Magazine Aimer les livres et la lecture ne se commande pas ! Mais cela se prépare bien avant l’apprentissage de la lecture. La chronique de Nathalie Vancrayenest, coach parentale et scolaire.


Oui, vous m’avez bien lue, c’est dès les premiers mois de la vie d’un bébé que les parents peuvent allier lecture avec plaisir. Associez lecture et moment tendre, lors du bain avec les livres en plastique ou en mousse. Idéalement, incorporez une histoire au rituel du coucher. Laissez-leur le choix de l’histoire, dès qu’ils en manifestent le désir, en plus de relier la lecture au plaisir, elle sera aussi associée à la liberté de choix. Et ça, c’est bon pour leur autonomie et l’estime de soi !

Vous allez sûrement relire plusieurs soirs de suite le même livre, cela n’a rien d’exceptionnel, ni de grave. Par les histoires, les enfants apprivoisent leurs émotions, leurs appréhensions par rapport au monde. Ils trouvent des réponses et c’est pour cela qu’ils aiment réentendre les mêmes contes, soir après soir.

Les enfants aiment aussi faire « comme » et donc s’ils vous voient lire, ils feront pareil. Mettez à leur disposition au même titre que les jouets, des livres en tissu, des albums cartonnés. Vous les verrez s’asseoir, eux aussi, dans le canapé pour lire ou raconter une histoire à leur doudou.

Dès qu’ils commencent à lire, repérez et soulignez avec eux les mots qu’ils connaissent. Oui, je sais ! Ce n’est pas bien d’écrire dans les livres. C’est pourquoi vous pouvez, aussi utiliser du « masking tape ». Suivez le récit avec votre doigt et ainsi les mots mis en évidence seront lus par l’enfant. De cette façon, vous exercerez sa concentration et vous nourrirez son « sentiment de réussite ». Au fil du temps, de plus en plus de mots seront connus, et un soir c’est lui qui vous lira l’histoire. Offrez-leur des livres audio, ils se sentiront grands et pourront suivre le récit de façon autonome.

N’abandonnez pas le rituel du coucher et les moments lecture, sous prétexte que votre enfant sait lire tout seul, ce serait un mauvais message.


Lorsque l’enfant ne prend pas de plaisir à lire

Pour qu’ils apprécient la lecture, il y a deux conditions : la lecture doit être fluide et rapide pour garder en mémoire les mots qui composent les phrases et l’enfant doit posséder une base de vocabulaire suffisante.

En effet, s’ils déchiffrent, ils ne peuvent pas comprendre un mot, une phrase, car ils sont encore trop concentrés sur le décodage pour appréhender la signification du texte.

Si les difficultés de décodage persistent et ne s’améliorent pas, il est important de consulter un spécialiste pour qu’il écarte les différents troubles qui empêchent l’écolier de lire et qu’il mette rapidement en place une remédiation adéquate.

Le vocabulaire, lui, s’acquiert par la lecture. Et peu importe le genre lu par l’enfant, apprenez-lui rapidement le maniement d’un dictionnaire adapté à son âge, il existe aussi des calendriers qui proposent la définition d’un mot par jour. C’est une idée ludique !


Mais pourquoi lire ?

La lecture a de nombreuses vertus :

• D’abord, elle stimule la motricité fine chez les enfants, tourner la page d’un livre n’est pas un geste facile. C’est bien pour cela que la matière des premiers ouvrages est le tissu, le plastique, la mousse et qu’ils proposent une multitude d’activités sensorielles liées : au toucher et à l’audition. Puis viennent les livres en carton avec des rabats, des tirettes pour interagir avec l’adulte et aiguillonner leur sens de la curiosité. Et enfin viendront les livres papier et la sensation de faire partie du monde des grands.

• Elle favorise l’acquisition du langage. Bien sûr, vous parlez avec votre enfant, il vous entend parler avec d’autres. Mais savez-vous que lorsque nous lisons, nous sortons de notre champ lexical habituel et donc nous enrichissons leur vocabulaire. Les enfants de maternelles adorent les imagiers et ainsi en s’amusant, ils associent l’image, le son et la graphie des mots, ils s’éveillent à l’écrit.

• La lecture développe la capacité d’écoute et la curiosité, elle améliore les connaissances générales. En consultation, je suis toujours ébahie, d’entendre avec quelle fougue, certains enfants me racontent leur passion et prononcent sans hésitation des mots aussi complexes que « triceratops », « velociraptor », « gargouille » et autres « échauguette »…

• La lecture améliore la « connaissance de soi ». Le récit leur permet de comprendre leurs émotions : peur, joie, colère, jalousie, d’affronter les difficultés qu’ils rencontrent : l’arrivée d’un bébé, la première rentrée des classes, la mort d’un animal… par les aventures des autres ils se sentent normaux et reconnus. Les récits et les contes ont souvent des valeurs thérapeutiques.

• La lecture, dès le plus jeune âge, active les zones cérébrales qui construisent le sens. Les enfants habitués à la lecture lorsqu’ils étaient petits font preuve à l’âge scolaire d’une meilleure compréhension du récit. Ils se concentrent plus longtemps, ont une meilleure mémoire à court terme et une capacité d’analyse supérieure à celle des enfants privés de lecture avant l’école.

Autant de compétences qui favorisent les apprentissages scolaires.


Comment faire pour que les plus grands (re)prennent goût à la lecture ?

Ne leur imposez pas des lectures : pour ressentir du plaisir les enfants doivent se sentir libres.

Peu importe ce qu’ils lisent à partir du moment où ils lisent ! Sauf, s’ils se contentent de BD et manga dont le texte est limité à quelques onomatopées.

Fréquentez les librairies et les bibliothèques. La plupart des libraires et bibliothécaires sont des passionnés qui transmettent leur passion. Ils connaissent les nouveautés qui sortent des sentiers battus. Ils conseilleront les plus belles lectures en fonction du niveau et des centres d’intérêts de l’enfant, de l’adolescent.

Lors des fêtes et des anniversaires, offrez des livres, cela leur donne de la valeur. Vous ne savez pas ce que l’enfant, l’adolescent apprécie, offrez un « chèque cadeau » dans une librairie qui les conseillera.

Profitez des vacances pour instaurer des moments de lecture en famille. En hiver, prévoyez des « dimanches lecture sous la couette », un lit de 160 cm accueille facilement deux adultes et deux enfants ravis d’investir le lit parental pour un moment lecture.

Abonnez-les à une revue en rapport avec leur passion. Ils raffolent du courrier. En plus, dans les magazines jeunes publics, le format des articles s’adapte aux capacités du public.

La lecture est une des ouvertures à la culture. Alors, si vraiment, ils n’accrochent pas emmenez-les au musée, au théâtre, au concert, au cinéma… cultivez leur curiosité, leur goût de la découverte autrement et n’abandonnez pas les visites chez les libraires et dans les bibliothèques.

Ne les obligez pas à lire. Ce serait la pire des choses !

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