Relations Cette semaine est dédiée aux aidants proches, ces personnes qui soutiennent une personne privée d'autonomie et qui sont dans le déni de leur épuisement... La chronique de Julie Arcoulin leur rend hommage en donnant quelques pistes pour ne pas glisser vers le burn-out.


On en parle peu, et pourtant beaucoup d’aidants proches se sentent seuls et démunis. Mais au fait, qu’est-ce qu’un aidant proche ? C’est une personne qui apporte très fréquemment son aide à une personne proche qui perd ou n'a pas sa propre autonomie. Cette aide est apportée en dehors du cadre d’une profession ou même du volontariat, comme définie par la loi.

D’après une enquête de santé publique en Belgique, 9% de la population (de 15 ans et plus) prodigue au moins une fois par semaine de l’aide ou des soins à un membre de leur ménage, de leur famille et/ou à une personne extérieure à la famille. Parmi eux, 20% des aidants consacrent 20 heures par semaine ou plus à apporter de l’aide ou des soins. Cela représente assez de monde pour en parler et les mettre à l’honneur, non ?


Conséquences sur la santé et le moral

Parmi eux, beaucoup déclarent que depuis qu’ils s’investissent autant dans l'aide et le mieux-être d’un membre de leur entourage proche, ils ont des douleurs physiques, se sentent seuls et incompris, peu pris en compte, ne s’accordent plus de temps de loisirs, certains d’entre eux ont même augmenté leur consommation de médicaments. Une immense majorité d'entre eux sont des femmes.


Que se passe-t-il chez les personnes qui aident les autres ?

La grande difficulté que rencontrent ces femmes et de ces hommes, c’est qu'ils prennent leur rôle extrêmement à cœur. Ils se dévouent corps et âme qui pour une mère, un père, qui pour un enfant, … au détriment d’eux-mêmes et en faisant totalement abstraction de leur bien-être et de leur santé. Ils se sacrifient, en quelque sorte.

C’est bien connu, les personnes travaillant dans le secteur de l’aide le font par vocation, par besoin viscéral d’aider les autres. Ceux qui en font leur profession sont formés, font des études, on leur apprend à prendre du recul, à se ménager, … Cela n’enlève en rien le mérite qui leur revient, évidemment.

Cependant, ce qui les différencie des aidants proches, c’est que ces derniers n'ont pas nécessairement choisi leur situation, ils le font bien souvent en plus de leur travail, n’ont pas reçu les outils nécessaires pour le faire en prenant soin d’eux, ne sont pas reconnus socialement pour ce qu'ils font et ne sont pas non plus rétribués pour cela. Or, pour certains, l'aide au proche peut monter jusqu'à 20h par semaine !

De plus, ils sont souvent « au service » d’un de leurs proches, le facteur émotionnel joue donc un rôle primordial. Il est moins évident de garder de la distance face à quelqu’un qu’on aime, qui compte pour nous. Les enjeux vont donc bien au-delà de l’aide journalière.


Prendre soin de ses proches, oui mais...

Car tout dépend de votre capacité à continuer à vivre en-dehors de votre rôle, de votre aptitude à continuer à prendre soin de vous. Il faut veiller à ne pas en faire « trop », à ne pas prendre en charge des choses qui ne sont pas dans vos compétences.

Très souvent, je remarque que des membres d’une famille se relayent au chevet d’une grand-mère, d’un grand-père, d’une personne malade,… Cela a ses limites, qui ne sont autre que le champ de vos compétences. S’il y a des gestes médicaux à poser, il vaut mieux faire appel à quelqu’un dont c’est réellement le métier.

C’est également un rapport très complexe qui se met en place entre deux personnes proches dont l'une dépend de l'autre. Qui libère des émotions et des sentiments de culpabilité, emprise, domination psychique, une certaine forme de violence insidieuse dans les cas extrêmes... Ce qui est important, c’est de remettre toujours en question en son âme et conscience le rapport établi, et corriger ensemble ou avec une aide extérieure les mauvaises habitudes qui ont pu se mettre en place.

Comment ne pas s’épuiser ?

Que ce soit pour les métiers d’aide ou pour les aidants, l’important est aussi de penser à prendre soin de soi ! Ne pas s’oublier dans l’aventure, de peine de craquer et de devoir faire une pause imposée par le corps qui n’en peut plus. Un burn-out autrement dit. Le burn-out des aidants est réel et à prendre au sérieux. Je me souviens de la chronique que j’avais écrite sur le sujet, elle a eu un grand succès. C’est dire si ce phénomène touche beaucoup (trop) de monde.

Donc, voici quelques règles à appliquer si vous êtes aidant proche ou si votre profession compte parmi les métiers d’aide :

  • Prenez au moins une demi-journée par semaine pour faire quelque chose qui vous fait du bien (vous reposer, ne rien faire, faire des choses pour vous,…)

  • Ne surinvestissez pas votre rôle, il est important de connaître vos limites. Celles de vos compétences et celles de votre corps.

  • Veillez à garder une certaine « distance », vous n’êtes pas responsable de tout et de tout le monde.

  • Evitez, tant que possible, de faire les choses par obligation. Il est primordial qu'il y ait aussi une dimension de plaisir. Et sachez que même lorsque l’on fait tout ça avec son coeur, il y a certains jours ou c’est plus dur. Il n’y a pas de quoi culpabiliser !

  • N’hésitez pas à aller voir quelqu’un pour verbaliser votre engagement, pour en parler dans toutes les dimensions qu'il comporte, pour confier ce qui vous pèse, pour poser votre fardeau un moment. Vous n’êtes pas obligé(e) de porter tout cela tout(e) seul(e).


À la semaine prochaine.

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