Relations Deux personnes, en couple ou non, peuvent être amenées à désirer la même chose et devenir rivales malgré elles. 

Le neuropsychiatre français Jean-Michel Oughourlian, vient de publier, aux Éditions Albin Michel, Cet autre qui m’obsède. Comment éviter les pièges du désir mimétique.

Il décrypte, via le désir mimétique universel (le désir copié) et l’insatisfaction permanente de chacun, les relations interpersonnelles.

"Dès notre naissance, nous entrons dans le monde qui est le nôtre par l’imitation. Aristote l’avait déjà dit. Dès le début, nous sommes imprégnés par notre entourage." De ces relations vont naître différentes imitations (l’avoir, le paraître, l’être du modèle). L’imitation peut "enfin porter sur le désir. Le désir va se trouver copié, imité, c’est ce qu’on appelle le désir mimétique."

Il poursuit : "Si deux désirs portent sur un même objet, c’est ce que nous appelons la rivalité mimétique. C’est le sujet de toutes les pièces de Shakespeare : les deux amis ont les mêmes goûts, mêmes tendances, ils vont dans les mêmes concerts, aiment les mêmes habits… Et puis un jour, l’un d’entre eux présente à l’autre la jeune fille qu’il vient de rencontrer. Ce n’est pas partageable. Ils deviennent ennemis et la rivalité se met à escalader. La rivalité, c’est ce qui va ronger le rapport entre deux individus ou deux groupes. "

Dans les couples, il y a la rivalité, mais il y a aussi la domination. Il arrive que l’on perçoive l’autre comme étant un gourou…

"Si l’un des membres du couple accapare complètement le désir de l’autre, il peut en arriver à se gourouiser . Ça existe, mais de moins en moins. Les couples aujourd’hui, et c’est la raison pour laquelle les divorces augmentent de façon exponentielle, volent en éclat quand il y a conflit. Pourquoi ? Parce que la culture est en train de se déstructurer. Avant, ça ne se faisait pas de divorcer. Donc, tout le monde s’y mettait pour essayer d’arranger les choses : famille, amis, proches… On trouvait des formules pour apaiser des conflits conjugaux. Aujourd’hui, non ! Si on a un conflit, on s’en va. Où est le problème ? Et puis, les enfants, bah les enfants, ils suivent l’un ou l’autre. Chacun se remarie chacun de son côté et ça finit par faire des familles recomposées. Ce qui prouve une chose : la psychologie n’existe pas en dehors de la culture. Il y a un soubassement culturel, une toile de fond anthropologique et culturelle sur laquelle s’inscrit la psychologie de chacun. Nous sommes plus ou moins conditionnés par l’ambiance dans laquelle nous vivons."

Être soi chaque jour, tout en étant imprégné des autres, est une lutte permanente ?

"Chaque jour est un effort pour ne pas tomber dans la rivalité, de ne pas répondre à une remarque ou à un mouvement psychologique du partenaire qu’on pourrait prendre de travers, sur lequel on pourrait rebondir et faire escalader la rivalité. C’est une sagesse que j’appelle initiatique. C’est-à-dire qui vous transforme perpétuellement vers une évolution permanente du soi. C’est quelque chose qui nous apprend à mourir et à renaître. La chenille meurt, mais elle ne meurt pas vraiment : elle devient papillon !"

Mais il faut s’en rendre compte…

"L’essence de mon enseignement, c’est de faire prendre conscience aux êtres humains des mécanismes mimétiques dont ils sont les jouets pour déjouer ce que j’appelle les pièges du désir mimétique."