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Les praticiens des arts divinatoires manquent de reconnaissance. Pour les 20 ans de Delta Blanc, l'association qui se bat pour imposer une éthique dans la profession, nous sommes allés interroger sa directrice,ne voyante et tarologue, Esméralda Bernard, qui fait le point sur les avancées en la matière.


Le monde des médiums, des voyants, des "mages" a un contour on ne peut plus flou. Les charlatans y sont légion dans une profession qui n'est pas reconnue et qui n'est pas réglementée. Et pourtant, il existe des mediums, des cartomanciens, des astrologues, des numérologues et plus globalement ce que l'on appelle des praticiens des arts divinatoires qui exercent leur métier de clairvoyance avec professionnalisme.

Parmi eux, Esmeralda Bernard, voyante tarologue depuis plus de 30 ans, qui a créé il y a 20 ans l'association Delta Blanc pour "informer le public sur la nécessité de promouvoir le respect d’un code de déontologie dans la pratique des arts divinatoires et des psychologies alternatives dans une approche lucide et réaliste". A l'occasion du 20e anniversaire de Delta Blanc, elle organise le dimanche 1er octobre un colloque sur son thème de prédilection, ce qu'elle appelle "le Monde invisible".

Esmeralda Bernard nous explique aussi à quel point exercer l'art de la divination est délicat, comment cette profession nourrit la méfiance du grand public et comment Delta Blanc se veut gage de respect et professionnalisme.


Aujourd'hui encore, tout le monde peut-il se proclamer voyant ?

Effectivement, tout le monde peut s'installer à son compte en se disant voyant, médium, cartomancien, ... Et cela parce que ce domaine n'a pas de règles précises ni de code déontologique. Mais pour apporter des règles à un domaine, il faut que ce domaine existe ! Or, l'article 563 du Code pénal défini par Napoléon interdit et punit "les gens qui font métier de deviner et de pronostiquer ou d'expliquer les songes. Seront saisis et confisqués les instruments, ustensiles et costumes servant ou destinés à l'exercice du métier de devin, pronostiqueur ou interprète des songes". Même si cet article est désormais désuet, il n'y a toujours pas de place légale pour les métiers de divination. Nous faisons donc un métier interdit légalement mais reconnu fiscalement...

Comment tenter d'y voir plus clair en tant que public devant l'offre pléthorique?

Je le déplore profondément mais 90% des praticiens n'ont pas d'éthique et se disent medium à des fins uniquement commerciales. Et il y a malheureusement un public pour cela : des personnes en difficulté, seules, qui se sentent mal et voient dans un appel téléphonique une sorte d'appel à l'aide avec une réponse toute faite au bout du fil, prodiguée par une personne à qui on a bien dit que la finalité était... la rentabilité. Un professionnel ne doit pas profiter de la détresse de quelqu'un et un voyant n'est pas là pour faire plaisir ou aller dans le sens de la personne. Un medium permet à son interlocuteur de s'ouvrir à des pistes d'avenir. Personnellement, je ne sers pas un futur préfabriqué ni de réponses clé sur porte. jamais.

De quoi doit se méfier le "consommateur" intéressé par la divination ?

La personne intéressée doit consulter en adulte responsable. La consultation doit avoir lieu de visu et non au téléphone. Avant de poser des questions ou expliquer le contexte, le praticien doit faire un test pour s'assurer que la relation s'établit. Il va pouvoir vous parler de vous, d'éléments de votre passé facilement vérifiables. Le prix doit être connu avant la séance et fixe. Enfin, il faut prendre du temps, 1h, 1h15. Un voyant qui respecte son métier ne doit pas faire plus de 3 à 4 consultations par jour. Les travaux "occultes" sont hors de notre pratique. Et les praticiens que nous sommes doivent montrer empathie et psychologie. Je n'insinue pas que tous les praticiens consultant par téléphone sont des escrocs mais je dis fermement "attention, danger". Même si on commence à prendre toute la mesure aujourd'hui entre un voyant "0900" qui passe sur des chaînes TV et les professionnels recommandés par le bouche-à-oreille.

Comment parvenir à une pratique plus éthique ?

Je me bats pour qu'une école voie le jour qui permettrait de suivre une formation respectueuse de règles précises et riche d'enseignements. Il y a beaucoup de praticiens, de médecins, de chercheurs, de professeurs qui ont des choses à dire et à montrer dans le domaine des perceptions extra-sensorielles

Il faut savoir que tout le monde peut développer son intuition et j'enseigne régulièrement à un public curieux lors de stages des techniques éprouvées qui permettent de le faire, à son échelle. Après, bien entendu, tout le monde ne peut pas devenir professionnel, certains sont bien plus doués que d'autres.

La reconnaissance, vous y croyez ?

Notre action au sein de Delta Blanc est utile au niveau de l'information au public mais au niveau institutionnel, rien ne bouge malheureusement. La seule chose qui me permet d'espérer un mieux, ce sont toutes les recherches concernant le para-normal qui sont menées au niveau scientifique et les avancées et recherches en matière de neuro-sciences. Cela aide à mieux comprendre la clairvoyance et donne une base scientifique à la profession. Regardez l'hypnose. Au départ, profession décriée, l'hynose a su démontrer scientifiquement ses atouts et l'hypnothérapie a droit de cité dans des hôpitaux universitaires notamment ! Autre domaine, la méditation. Vous vous souvenez dans les années 70, on considérait les adeptes de la méditation comme des hippies baba-cool vivant en communauté ou appartenant à des sectes. Aujourd'hui, c'est un tout autre son de cloche et les métiers autour de cette discipline se sont multipliés et professionnalisés.

Le colloque de Delta Blanc s'adresse à qui ?

A toutes les personnes intéressées par nos capacités psychiques, par l'immense champ des découvertes en matière d'extra-sensorialité, et même à ceux qui doutent! Nous avons invité de vrais spécialistes qui ne vendent rien mais qui viendront témoigner avec précision de ce qu'ils ont vécu ou de leurs recherches.

Le public pourra y rencontrer Stéphane Alix, journaliste, auteur de plusieurs livres, fondateur de l'institut de recherche sur les expériences extraordinaires et du magazine Inexploré, il est l'auteur du best-seller « le Test »; Natacha Calestrémé qui abordera dans une conférence les façons de devenir autonome face aux événements difficiles de la vie. Et enfin, nous aurons avec nous Geneviève Delpech, l'épouse de feu Michel Delpech dont les capacités de medium ont bouleversé le quotidien.

Infos : Dimanche 1er octobre 2017 de 12h à 18h, auditorium du Centre Culturel de Remouchamps/Aywaille - Avenue de la Porallée – 4920 Aywaille