People

Le temps où les Français lisaient ces gazettes "en cachette" est désormais révolu


BRUXELLES A l'image de Voici, qui fête lundi son 20e anniversaire, la presse people s'est solidement implantée dans le paysage français en deux décennies, au point de devenir une des plus puissantes familles de la presse magazine et d'imprégner l'ensemble des autres médias.

Novembre 1987: Axel Ganz, alors patron de Prisma Presse, décide de lancer un nouveau magazine familial, qui viendra s'ajouter à un catalogue comprenant déjà Femme Actuelle, Prima ou Ca m'intéresse. Le nouveau-né est baptisé Voici. Mais les ventes s'avèrent décevantes et l'éditeur allemand décide de prendre un virage radical : il réoriente le titre vers le people.

Le concept est encore largement inexploité en France, hormis les historiques Ici Paris, France Dimanche et Point de Vue.

Décrié comme le symbole d'une "presse de caniveau", le magazine devient vite un succès à coup de "scoops" et de photos volées, dévoilant la vie privée des personnalités du Gotha et du show-business.

Son ton décalé et sa réputation de "poil à gratter" font culminer les ventes à un million d'exemplaires, attisant la convoitise de concurrents.

En 1993, Prisma Presse lance Gala, une version haut-de-gamme de Voici. Dix ans plus tard, Lagardère arrive sur le créneau avec Public, suivi en 2005 par Closer (Mondadori).

Ce dernier connaît un succès foudroyant, frôlant la barre des 400.000 exemplaires dès sa première année de diffusion.

Aujourd'hui, avec seulement cinq titres, les magazines people sont la 4e famille de magazines la plus vendue, avec 131 millions d'exemplaires diffusés en 2006.
Alors que les ventes des magazines ont reculé de 2,90% l'année dernière, la presse people affiche une santé insolente, avec une diffusion en hausse de 3,34%. Voici en reste le leader, avec 460.000 exemplaires vendus en moyenne chaque semaine.

Les "célébrités" issues de la téléréalité, puis du monde politique, ont notamment contribué à renouveler l'intérêt des lecteurs.

Et le temps où les Français lisaient ces gazettes "en cachette" et où l'actrice Sandrine Bonnaire faisait déverser une demi-tonne de fumier devant les locaux de Voici semble révolu.

"Aujourd'hui, on fait partie du paysage, on est beaucoup plus assumé et accepté par toutes les catégories d'âge et de classes sociales", explique à l'AFP Philippe Labi, éditeur des pôles Actualité/People et Télévision chez Prisma Presse.

Signe de cette relative "respectabilité", la presse people "est devenu un outil de communication fréquemment utilisé par une classe politique, qui l'a intégrée depuis longtemps dans ses 'plans médias'", notaient en 2006 les journalistes Renaud Revel et Laurence Debril dans "People: le grand déballage".

Mais l'histoire de la presse people en France n'est pas marquée que par des succès.

L'éphémère Allo (Prisma Presse), Ho La!, lancé par l'Espagnol Eduardo Sanchez Junco puis repris brièvement par Lagardère, et enfin Bon Week (Bauer) ont tous jeté l'éponge.

Dans ce secteur, "il faut avoir les reins solides", reconnaît Philippe Labi. La concurrence effrenée que se livrent les magazines du secteur, mais aussi celle de la presse dite "sérieuse", a en effet fait grimper le prix des photos. Pour s'assurer une exclusivité, les journaux peuvent débourser plusieurs dizaines de milliers d'euros.
A cela s'ajoute le coût des procès intentés par les stars pour atteinte au droit à l'image.

En 2006, le journaliste Jean-Pierre Pernaut et sa compagne Nathalie Marquay ont ainsi obtenu plus de 525.000 euros de dommages et intérêts, selon le classement établi par le magazine Capital.