People Sandra Kim marque les 30 ans de sa victoire à l’Eurovision avec une biographie pleine de vérités. Rencontre en toute décontraction avec une chanteuse qui a bien les pieds sur terre.

"30 ans, c’est un bon anniversaire, le moment d’un bilan", nous dit-elle. Si Sandra Kim se confie sans détour ni fioritures à Claude Rappé dans sa biographie (Si j’avais su…, aux éditions La boîte à Pandore), elle garde tout de même pour elle un petit jardin secret. Parce qu’"on ne peut pas tout raconter non plus. Il faut quand même être bienveillant dans ce que tu dis pour ne pas te faire ramasser par la suite… Si je devais dire vraiment ce que je pense dans ce livre, je pourrais être trop cash!" Ici, il n’est question que de vérité et d’une réalité souvent difficile à vivre pour une jeune artiste. Sans aucune trace de nostalgie aujourd’hui. "Je me fous de mon passé! Ce qui est fait est fait. Je ne vis pas dans le passé... La preuve : il n’y a rien de mon passé ici. Je ne vis pas avec mes reliques comme certains chanteurs. Mon disque d’or de J’aime la vie , il est derrière la machine à laver dans ma cave ! Il y a juste le trophée de l’Eurovision qui est là dans l’armoire, nous dit-elle en pointant vaguement du doigt l’objet, à l’esthétique douteuse. Elle en sourit d’ailleurs...

Dès le début de votre carrière, vous êtes mal embarquée, à seulement 13 ans…

"Oui, il y a eu ce contrat que j’ai resigné avec mon manager Marino, sur un capot de voiture, sans rien dire à personne. Quand mon entourage l’a su, on m’a dit : mais enfin Sandra, tu viens de t’enterrer à nouveau alors que tu avais la possibilité d’en sortir ! Ça a duré 7 ans, sans que rien ne change. Je n’avais aucune rentrée d’argent au niveau discographique. Et c’est à ce moment-là qu’on a - ou plutôt qu’ils ont - gagné le plus d’argent ! En tant qu’interprète, j’aurais pu prétendre à des cachets plus conséquents… mais je n’ai rien eu du tout. Il y a juste mon papa qui a insisté fortement auprès de mon ex-manager pour qu’il fasse un geste : il m’a versé 200.000 francs belges de l’époque pour me féliciter…"

À l’Eurovision en 1986 et après, vous chantez pour quoi alors ?

"Pour faire plaisir ! À mes parents et à mon parrain qui m’a mis le pied à l’étrier. Et à mon ex-manager. Mes parents ne m’ont jamais poussée, mon papa a été musicien et savait très bien comment ça pouvait se passer dans le milieu. Mon parrain, lui, trouvait que j’avais un don gamine quand je chantais, car à 5 ans chanter du Streisand et du Olivia Newton-John, ce n’était pas courant. À Liège, il y avait plein de concours de chant. J’y suis allée pour ne pas décevoir mon parrain."

Une fois votre carrière lancée, vous vous sentiez obligée d’y aller ? Vous ne vous êtes jamais rebellée ?

"Si j’avais le malheur de me rebeller et de dire non, je me faisais ramasser par Marino. Je passais devant son bureau et il me disait tout ce qui n’a pas été, comme si je passais devant le directeur. Je dois avouer qu’il m’a tout de même toujours voulu du bien, peut-être trop bien. Il m’a toujours dit qu’il voulait être pour moi le Johnny Stark pour Mireille Mathieu. Il a toujours été très protecteur. Mais il avait des délires dans sa tête, musicaux et vestimentaires, qu’il fallait exécuter. Comme par exemple de me faire porter un Borsalino, car lui aimait ça. Mais qui à 13 ans porte un Borsalino ? Personne ! J’étais un singe de foire, une marionnette d’un ventriloque. Mais je suis comme ça, je n’aime pas décevoir. On dit que j’ai un sale caractère, mais je vais mettre les pendules à l’heure : si j’avais un sale caractère, je te jure qu’il y a des choses que je n’aurais jamais faites. Mais j’ai dit oui à tout !"

Une fois que Marino n’a plus été votre manager, vous décidez de faire quoi ?

"Je veux arrêter de chanter. Mais plusieurs fois j’ai eu cette envie-là, toutes les années même ! Ce n’était pas mon destin de chanter… en tout cas, je n’avais pas prévu d’être chanteuse encore moins de gagner l’Eurovision. Si j’étais allée à l’Eurovision en étant classées 6e ou même dernière, j’aurais raccroché la chanson et j’aurais peut-être repris plus tard. J’aurais voulu être hôtesse de l’air quand j’avais 12 ans. Mais je ne pense pas que j’aurais été dans le show-business, je n’aime pas ce milieu. Je n’ai jamais rêvé à une carrière musicale. Mais pourtant, j’aime ça, quand je suis sur scène, que je chante en live . J’ai une passion pour la musique. Elle fait partie de ma vie. Mais en faire mon métier, c’est une autre paire de manches. Aujourd’hui, ça l’est, et il n’y a que ça que je sais faire ! Je pense que j’aurais mérité mieux. Je n’ai jamais su bien m’entourer. C’est ça mon regret, de ne pas avoir su saisir ma chance. Et puis, je véhiculais une image has been , ringarde. Je sens que quand on me regarde dans la rue, parfois il y a des moqueries. Mais je pense que ce sont ces années de moqueries à l’adolescence qui me poursuivent..."

À un moment donné, vous envoyez quand même tout valser…

"Quand j’avais une vingtaine d’années, je n’avais plus de manager, je n’avais plus une thune non plus, plus personne autour de moi. C’était la galère. Je venais de divorcer. Ce n’était pas la meilleure période de ma vie. Entre 20 et 25 ans, ça a été la plus moche période de ma vie ! Avant que je ne rencontre mon mari actuel, j’ai eu cette période je m’en foutiste, libertin, à faire tout et n’importe quoi. Je traînais un peu partout."

Vous étiez dépressive à ce moment-là ?

"Oui. Et une fois, j’ai eu une très mauvaise journée, je l’avoue. Je n’étais pas bien, j’ai eu des idées noires… mais je pense que ça arrive à tout le monde. Comme j’ai un caractère assez fort, je me suis reprise en main en pensant à ma famille. Et c’est après que j’ai rencontré mon manager flamande. J’ai repris goût à la musique et j’ai pu regagner ma vie, j’en avais besoin."

Aujourd’hui, vous touchez enfin de l’argent sur J’aime la vie…

"Oui, enfin ! Pas des millions hein ! (rires) Des clopinettes et ça me fait plaisir. Cette chanson ne me plaisait pas à la base, même si c’est vrai qu’à 13 ans et demi, je ne pouvais pas arriver avec une balade d’amour. Aujourd’hui, c’est une chanson que tout le monde connaît. Et je ne peux ne pas la chanter quand je suis en concert, les gens ne comprendraient pas."

"J'ai pris pour perpette !"

Vous êtes heureuse aujourd’hui à 43 ans ?

"Honnêtement, quand je vois des shows à l’américaine, ce que fait Céline Dion, ça me fait rêver. Qu’on m’écoute et que je sois reconnue par mes pairs. Et pour être 100 % heureuse dans le bonheur que j’ai déjà avec mon mari, c’est vrai que le fait de ne pas avoir d’enfant me pose un problème."

Votre livre s’intitule Si j’avais su… Si vous aviez su, vous n’auriez pas pris le micro la première fois ?

"Oui, exactement. Je n’aurais écouté personne. Quand je suis montée sur scène la première fois, j’ai senti que ça plaisait aux gens. J’ai alors pris perpette!"

Aujourd’hui, vous vous sentez encore Sandra Kim ?

"Pour Jurgen, mon mari, je suis Sandra Caldarone, sa choupinette. C’est quelqu’un de terre-à-terre, de calme. Avec beaucoup d’amour. Mon mari, il n’en avait rien à foutre de qui j’étais quand je l’ai rencontré. Je me sens Sandra Kim quand je chante, quand je sors de chez moi, quand je ne suis pas avec les miens."