People Privés de tout héritage par le testament de Johnny, Laura Smet et David Hallyday sonnent la charge.

Deux mois après la disparition de Johnny Hallyday, la belle solidarité familiale affichée lors de l’hommage national qui lui a été rendu le 9 décembre dans l’église de la Madeleine a volé en éclat. Comme souvent quand il s’agit d’un artiste dont l’œuvre peut rapporter gros post-mortem, l’héritage pose problème.

C’est Laura Smet qui a ouvert les hostilités, vite rejointe par David Hallyday. Dans un communiqué adressé à l’AFP, elle s’adresse à son père en ces termes : "J’ai appris, il y a quelques jours, que tu aurais rédigé un testament nous déshéritant totalement David et moi. […] J’aurais préféré que tout cela reste en famille, malheureusement, dans notre famille c’est comme ça." La fille du Taulier conteste le testament et a demandé à ses avocats de "mener toutes les actions de droit" pour préserver ses intérêts et sauvegarder l’œuvre du chanteur.

"Laura Smet a découvert avec stupéfaction et douleur le testament de son père Johnny Hallyday au terme duquel l’ensemble de son patrimoine et l’ensemble de ses droits d’artiste seraient exclusivement transmis à sa seule épouse Laeticia par l’effet de la loi californienne", indiquent les représentants de Laura Smet dans un autre communiqué. "S’il en était ainsi, poursuivent-ils, son père ne lui aurait rien laissé : ni bien matériel, ni prérogatives sur son œuvre artistique, ni souvenir - pas une guitare, pas une moto, et pas même la pochette signée de la chanson Laura qui lui est dédiée." Le document ajoute qu’en cas de décès de Laeticia, tous les biens et les droits de Jean-Philippe Smet seront exclusivement transmis à ses filles Jade et Joy, à parts égales.

Un coup de poignard dans le dos qui ne passe pas du côté des deux premiers enfants que Johnny a eus avec, respectivement, Sylvie Vartan et Nathalie Baye. Ils se retrouvent déshérités, comme le permet la loi californienne, au contraire du droit français.

Une chose est certaine , le combat de Laura Smet et de David Hallyday, qui s’est joint à la plainte en tant que codemandeur, est loin d’être gagné. Pour que la législation française s’applique et qu’ils retrouvent leurs droits dans la succession, ils vont devoir prouver que Johnny vivait de manière habituelle en France. Au vu des dernières années, ce ne sera pas facile.

De plus, un précédent ne doit pas les rendre des plus confiants. Jean-Michel Jarre s’est retrouvé dans la même position qu’eux en 2009, lors du décès de son père.

Le musicien français a appris qu’il était lui aussi écarté au profit de la veuve de ce dernier parce que la loi californienne était d’application. L’affaire s’est réglée en septembre dernier devant la Cour de cassation, en défaveur du compositeur d’Oxygène

S’ils sont déboutés , Laura Smet et son demi-frère David Hallyday ne recevront rien mais, en plus, ils n’auront pas un mot à dire quant à la gestion du patrimoine artistique laissé par Johnny : sorties d’inédits, DVD de concerts, merchandising en tous genres (mugs, posters, documentaires ayant trait à la vie et à la carrière du rocker, etc.).

Outre la question de la succession, l’heure est aussi aux règlements de comptes entre les clans Hallyday. Dans le communiqué qu’elle a adressé à l’AFP, Laura Smet reproche à Laeticia d’avoir tout fait pour l’empêcher de voir son père aussi souvent qu’elle le souhaitait. En particulier, au crépuscule de sa vie.

Quant à David Hallyday, il a pris ses distances avec l’épouse du rocker concernant le disque posthume attendu avant l’été.

"Respectueux du travail commencé par son père, il estimerait inconvenant de livrer au public sous le nom de Johnny Hallyday une œuvre qui ne serait pas intégralement de lui, a indiqué son avocat. Aussi n’a-t-il jamais souhaité participer ou prendre part en aucune façon à la réalisation d’un album posthume."

Dans un communiqué adressé à l’AFP, Laeticia Hallyday a fait part de son “écœurement [quant à] l’irruption médiatique autour de la succession de son époux” . Elle se dit “sereine” et déterminée à “faire respecter le travail et la mémoire de son mari” . Ces propos font suite à la décision de Laura Smet de remettre en cause le testament de son père.


Flambeur mais pas pauvre

Johnny était un flambeur. Dès le début de sa carrière et jusqu’à sa mort. On se souvient de sa collection de voitures et de motos. Ou encore de son fameux yatch à plusieurs millions d’euros. Et comme le Taulier ne pensait pas qu’à lui, il se montrait tout aussi généreux avec ses amis. En 2011, le magazine Capital avait chiffré le train de vie régulier du chanteur à 6,5 millions d’euros (entretien de ses résidences, frais de personnel, etc.). Sans compter les investissements - trop souvent perdus - réalisés par l’idole des jeunes…

De là à dire que c’était un faux riche comme on le lit çà et là, il y a un pas que nous ne franchirons pas. Car s’il a vécu au-dessus de ses moyens grâce aux avances de ses maisons de disque, Johnny savait que par son travail, il ferait rentrer l’argent nécessaire dans les caisses.

S’il a longtemps eu les poches percées, le rocker a fini par s’assagir quelque peu au début des années 2000 et il a commencé à se constituer un patrimoine. Il n’est évidemment pas facile d’en estimer la valeur mais on s’accorde pour l’évaluer à une centaine de millions d’euros. Il comprend essentiellement des biens immobiliers prestigieux : la maison de Marnes-la-Coquette où il est décédé et qui a été mise en vente depuis, sa résidence de Pacific Palisades à Los Angeles, celle de Saint-Barth et son chalet de Gstaad, en Suisse. Selon Le Point, le tout vaudrait entre 40 et 50 millions d’euros.

© reporters

Le fisc aux trousses

Bien que possédant un patrimoine de 100 millions d’euros, Johnny avait aussi des dettes… notamment à l’égard du fisc français avec qui il a eu maille à partir durant longtemps. Ses premiers déboires remontent aux années 1960 lorsque son manager de l’époque, Johnny Stark, omettait de régler les impôts de son poulain.

En 1977, le chanteur écopera même d’une condamnation à de la prison avec sursis et d’une amende. Et dans les années 1990, il sera obligé d’aller négocier avec le ministre des Finances en personne - Michel Charasse - pour apurer une dette de 30 millions de francs français, soit 4,5 millions d’euros… Sa maison de disque de l’époque, Universal, se portera garante pour les dettes de l’artiste, lui rachètera deux de ses maisons (mais lui laissera l’usufruit !) et lui accordera un prêt. Il lui en coûtera des prolongations de contrats et de nombreuses concessions sur ses droits, l’utilisation de son nom, etc.

Mais on ne se refait pas et dans les années 2000 et 2010, Johnny avait toujours le fisc aux trousses. Sans compter ses dettes privées !

© afp
Une Ferrari 512 TR qui appartenait au chanteur et qui sera mise aux enchères le 24 mars à Paris.

Des artistes plus rentables morts que vivants

Généralement, dans l’héritage que laisse un artiste aussi connu que Johnny Hallyday, c’est le catalogue et l’utilisation de l’image du chanteur qui représentent les plus grandes sources de revenus post mortem. On le voit avec toutes les manœuvres qui entourent la succession de Prince depuis son décès.

À titre d’exemple, depuis sa mort en 2009, Michaël Jackson a rapporté à ses ayants droit 1,655 milliard de dollars (près de la moitié étant liée à la revente de son catalogue en 2016). Quarante ans après sa disparition, Elvis Presley continue également d’être une affaire particulièrement juteuse pour ses héritiers. Il a rapporté pas moins de 35 millions de dollars l’an dernier, apparaissant en 4e position dans le classement quelque peu cynique dressé par le magazine Forbes.

Mais Johnny n’étant ni l’auteur ni le compositeur de la plus grande partie de son répertoire (il possède les droits sur 93 chansons qui, entre 2006 et 2010, lui ont rapporté 140.000 euros par an selon BFM), il ne touche pas de droits d’auteur. En revanche, il perçoit des droits d’interprète. Toujours selon BFM, son dernier contrat avec Universal (qu’il a quitté en 2008 pour aller chez Warner) lui accordait 7 à 8 % des montants sur les chansons ayant plus de deux ans, soit à peine plus de 600.000 euros versés en 2013…