publics est purement théorique.


Quelques conseils avant de se jeter à l’eau…

S’expatrier n’est pas un projet qu’on nourrit du jour au lendemain ! Pour réussir son départ et son installation dans un nouveau pays, le mieux (et le plus raisonnable !) est encore de passer quelques mois dans son futur pays de résidence pour voir si l’environnement et la culture nous plaisent, si la barrière de la langue est surmontable – même si l’on peut envisager d’apprendre la langue nationale plus tard – et si le rythme des locaux nous convient. Si vous décidez d’acheter, prenez votre temps et choisissez une agence immobilière sérieuse. Pour plus de sécurité, faites-vous également accompagner par un notaire.

Diego Angelini recommande, quant à lui, de «  bien s’informer avant son départ et de ne pas se fier aux expériences des autres ou à tout ce que l’on dit sur les forums. Il y a des règles à connaître et des pièges à éviter, autant de choses dont nous informons ceux qui nous sollicitent. »
Annabelle Duaut