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C’est toujours impressionnant d’interviewer Dwayne Johnson. Mais, on le sait, il faut se méfier des apparences.

En fait, derrière son physique imposant se cache un amour de bonhomme, avec un tempérament à des années- lumières des personnages qu’il incarne dans les films d’action. En attendant, le muscle, ça paie. Fort de ses 64,5 millions de dollars, soit environ 57 millions d’euros glanés en 2016, selon le classement établi par le magazine Forbes, le bibendum a détrôné Robert Downey Jr. alias Iron Man. Ce qui fait de lui aujourd’hui l’acteur le mieux payé au monde. Rencontre.

On vous retrouve aujourd’hui dans le huitième volet de The Fate and The Furious. Vous n’en avez pas assez de jouer dans des films violents et de conduire des bolides à toute berzingue ?

"Les films d’action ont toujours atteint des sommets au box-office. Vous savez pourquoi ? Parce que nous aimons tous le spectacle qui découle de la violence. Parce que nous sommes tous des putains de voyeurs et parce qu’il vaut mieux se taper sur la gueule dans une grosse production que pour de bon sur un champ de bataille avec de vrais milliers de morts à la clé. Ce que veulent les spectateurs, c’est que les mauvais gars soient punis à coups de mitraillette et coups de pied dans le cul. Ils veulent une bonne vengeance bien sanguinolante lorsqu’on a tué la veuve et l’orphelin, ils veulent jouir en voyant ces vilains souffrir comme ont souffert les victimes de leurs exactions. Ce n’est peut-être pas très moral me direz-vous, non, mais c’est humain. Lorsqu’on vous fiche une claque sur une joue, vous ne tendez pas l’autre joue, vous réagissez ! Personnellement, je fais ce métier parce qu’il me procure du fun et non pour remporter un Oscar. Ma seule préoccupation c’est que mon film fasse du beurre sur le marché international et je me fous de journalistes qui descendent mes films en flamme, je me contrefous également de leurs analyses pseudo-intellos. Ce qui m’importe, c’est que le public se rende dans les salles obscures et en ressorte content."

Vous tournez souvent des films où il est question de situations désastreuses ou catastrophiques. Si vous deviez sauver quelque chose auquel vous tenez, vous prendriez quoi en priorité ?

"Mon iphone et mes albums de Sam Cooke (un chanteur afro-américain des années 50-60, NdlR) . Indis-pen-sables ! Vital. Sans oublier mon fanny pack (c’est-à-dire, une banane chez nous). Dans mon sac, il y a plein de choses comme mon portefeuille, des clés, des pastilles mentholées. Bref, mes petites bricoles quoi ! Ma banane est en cuir et je dois admettre qu’elle est un peu dépassée et usée. Mais le plus important, c’est mon téléphone, j’ai des photos stockées qui me sont très chères."

Rassurez-nous, vous n’êtes né avec ces gros muscles ?

"Mon problème à ma naissance, ce n’était pas tant la taille mais le poids. J’étais sec. Avec la peau sur les os. Jusqu’à l’adolescence, je ressemblais à une espèce de grande tige pas très virile. Les filles se moquaient de moi. Les garçons, eux, n’avaient qu’une envie : me botter les fesses. J’ai donc décidé de prendre le taureau par les cornes !".

Comment avez-vous fait pour passer du stade chambre à air à plat à celui de bibemdum surgonflé ?

"Un matin, je suis allé voir mon père qui était catcheur tout comme mon grand-père avant lui et je lui ai dit : ‘Papa, j’en ai marre d’être la risée de tout le monde ! Inscris-moi dans une salle de gym.’ Il n’était pas trop pour car il ne voulait pas que je suive ses traces. Il aurait préféré que je sois docteur ou avocat. Je le revois encore me dire : ‘Regarde mon fils, ce que m’ont rapporté mes combats ces trente-cinq dernières années. Un deux pièces à Tampa (Floride) que je paye à crédit 500 dollars par mois. Franchement, tu mérites mieux que ça !’ . Je lui ai donc posé un ultimatum. Soit il m’entraînait, soit je me trouvais un autre coach. Par fierté, mais aussi parce qu’il ne voulait pas que je claque mon fric, il a fini par accepter. Le premier jour d’entraînement, j’ai surestimé mes forces. J’ai pris une barre, je me suis allongé dessous et j’ai essayé de soulever une soixantaine de kilos. C’était un peu plus que mon poids à l’époque. J’ai donc soulevé cette barre en poussant mes bras vers le ciel et là, je me suis retrouvé bloqué dessous. Conscient qu’il y avait du pain sur la planche, j’ai fait des pompes pendant plusieurs semaines chez moi et au bout du compte, les 60 kilos en question ne m’ont plus semblés aussi lourds que ça."

Vous conseillez quoi au gringalet qui veut impressionner ?

"Avant d’avoir des muscles d’acier, il faut avoir un moral d’acier. Cela va de pair. Vous ne pouvez pas ériger une tour si le terrain, la base, les fondations sont vaseux. C’est la même chose avec votre corps. Vous devez vous assurer qu’il est apte à résister à tous types de contraintes, de pressions, de forces extérieures. Comme je le dis souvent, rien ne peut remplacer l’entraînement. Vous aurez beau tourner les choses dans tous les sens, trouver des variantes, essayer de gruger, le résultat sera décevant. C’est par la sueur et l’effort qu’on arrive à acquérir du muscle, du souffle, de la souplesse et plus important encore, de la résistance. On n’a rien sans rien. Surtout dans le sport."

Un repas de Dwayne Johnson cela ressemble à quoi ?

"Même pendant les vacances, je ne m’écarte pas de ma routine alimentaire. Je dois absorber de 6.000 à 8.000 calories quotidiennement pour alimenter la machine. J’avale quatre à six milkshakes protéinés par jour, généralement mixé avec une banane, parfois un demi-bol de flocons d’avoine crus ou avec du beurre de cacahuètes. À part ça, j’ai éliminé quasiment la plupart des sucres de mon alimentation. Le soir, mon menu est composé d’un blanc de poulet, ou d’un filet de bœuf. Je mange aussi des légumes verts, genre asperges et des tonnes de brocoli. Avant de me coucher, vers 1 h du matin, je m’avale une tranche de thon et encore une boisson protéinée. Vous savez, il n’y a pas de secret, pour entretenir une masse corporelle comme la mienne, il faut des doses de carburant non négligeables. Ah oui, très important, j’ai boycotté tous les sodas ! Sans exception. L’été, quand il fait chaud, je bois de l’eau."

Vous n’avez pas toujours mangé à votre faim paraît-il. Racontez- nous votre période de vache maigre…

"Maigre ? Pire que ça, famélique. J’ai connu une période de ma vie où rien ne bougeait. J’étais si fauché, qu’un jour, en conduisant mon vieux tacot, je suis passé devant un matelas laissé à l’abandon sur le bord d’une route. J’ai freiné à mort et récupéré ce don du ciel qui deviendra mon nouveau lit."