Relations

C'est la dysfonction sexuelle la plus fréquente rencontrée par les hommes. L’éjaculation prématurée touche un tiers de la population masculine et, malheureusement, seuls 10% des hommes concernés osent consulter un spécialiste. Et pourtant c'est très utile ! La chronique de Marie Tapernoux.


De quoi s’agit-il concrètement ?

Selon le DSM V, il s’agit d’un trouble de l’éjaculation permanent ou récurrent qui survient lors d’un rapport sexuel avec partenaire approximativement dans la minute qui suit la pénétration vaginale. Et ce :

- avant que l’individu ne le souhaite

- depuis au moins 6 mois

- qui doit être présent dans plus de 75% des rapports, dans certaines situations identifiées ou non

- qui entraîne une souffrance individuelle marquée

- qui n’est pas dû à un trouble mental non sexuel, aux conséquences d’une conjugopathie, aux effets d’une substance, d’un médicament ou d’un autre problème médical.

Cette définition met en exergue une notion de temps, de souffrance personnelle et conjugale ainsi qu’un sentiment d’impuissance face à ce phénomène.


L’éjaculation précoce peut se manifester de différentes manières :

  • l’EP primaire qui a toujours été présente, et ce dès les premières expériences sexuelles;
  • l’EP secondaire qui, après une phase sans difficulté particulière, apparaît tout à coup sans crier gare;
  • l’EP variable qui, comme son nom l’indique, fluctue selon les moments ou circonstances de la vie.

Les formes peuvent être "sévères" quand l’éjaculation se fait avant la pénétration (appelée alors "ante portas" ce qui signifie "devant la porte") ou moins sévères en intravaginal peu de temps après la pénétration.


Quelles en sont les causes ?

L’origine de cette dysfonction semble être, dans la grande majorité des cas, liée à de l’anxiété plus qu’à une difficulté physiologique. Un manque de confiance en soi, une angoisse de performance, des difficultés personnelles ou relationnelles, un manque d’expérience, … autant d’éléments qui peuvent caractériser le profil des hommes qui en souffrent.

Mais c’est un réel cercle vicieux qui s’opère : il ne suffit que de quelques épisodes d’éjaculation précoce pour que l’anticipation se mette en place, redoutant alors que le prochain rapport ne se passe pas bien, que son ou sa partenaire ne réagisse mal, que sa virilité en prenne encore un coup …

Et les impacts sont également importants pour le/la partenaire qui se sent impuissant, frustré de ne pas avoir pu prendre le plaisir souhaité tout en se culpabilisant également de ne pas pouvoir apaiser l’autre.

Aborder le sujet n’est pas chose simple quand il y a souffrance de part et d’autre… et le malaise peut, petit à petit, s’installer pour laisser place à de l’évitement et, de manière insidieuse, à une distance entre les deux partenaires.


Que peut-on faire ?

L’éjaculation précoce n’est pas une maladie ! Et, comme expliqué plus haut, il s’agit davantage d’une anxiété que d’une difficulté physiologique. Cela signifie donc qu’on peut agir sur nos cognitions, sur nos représentations et nos croyances.

D’un point de vue pratico-pratique : l’éjaculation est un réflexe, ce qui signifie qu’il n’est pas possible de l’empêcher ! Tenter de contrôler un réflexe revient à dépenser énormément d’énergie pour peu de résultats. Toutefois, l’éjaculation est le témoin d’un haut degré d’excitation. Voila donc l’élément sur lequel vous allez pouvoir agir : en contrôlant votre excitation, vous retarderez votre éjaculation !

En effet, l’éjaculation précoce est à lier au fameux "point de non-retour", seuil d’excitation au-delà duquel le réflexe éjaculatoire est enclenché. Le premier élément que l’on conseille en thérapie sera donc d’identifier ce fameux point (PNR) pour, ensuite, baisser son excitation avant de l’atteindre. C’est alors que l’on peut jongler avec celle-ci, reprenant ainsi le contrôle progressivement pour profiter à nouveau de ces moments de plaisir.

Voici quelques trucs et astuces pour faire baisser son excitation : penser à des choses moins excitantes, calmer le jeu directement après la pénétration (c’est LE moment où les sensations sont les plus fortes), faire des mouvements de va-et-vient moins rapides, respirer calmement, faire des micro-pauses, … autant de petits exercices qui vous permettront de garder le contrôle plus longtemps.

Au niveau des sensations, certains hommes utilisent un préservatif pour limiter ces dernières au niveau du gland et du frein du pénis, mais vous pouvez également agir sur les positions sexuelles; : en effet, il sera préférable de pratiquer des positions peu actives dans un premier temps. Privilégiez donc des positions où vos muscles ne sont pas trop en tensions telles que la position de l’andromaque (allongé sur le dos) ou celle de la cuillère (couché sur le coté).


Affronter ses craintes

Mais pour aller plus loin que l’aspect sensoriel, il sera important d’aborder également toutes les craintes que l’on peut avoir en matière de sexualité : manque de confiance en soi, crainte de ne pas donner suffisamment de plaisir, angoisse de performance, peur des réactions de l’autre, mauvaises expériences antérieures … tous ces éléments participent directement aux angoisses et donc entretiennent le processus de l’éjaculation précoce. C’est également à ce niveau que le thérapeute pourra vous aider à travailler sur vos cognitions, vos croyances et donc sur ce fameux cercle vicieux.

Soyez également attentif en ce qui concerne les films pornographiques : ceux-ci sont réalisés pour exciter rapidement. Ils peuvent donc indirectement participer au conditionnement de l’éjaculation précoce.

"La sexualité est parfaitement naturelle mais pas naturellement parfaite" ! Alors pourquoi continuer à souffrir alors que de réelles solutions existent ? Conseil d’une sexologue !