Relations

Le pardon… Voilà un mot qui fait souvent grincer les cœurs et les esprits. Faut-il tout pardonner ? Pourquoi ? Pour qui ? Y a-t-il des limites au pardon ? Ou encore des choses qui sont pardonnables et d’autres qui ne le sont pas ? C’est toujours délicat d’aborder ce genre de sujet. Le pardon n’est-il pas quelque chose que chacun vit différemment, au gré des circonstances et de ses croyances ? Y a-t-il une réponse universelle à cette question ?

Cette semaine, j’ai surtout envie de vous inviter à vous interroger sur cette notion. Prenez un peu de temps pour vous demander ce que cela veut dire pour vous « pardonner ». Il semblerait que la connotation du mot ait toute son importance. Allons voir cela de plus près.


C’est quoi, pardonner ?

Evidemment, comment parler du pardon sans parler de sa connotation religieuse… « Tends l’autre joue », nous dit la Bible. « Et puis quoi encore ! », pensent certains. Tendre l’autre joue ne veut pas dire encourager l’agresseur à recommencer. Cela veut simplement dire que l’agressé ne tombe pas dans le piège de la vengeance et du « œil pour œil, dent pour dent ». Tendre l’autre joue signifie aussi proposer à l’offenseur un miroir qui lui renvoie le reflet de son offense. N’est-ce pas ça l’intelligence ?

Pardonner, c’est ne plus être rongé par la colère, les rancoeurs, la haine, la soif de vengeance. Pardonner c’est faire en sorte que ce qu’on nous a infligé n’ait plus d’impact sur nous. Ruminer, revivre l’offense (quelle qu’elle soit) est une façon de maintenir la tension, cela veut aussi dire que nous attendons quelque chose… Des excuses ? De la reconnaissance ? Une rédemption ? De la justice ? Nous y reviendrons.


Que permet le pardon ?

Il permet de se libérer de l’impact de ce qu’on nous a fait. Il nous délivre, en quelque sorte, et permet au passé de passer justement ! Cultiver les ressentiments nous maintient dans une réalité qui n’existe plus puisque le moment est passé, derrière nous. Et nous connaissons tous l’importance de vivre dans le moment présent.

Pardonner permet de récupérer sa liberté et de ne pas être emprisonné par les chaînes de la rancœur. Ces chaînes-là, c’est à nous qu’il appartient de les briser.

En revanche, pardonner ne veut pas dire oublier, excuser. Je remarque que l’on confond souvent les deux. En cabinet, j’observe que certain(e)s ont du mal à pardonner parce que cela veut dire « On efface. » Il n’en n’est rien. Ce n’est pas non plus parce que vous pardonnez que vous êtes obligé(e) de recommencer la relation là où elle en était avant l’offense. Pardonner ne veut pas dire ouvrir la porte… Cela veut « simplement » dire qu’on passe à autre chose.


Pourquoi avons-nous tendance à nous accrocher à ce qui nous fait souffrir ?

J’ai souvent observé que lorsque quelqu’un a quelque chose à pardonner, il est un peu réticent. À force d’observer ce phénomène, j’en ai conclu qu’en fait il y avait une étape indispensable et importante avant d’arriver à pardonner : le reconnaissance du statut de victime. Oui, je vous l’accorde « victime » est un grand mot. Mais, malgré tout, je constate que quelle que soit l’agression, l’humiliation, l’offense avant de pardonner, il faut impérativement qu’il y ait une reconnaissance. Lâcher son statut de victime, que nous cultivons parfois nous-même, sans que notre souffrance ait été reconnue est quasi mission impossible. C’est évidemment là que la justice, dans les cas punissables par la loi, a aussi un rôle essentiel à jouer. Il ne s’agit pas seulement de punir au nom de la loi. Cela fait partie des étapes importantes de la reconstruction des victimes.

De la même façon, dans les cas qui n’entrent pas dans le cadre des actes punissables par la loi, la reconnaissance de la souffrance est essentielle pour passer à autre chose. Il arrive, entre adultes sains et capables de remise en question, que cela se fasse très facilement et naturellement. Evidemment, parfois c’est plus compliqué. Il faut alors aller chercher cette reconnaissance ailleurs, et surtout en nous-même. Ce que nous oublions trop souvent.


Pardon ou acceptation ?

Quand je sens que le pardon coince, j’aime bien faire une distinction qui aide souvent à passer à l’étape d’après. C’est l’acceptation. Accepter ce qui nous est arrivé et ne plus lutter contre. Accepter que ce soit arrivé et que nous ne pouvons plus rien changer à cela, ni personne d’ailleurs.

Ce qui est, est. C’est à nous de faire en sorte d’être défini par la manière dont on rebondit et pas par ce qu’on a subi. À nous de prendre nos responsabilités aussi. Qu’aurions-nous pu faire pour que cela ne nous arrive pas ? Aurions-nous dû mettre nos limites plus vite, plus fermement ? Aurions-nous dû nous remettre en question ? Aurions-nous dû faire en sorte que la relation s’arrête avant ? Bien sûr il faut adapter les questions en fonction des circonstances…

Ensuite, il est intéressant de se demander comment nous pouvons agir pour faire de cette expérience une richesse, une renaissance, une expérience positive,… prendre part à sa reconstruction est important dans le processus de résilience. Nous sommes acteurs de nos vies, même quand nous avons été blessé(e).


Le pardon est le résultat d’un processus

Nous entretenons nous-même la souffrance causée par cette offense que nous n’arrivons pas à pardonner. Nous continuons à donner du pouvoir à l’autre en cultivant le ressentiment à son égard. Mais c’est en fait nous que nous brûlons de l’intérieur.

Il est important de vivre chaque émotion que nous ressentons à l’égard de la personne qui nous a blessé. Nier notre colère, notre haine, nos ressentis n’est pas une bonne idée. Ces émotions font partie intégrante du processus. Il faut simplement ne pas s’embourber dedans, ne pas s’enliser, ne pas laisser les émotions négatives nous emprisonner dans la rumination et les rêves de vengeance. Même si, ceux-là aussi sont permis.

Pardonner n’est pas forcément facile. Accueillir la blessure, les impacts que cela a sur nous est important. Mais pardonner/accepter permet de retrouver sa liberté et cela, c’est vous seul qui pouvez la reprendre.

À la semaine prochaine.


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