Relations

La lecture de pensées, c’est le sujet qui va nous occuper cette semaine. Combien d’espace mental consacrez-vous aux pensées des autres ? Pensez-vous souvent à la place des autres en étant convaincu que vous avez raison ? C’est parti pour un zoom sur cette sale manie. 


Qu’est-ce que c’est ?

La lecture de pensées est une distorsion par laquelle nous interprétons ce que nous voyons, entendons, percevons des messages verbaux et non verbaux de nos interlocuteurs. Nous tirons des conclusions en fonction de notre propre système de pensées. Cela suppose donc que l’autre a le même que nous. Ne serait-ce pas un peu égocentrique ?

Combien de quiproquos, de malentendus, d’incidents diplomatiques auriez-vous pu éviter si vous aviez écouté vraiment l’autre ? Combien de réactions avez-vous eu qui étaient à côté de la plaque, juste parce que vous avez pensé à la place de l’autre ? D’ailleurs, la lecture de pensées et les confusions qui en découlent sont un terreau bien fertile pour les vaudevilles ! Si c’est effectivement très drôle au théâtre, ça l’est un peu moins dans la vie.


« Oui mais parfois c’est vrai ! Je le/la connais »

Evidemment, je vous entends déjà : « Oui mais parfois c’est vrai ! Je le/la connais ! » Oui, il y a sûrement des moments où vous ne vous plantez pas. On finit par connaître son conjoint, ses amis, etc. Mais bon nombre de conflits peuvent être évités en cherchant à mieux comprendre l’autre. Bien connaître quelqu’un ne vous donne pas le droit de penser à sa place.

Les interprétations que vous faites dépendent de votre humeur, de ce qui vous traverse l’esprit à ce moment-là, de ce que vous avez déjà vécu comme expérience à tel ou tel moment, avec l'un(e) ou l'autre. Ce que vous dit votre interlocuteur, ses expressions, ses mimiques dépendent d’à-peu près autant de facteurs que le nombre de brins d’herbe sur un terrain de foot. Vous n’imaginez quand même pas que quelqu’un sur cette planète peut réellement lire dans les pensées de quelqu’un d’autre ?

Et l’intuition dans tout ça ? C’est vrai. L’intuition n’est pas à négliger, au contraire. Mais ce sont deux choses bien différentes. N’utilisez pas ce prétexte pour faire du vol de pensées. Et puis l’intuition, il faut la valider et pour la valider il faut poser des questions, s’intéresser à l’autre.


Une prise de pouvoir

© "Magic in the Moonlight" de Woody Allen

Anticiper, tirer des conclusions hâtives, penser qu’en lisant ou entendant ceci ou cela, le récepteur de votre message va se dire telle ou telle chose ça s’appelle du vol de pensées. C’est une façon de prendre le pouvoir sur l’autre en le privant de sa liberté de penser. Je sais, ce n’est pas votre intention.

D’ailleurs, quelle est votre intention quand vous faites de la lecture de pensées ? Vous protéger face à une éventuelle attaque ? Correspondre au mieux à ce que vous pensez que l’autre attend de vous ? Imaginer tous les scénarios possibles pour être prêt(e) à réagir ?

« S’il/elle a dit ça, c’est sûrement parce que… », « Je ne vais pas dire ça parce qu’il/elle va penser que… », « Je n’oserais jamais lui dire ça, je vais sûrement me faire remballer. » STOOOOP ! Si vous avez quelque chose à dire, dites-le sans priver l’autre de sa liberté de réponse. Comment pourriez-vous anticiper toutes les réactions de tout le monde ? On est souvent très surpris quand on prend la peine de s’intéresser vraiment à l’autre. Si vous avez un doute sur ce que quelqu’un a dit, posez une question pour vous assurer d’avoir bien compris. Ne partez pas dans des délires dignes de Woody Allen. Ne faites pas des recoupements tordus. Vous allez voir, vous vous porterez bien mieux et vos relations aussi.


Donner le bâton pour se faire battre

Faire de la lecture de pensées, ça peut aussi être une façon de donner le bâton pour se faire battre. Je vous donne un exemple : J’ai reçu un mail cette semaine de quelqu’un qui me demandait une référence de livre. Dans la demande concernant le livre, pas de formule de politesse. Il m’a donc renvoyé un autre mail disant « J’ai oublié le s’il vous plaît, pour ma défense je suis en réunion ». (Il m’avait envoyé un autre mail juste avant avec toutes les formules qu’il fallait, donc ça ne sortait pas de nulle part). Alors, oui un « s’il vous plaît » c’est toujours bien, là n’est pas la question.

Mais en l’occurrence, je n’avais pas remarqué qu’il manquait, cela ne m’a absolument pas interpellé. Cet échange de mails aurait pu nous faire tomber dans un piège relationnel dans lequel il me donnait tout le loisir de le « battre ». Il avait anticipé (lecture de pensées) que je remarquerais l’absence de la formule de politesse et que, peut-être, j’en serais « choquée ». Cela ne m’a même pas traversé l’esprit.

De plus, il s’est défendu avant même d’être attaqué : « pour ma défense j’étais en réunion », ça c’est de la justification mal placée si j’ose dire. (Faites ça face un manipulateur et c’est parti pour la gloire). De cette façon, vous donnez à l’autre tout le loisir (et donc le pouvoir) de vous embarquer dans les pièges relationnels qui rendent les relations bien compliquées.


Attention danger


Il n’y a pas que face aux manipulateurs que c’est dangereux. Dans tous types de relation ce genre de schémas est risqué. Anticiper les réactions des autres, c’est glisser sur la pente de la justification inutile, des réactions inadéquates. Ne faites pas vous-même la lumière sur quelque chose que l’autre n’aurait même pas remarqué.

La lecture de pensées oriente forcément vos réactions et les questions que vous posez puisque instinctivement nous cherchons à valider nos croyances. Laissez de la place au mode de pensée de vos interlocuteurs, intéressez-vous à eux, assurez-vous que vous avez bien compris, reformulez ses propos. Et surtout laissez-lui la liberté de répondre et de penser à sa propre façon. Ses pensées ne vous appartiennent pas, vous n’êtes pas dans sa tête !

Je vais conclure avec une phrase assez interpellante en matière de communication, elle est de Bernard Werber : « Entre ce que je pense, ce que je veux dire, ce que je crois dire, ce que je dis, ce que vous avez envie d'entendre, ce que vous entendez, ce que vous comprenez... il y a dix possibilités qu'on ait des difficultés à communiquer. Mais essayons quand même... » Cela en fait des bonnes raison d’éviter la lecture de pensées, non ?


À la semaine prochaine. Suivez-moi sur Facebookwww.juliearcoulin.com