Relations Zèbre, haut potentiel, surefficient, atypique, surdoué, hypersensible, ... Qui sont ceux que l'on nomme ainsi ? Et comment le vivent-ils ? La chronique de Julie Arcoulin.


On en parle de plus en plus et les études scientifiques sur le sujet pullulent. Il est, aujourd’hui, évident que certains d’entre nous ont un fonctionnement un peu différent de la norme. Vous savez, ceux que l'on considérait, il y a peu, comme des gens « bizarres » (les clichés ont la peau dure) ! Penchons-nous aujourd'hui sur ce mode de fonctionnement un peu différent dû à un cerveau qui bouillonne, qui chauffe et qui ne se met jamais en pause !


Un tas de mots différents qui parlent de la même chose

Zèbre, haut potentiel, surefficient, atypique, surdoué et j’en passe. Tant de mots pour définir un phénomène assez complexe. Soyons clairs : ces mots veulent dire la même chose. Mais dans le monde des HP, les connotations des mots peuvent heurter. Certains ne veulent pas entendre parler de « surdouance », ni de « haut potentiel », ils trouvent ça trop prétentieux. « Zèbre », ça passe en général, parce que c'est atypique et sympathique. Mais chacun de ces mots parlent de la même chose : un cerveau qui bouillonne, qui chauffe, qui ne se met jamais en pause, qui comprend vite, qui réfléchit, qui s’interroge, qui passe d’une idée à l’autre, des émotions qui explosent, des valeurs fortes, une incompréhension de certaines choses de la société, un engagement dans des causes, une sensibilité extrême et des questions plein la tête.

Evidemment, pour couronner le tout (déjà assez complexe!), il existe un nuancier infini concernant le panel des personnes ayant ce type de fonctionnement. Certains vont plus facilement s’adapter à l’école, d’autres non. Certains vont arriver à gérer leurs émotions, d’autres non. L’un n’empêche pas l’autre.

Un HP n’est pas forcément un grand à lunettes qui passe son temps sur un ordinateur ou à apprendre l’astronomie (seulement 1/3 des HP ressemblent à ce cliché). Beaucoup de femmes HP, par exemple, sont très adaptées socialement, ne montrent pas vraiment de « bizarreries » à l’extérieur. Mais ce qu’il se passe à l’intérieur d’elles, c’est autre chose ! Elles arrivent pourtant très bien à le cacher. Et si elles le cachent, c'est parce qu’elles se trouvent « bizarres », pas comme les autres, qu’elles ne veulent pas le montrer de peur de ne pas être aimée ou d'être rejetée. Cela vaut aussi pour les hommes HP, jeunes ou moins jeunes.


Est-ce uniquement une question de QI ?

© Annie Spratt on Unsplash

Les tests permettant de mesurer le niveau de QI sont de plus en plus remis en cause. On considère qu’un QI situé entre 85 et 110 est « standard ». À partir de 130, on peut considérer qu’il s’agit d’un résultat HP. Seulement voilà… Comme à peu près tout, ce test à ses limites. En effet, beaucoup de haut potentiel sont tout à fait capables de rater le test de QI. Il y a plusieurs raisons à cela :

  • Ils interrogent les questions. Tout est sujet à interrogations, y compris les questions auxquelles il faut répondre pour ce genre de test. Les HP vont se poser des questions sur les questions et, pendant ce temps, ils ne répondent pas à la question ou pas correctement.

  • Leurs émotions influencent leurs capacités de réponse. Car avec ce fonctionnement complexe, sont comprises dans le package des émotions qui jouent aux montagnes russes. Cela peut considérablement influencer les résultats du test.

  • Les personnes avec cette forme d’intelligence ne sont pas forcément plus intelligentes (en termes de QI), mais leur intelligence a plusieurs caractéristiques et celles-ci ne sont pas toutes mesurables par ce test du QI. Elles ont, par exemple, une pensée « divergente » qui leur permet de trouver des réponses créatives aux questions. Bien souvent, malheureusement, ces réponses ne sont pas considérées comme bonnes, car trop éloignées de la norme. On comprend mieux pourquoi certains HP ont des difficultés à l’école...

Ces raisons ne constituent pas la liste exhaustive des éléments expliquant pourquoi certains HP ratent le test du QI. Mais cela donne un aperçu et de quoi briser un peu les idées reçues. Le test du QI, comme on le connaît actuellement, ne peut pas être le seul moyen de mesure utilisé.

Nous n’en sommes qu’au début, mais des pistes sérieuses sont avancées afin de faire le lien entre les troubles de l’apprentissage « dys » et les personnes HP.


Avantages et inconvénients

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Ce type de fonctionnement présente évidemment des avantages et des inconvénients.

D’abord, ces personnes se sentent souvent décalées, en marge et incomprises. Exclues par leurs camarades ou s’auto-excluant, elles ont parfois du mal à nouer des relations. Elles ne se sentent pas à l’aise avec les conventions et ne comprennent pas que leur monde soit régi par des règles et des normes qu’elles trouvent souvent insensées. Mais pas toujours… Je vous le disais un peu plus tôt, ce n’est pas une caractéristique systématique. C’est ce qui rend le diagnostic parfois difficile.

Les émotions, à fleur de peau, sont parfois handicapantes. Cela peut provoquer des chaos internes difficiles à gérer.

Le système scolaire, ainsi que la plupart des systèmes organisés par nos sociétés ne sont absolument pas adaptés à ce type d’intelligence. Les HP ont besoin d’être nourris, sollicités, ont besoin de pouvoir exprimer leur part créative et de, parfois, pouvoir partir dans tous les sens. Sauf que ce n’est pas ce qui est demandé. La norme leur impose de réfléchir d’une certaine manière. La rapidité de leur intelligence leur fait répondre de façon parfois un peu intuitive aux questions. Cela peut poser problème quand le parcours pour arriver à la réponse doit être expliqué. Ces personnes savent difficilement expliquer comment et pourquoi elles en sont arrivées à cette conclusion-là.

Du côté des avantages, j’en vois plein ! Mais ceux-ci s’exprimeront qu’à la condition suivante : que les personnes à « haut potentiel » aient identifié et accepté de faire partie de ceux qui pensent vite et bien. Mais une fois que c’est fait, c’est l’éclate totale : les hommes et femmes ayant ce type d’intelligence peuvent se retrouver entre pairs et laisser libre cours à leurs raisonnements pointus et bondissants. Ils comptent pour la société, ayant un système de valeurs dont ils ne s’écartent que très rarement. Justice, honnêteté, transparence, droiture, incorruptibilité sont des valeurs communes et qui offriraient un socle solide à la société de demain si les différences étaient mieux intégrées…

Une fois leur confiance en elles relevée, ces personnes sont de bons meneurs, elles se baladent de projets en projets en en voulant toujours plus. Elles ont de l’énergie à revendre et ont le chic pour contaminer les autres. Mais attention au perfectionnisme dont elles sont victimes, cela peut leur jouer des tours.

Vous l’aurez compris : pour moi, ce type d’intelligence est un cadeau qu’il convient de bichonner.

À la semaine prochaine.


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