Relations

Ces dernières semaines, suite à la médiatisation des agissements du producteur américain Harvey Weinstein, les langues se délient… Dans le sillage de cette sordide affaire, de nombreux témoignages affluent provenant de femmes victimes de harcèlement sexuel mais les hommes ne sont pas en reste, surtout dans le milieu professionnel. Penchons-nous un moment sur ce sujet encore tabou mais espérons-le, plus pour très longtemps.

Géraldine Hennixdal, est psychologue et coach spécialisée en psychologie positive. Etant également psychologue sociale et du travail et ayant passé 12 ans au sein de grandes entreprises, le milieu professionnel et ses défis quotidiens lui sont bien connus. Dans cette chronique, elle montre clairement qu'il y a des moyens pour reconnaître les cas de harcèlement et y couper court.


Petites histoires ordinaires qui n’émeuvent personne…

Leïla est informaticienne et participe à une réunion durant laquelle elle présente l’avancement du projet dont elle a la charge. A la fin de celle-ci, elle demande si les participants ont des questions. Un collègue lève la main et lui demande « Si on veut t’appeler ce soir, on compose quel numéro ? Quelle voix suave et envoûtante tu as… Tu devrais faire du téléphone rose. Tu as de l’avenir dans ce secteur, peut-être plus que dans l’informatique ! ». Les autres participants s’esclaffent, Leïla se sent discréditée et honteuse. Elle se demande si cette remarque est liée au fait qu’elle ait mis une jupe. Etant donné qu’elle devait animer cette réunion, elle aurait peut-être dû mettre un pantalon.. Si elle ose en parler à ses collègues, elle pourrait avoir une réponse du type « Bah !!! C’est Jean-Michel. Tu le connais, il aime bien plaisanter. Tu n’as plus d’humour depuis que tu es en charge de ce projet ? ». Leïla ne dira rien…

Martin vient d’être promu à un nouveau poste. Sa nouvelle cheffe l’invite au restaurant pour fêter l’événement et pour faire connaissance. Durant la conversation qu’il imaginait à connotation professionnelle, Martin se rend compte qu’elle lui fait des avances sexuelles et que les refuser pourrait compromettre le bon déroulement de leur collaboration. Ne lui a-t-elle pas dit clairement qu’elle écrase sans états d’âmes tout ce qui lui résiste… Il se demande s’il comprend bien ses intentions mais n’ose pas lui en parler franchement, de peur de passer pour un gars qui fantasme sur sa boss… Imaginez-vous, s’il a mal compris ses propos. En quittant le restaurant, sa cheffe lui dit que la prochaine fois, ils iraient dîner chez elle. Ils seront plus à l’aise. Finalement, Martin avait bien compris, ne dira rien et commence à préparer la longue liste d’excuses qui pourront lui servir pour refuser cette prochaine invitation.


Que dit la loi ?

Le SPF Emploi, Travail et Concertation sociale définit le harcèlement sexuel en entreprise comme « tout comportement non désiré verbal, non verbal ou corporel à connotation sexuelle qui a pour objet ou pour effet de porter atteinte à la dignité d’une personne ou de créer un environnement intimidant, hostile, dégradant, humiliant ou offensant ».

Le harcèlement sexuel peut se manifester sous forme physique (ex. attouchements) ou verbale (ex. remarques équivoques, propositions compromettantes, exposition de matériel pornographique comme des vidéos, des textes,…)

Les textes légaux donnent donc une définition et des repères illustrant ce que peut être le harcèlement sexuel sur le lieu de travail.

Il est souvent difficile pour les victimes d’évaluer si tel comportement est du harcèlement sexuel ou pas. Alors que certaines situations ne prêtent à aucune interprétation (ex. Je me retrouve coincée dans le coin de mon bureau avec mon patron qui met une main sur mon sein et l’autre sur ma fesse) d’autres sont plus délicates à appréhender (ex. ma collègue nudiste adore me montrer ses photos de vacances, malgré le fait que je lui ai déjà signalé que ça me gênait de la voir nue en train de jouer au tennis. Elle pour sa part trouve que je suis trop prude et que la vision de ces clichés fera de moi quelqu’un de plus à l’aise avec la nudité).


Quelles sont les aides à votre disposition?

La première réaction à avoir, lorsque vous êtes confronté(e) à une situation qui vous met mal à l’aise, est de le signaler clairement à votre interlocuteur/interlocutrice et de lui demander d’arrêter d’avoir ce comportement à votre égard. Vous avez le droit d’avoir un« sens de l’humour » différent du sien… Réagissez de manière appropriée mais réagissez. Le fait de ne rien dire peut faire croire à l’autre que cela ne vous dérange pas.

Si la situation ne concerne pas directement votre supérieur hiérarchique, il se doit de rester à votre disposition pour écouter votre malaise et trouver une solution avec vous. Si pour quelque raison que ce soit, vous ne souhaitez pas en discuter directement avec votre ligne hiérarchique, un responsable des ressources humaines ou un délégué syndical peuvent également être d’excellents alliés pour vous soutenir.

Si vous estimez que les faits dont vous êtes victime ont pris trop d’ampleur et/ou que votre ligne hiérarchique ne mesure pas la gravité de la situation, je vous recommande de prendre contact avec votre médecine du travail, votre conseiller en prévention des aspects psychosociaux ou avec l’éventuelle personne de confiance désignée au sein de votre entreprise. C’est une obligation légale pour votre employeur que de mettre ces coordonnées à votre disposition via le règlement du travail en vigueur. Ces personnes sont formées pour l’écoute de ces situations spécifiques et elles pourront vous guider et vous accompagner dans le choix de la démarche à entamer.

L’objectif de la législation actuellement en vigueur est de prévenir les risques en amont, ce qui signifie que la procédure interne est la première voie à explorer. Si vous souhaitez entamer une démarche à l’encontre de la personne directement impliquée, vous devrez donc prendre contact avec votre conseiller en prévention des aspects psychosociaux et non pas avec la police par exemple.


Se sentir victime d’un harcèlement sexuel n’est certainement pas un événement heureux à vivre. 

Toutefois, les témoignages entendus ces derniers temps nous ont démontré que le fait de se délester de ce poids peut être salutaire. Osez mettre des limites, osez contacter une personne qui peut réellement avoir la possibilité de vous aider à mettre fin à ces agissements. En parler, c’est déjà agir.