Relations L’estime de soi se construit sous l’influence de l’environnement extérieur. Et c'est bien pour cela que c'est si délicat ! Nathalie Vancrayenest, coach scolaire et parentale montre à quel point la motivation de l'enfant est nécessaire à la construction de la bonne estime qu'il aura de lui-même.


L’estime de soi est une démarche éminemment intérieure, elle est liée à la conscience que l’individu a de lui, de sa conscience en ses capacités et de ses forces, et tout cela en ayant une vision assez exacte de ses limites.

L’estime de soi se construit sous l’influence de l’environnement extérieur. Elle ne dépend pas du regard et de l’approbation des autres, les personnes qui évaluent leur valeur à travers leurs résultats ou leur apparence ont un référentiel qui varie selon les jugements extérieurs. Ces individus vivent un « stress de performance » important et permanent.


Quels sont les indicateurs d’une bonne estime de soi ?

On ne peut fonder l’estime de soi sur un critère isolé. La multiplication des signes montre la stabilité de « l’estime de soi » chez l’enfant.

L’enfant manifeste de la curiosité pour de nouvelles expériences de tous ordres y compris dans les apprentissages scolaires.

Il fait preuve de réalisme, il a la capacité de parler de ce qu’il sait faire sans se vanter. Il reconnaît ses erreurs, il peut faire face à la critique fondée sans s’effondrer. Il est capable de maîtriser son anxiété et son sentiment d’insécurité, il ne se sent pas submergé. Il fait preuve d’enthousiasme et de vitalité dans ses apprentissages. Il négocie les changements avec une certaine sérénité. Il se connaît bien et montre de l’empathie pour les autres.


C'est quoi la motivation ?

La motivation est l’anticipation du plaisir ou de l’utilité d’une action. Elle apparaît chez le tout petit lorsque l’on diffère la satisfaction d’un désir. Si l’adulte satisfait de façon immédiate le désir de l’enfant, il n’a pas le temps de se faire une image mentale de l’objet qu’il convoite et il ne peut donc pas anticiper le plaisir de l’obtenir. La frustration et l’attente raisonnable suivie de la satisfaction de son envie sont à la base de sa motivation.

De plus, la motivation se cultive en famille, l’enfant, l’adolescent sera motivé si ses parents s’intéressent à sa scolarité, s’ils la trouvent utile et s’ils ont eux aussi des activités intellectuelles. La motivation ne s’impose pas, ne s’achète pas ! Pour être motivé, l’élève doit avoir conscience de ses habilités, de sa capacité à réussir et de l’utilité de son apprentissage.

L’équation de la motivation est la suivante : Plus j’ai d’estime de moi, plus je suis motivé, je peux m’engager et persévérer, j’acquiers un sentiment d’efficacité qui nourrit ma fierté et mon estime.


Comment favoriser l’estime de soi à l’école ?

© Reporters

Une bonne nouvelle pour le budget des écoles, créer et pratiquer les conditions favorables au développement de l’estime de soi, ne devrait pas leur coûter un euro. Et, je sais que beaucoup d’enseignants pratiquent déjà sans le savoir. Voici quelques pistes.

Respecter la dignité des élèves , leur intégrité émotionnelle et physique. Je vous entends, mais c’est une évidence ! Oui bien sûr, mais combien de fois sur l’année un enfant qui rencontre des difficultés sera remis en question dans ses efforts (dois faire des efforts), dans sa quantité de travail (travail insuffisant) ? Et puis, il y a ces enfants désignés par les adultes d’un mouvement de tête excédé.

Appliquer la justice dans la classe , dans la cour de récréation. La notion de justice est très présente chez les enfants. Si l’enfant constate des différences de traitement, son sentiment de sécurité diminue. Par contre si les sanctions sont connues et appliquées équitablement, l’enfant vivra la règle comme une protection et son sentiment de sécurité augmentera. Les enfants aiment les règles et détestent les interdits, pensez-y au moment de traduire le règlement d’ordre intérieur en comportements souhaités. La discipline et la justice à l’école sont des éléments clés dans la réussite scolaire.

Rendre les enfants visibles , en envoyant des signes de reconnaissance qui les aident à acquérir une bonne image d’eux. L’enseignant fait une description de ce qu’il remarque et encourage les comportements souhaités. Dans un grand nombre de matières, les enseignants peuvent aider les élèves à mieux se connaître et à reconnaître les autres.

Montrer à l’enfant ses forces et non ses faiblesses . Attirez son attention sur ses forces, ses réussites même si celles-ci sont extrascolaires, cela lui permettra de se faire une représentation de ce qu’il utilise comme stratégie lorsqu’il réussit. Un enfant qui se sent « nul en maths » n’aura pas envie de travailler et donc ses résultats ne s’amélioreront pas. Si l’apprenant comprend les stratégies qu’il a utilisées au football pour réussir un goal, alors, il pourra les transposer à son cours de mathématiques.

Mettre l’erreur au service du processus d’apprentissage . Dans un modèle d’enseignement constructiviste, l’erreur et l’expérience sont à la base du savoir. Lorsque l’enfant rencontre un problème, il passe par quatre phases : la première « l’incompétence inconsciente », l’enfant ne sait pas qu’il ne sait pas. La seconde phase dite de « l’incompétence consciente », l’enfant sait qu’il ne sait pas, il se sent vulnérable. La troisième phase « compétence consciente », l’enfant sait qu’il sait et sa confiance se stabilise. La quatrième étape est celle de la « compétence inconsciente », l’enfant ne sait plus qu’il sait. Une évaluation devient envisageable sans le mettre en danger.

Stimuler la recherche de solutions . Favoriser les questions, encourager les découvertes. Ce sont des démarches qui servent toute la vie et qui responsabilisent l’apprenant dans sa réussite.

Adapter son attention à chaque enfant . Bien sûr, les enseignants apportent beaucoup d’attention aux enfants en difficultés, mais ils en oublient parfois les élèves plus timides, qui avec une attention plus soutenue, développeront mieux leur sentiment d’appartenance et leur estime.

Développer des attentes positives envers les apprenants . Vous savez, c’est ce que nous appelons l’ effet Pygmalion . Si un enseignant s’attend à la réussite d’un élève, celui-ci réussira fort probablement.

Favoriser les compétences de « vivre ensemble », l’acquisition des compétences psycho-sociales s’envisage au même titre que les mathématiques, le français, l’histoire… Ce sont des compétences transversales (elles peuvent être intégrées à presque tous les cours). Elles développent la connaissance de soi et des autres, elles rendent possibles les relations et la communication assertive et non-violente même en cas de conflit.


L’estime de soi est fondamentale dans l’apprentissage scolaire, dans l’apprentissage de la vie et de la citoyenneté !

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