People Antiquaire bruxellois, Claude Sluys fut le seul homme que la chanteuse épousa

BRUXELLES Claude Sluys, qui a un magasin rue de la Madeleine, est aussi l'organisateur d'un salon des antiquaires qui se déroulera, du 20 au 28 octobre, au musée royal de l'Armée (section Aviation). Avec, cette année, une exposition consacrée à la chanteuse Barbara.
Sujet que ce Bruxellois connaît parfaitement puisqu'il fut, dans les années cinquante, le mari de la future star. Après le divorce, elle eut d'autres relations, mais elle n'a jamais convolé en justes noces. Claude Sluys fut l'unique mari de Barbara: `Quinze jours avant de mourir, alors que nous ne nous fréquentions plus depuis des années, elle m'a téléphoné, m'invitait à venir avec Béa, mon épouse, lui rendre visite chez elle, à Précy, où je n'étais jamais allé. Mais, surtout, elle me demandait de lui envoyer des souvenirs de sa période bruxelloise . Car, dans les faits, elle a réellement débuté chez nous: à Charleroi, puis à Bruxelles. D'une famille juive pauvre, terriblement marquée par la guerre, Barbara fut abandonnée par un père parti sans avertir. Malgré les recherches entreprises par sa mère, on ne l'a jamais retrouvé, sauf à l'heure de sa mort lorsqu'il fit appeler Barbara à son chevet. A Nantes. Barbara en a fait une chanson où tout est exact sauf le nom de la rue. Aujourd'hui, cette rue n'existe à Nantes qu'à cause de la chanson`Barbara voulait devenir cantatrice. Après de vagues études ratées dans un conservatoire de province, elle était venue tenter sa chance à Saint-Germain-des-Prés où elle fut engagée par les frères Prévert, à la Fontaine des Quatre Saisons . Mais c'était pour y laver la vaisselle. Si bien qu'elle a entendu, sans la voir, Juliette Gréco et c'est à cause d'une de ses chansons qu'elle s'est appelée Barbara. Quelqu'un lui a suggéré d'aller tenter sa chance en Belgique. Un motocycliste l'a déposée à Charleroi où elle a chanté dans un cabaret, Le Vent Vert. Quelques semaines plus tard, elle était à Bruxelles. A la Jambe de Bois , place Anneessens, où, jeune avocat, je prenais un verre, j'ai vu passer cet étrange personnage, pieds nus, drapée d'un grand vêtement noir et avec de longues boucles d'oreille berbères. Je la trouvais belle. Elle était très ronde. Absolument pas la femme maigre qu'on a connue par la suite. Elle est allée parler au pianiste. Puis elle est partie. Alors, j'ai bavardé avec ce pianiste. Il m'a raconté qu'elle lui avait proposé de l'accompagner sur scène, mais il s'en trouvait incapable. Par contre, elle avait laissé un numéro de téléphone que j'ai pris. J'avais une amie pianiste. Je l'ai appelée pour lui dire qu'une fille cherchait une accompagnatrice et qu'elle avait l'air très riche. Ce en quoi je me trompais totalement: Barbara se trouvait dans une misère noire. Elles ont fait un premier spectacle ensemble, à Boendael, où les étudiants ont détesté Barbara et lui ont jeté des tas de trucs à la tête. Le lendemain, la pianiste m'a téléphoné en me disant que je devais absolument rencontrer cette chanteuse, qu'elle avait du talent mais ne savait pas où se diriger. A l'époque, Barbara reprenait les succès de Piaf. Ça ne lui allait pas du tout. C'est moi qui lui ai fait connaître le répertoire de Fragson, d'Yvette Guilbert, toute cette partie oubliée de la chanson française. Barbara, elle, ne connaissait rien de la chanson. Elle n'avait aucune culture et se vantait même de n'avoir jamais lu un livre. De même, elle n'écrivait jamais. Pas une lettre, pas un mot Plus tard, alors que nous étions déjà divorcés, elle m'a téléphoné pour me demander de venir écouter une chanson qu'elle avait écrite. Je n'en revenais pas. Je ne saurai jamais comment elle en est venue à écrire.
´Lorsque nous nous sommes mariés, nous avons habité rue de la Pépinière, à la Porte de Namur. Elle avait une ambition énorme. Réussir, elle ne pensait qu'à ça. Pour y arriver, elle m'a traîné à Paris où nous avons vécu quelques années. C'est dans la rue, pour une raison de répertoire, parce qu'elle voulait chanter du Brassens et que je l'encourageais à interpréter plutôt de jeunes auteurs, que nous nous sommes séparés.´