Relations Avec cette chronique sur un sujet Ô combien pertinent, la coach scolaire et parentale Nathalie Vancrayenest signe le retour de ses chroniques bimensuelles.


Nos enfants apprennent spontanément à marcher, parler, courir, etc. Si nous les laissons à leur passion, ils peuvent passer des heures à observer les coccinelles, les étoiles…, ils peuvent lire et relire des albums sur les dinosaures, les châteaux forts, les minéraux… Pourtant dès l’entrée en maternelle, certains perdront le plaisir de la découverte.

Comment conserver, retrouver le plaisir d’apprendre, c’est ce que je vous propose de comprendre dans cette chronique.


Favoriser l'entrée dans les apprentissages scolaires

Pour apprendre, l’enfant a besoin de se sentir en sécurité. Lorsqu’il a tissé des liens d’attachements sécurisants avec ses parents et d’autres adultes, il sait qu’il peut s’éloigner et découvrir le vaste monde. La confiance des parents dans les capacités de l’enseignant renforcera l’autorisation d’être en contact avec d’autres et de prendre du plaisir à découvrir.

Apprendre nécessite de la sécurité intérieure, de la confiance et une bonne estime de soi, car apprendre, c'est accepter pour un temps son ignorance. L’enfant qui accepte cette frustration temporaire sait qu’il ne perd pas son temps, il sait qu’il en retirera des bénéfices. Le mot magique lorsque l’enfant, l’adolescent est inquiet durant cette période est « Tu ne le sais pas encore ». En consultation, je conseille souvent aux parents de tenir un livre des réussites. Celui-ci permet à l’enfant de se souvenir des savoirs qu’il a acquis et qu’il n’a plus conscience de savoir (les apprentissages passaient dans la phase de l’inconscient compétent).

La capacité d’apprentissage des élèves dépend de la bienveillance et de la qualité de la relation i avec l’enseignant autant que des attentes et croyances des parents ii .

Les attentes conscientes et inconscientes des adultes, ainsi que les messages adressés à l’enfant détermineront sa perception. Les familles « nulles » en maths ou en langue sont des mythes. Les difficultés d’apprentissage ne sont pas génétiquement transmissibles. Mais nos croyances et attentes imprègnent nos enfants dès leur plus jeune âge.

Un bon niveau de langage favorisera tous les apprentissages scolaires, un vocabulaire précis, riche permet d’accéder plus facilement à la compréhension d’un texte, quel que soit le contenu de celui-ci. Malheureusement, beaucoup d’adolescents parviennent dans le secondaire avec un vocabulaire uniquement fonctionnel, ce qui les handicapera dans la compréhension, l’expression de la pensée et d’une opinion. Que peut-on proposer à l’école ?


Que peut-on proposer à l'école ?

L’enfant apprend mieux lorsqu’il s’implique. Pour cela l’enseignant lui propose des défis réalisables qui l’incite à se questionner, à évaluer ses compétences, en lui donnant des feed-back positifs.

Culturellement, nous évaluons encore en pointant l’erreur, non la réussite. Les sciences de l’éducation et les neurosciences nous montrent que nous gagnerions en efficacité en évaluant la réussite « plus le taux de succès dans une tâche est élevé, plus l’apprentissage est fructueux ». iii Pointer l’erreur lors du processus d’apprentissage provoque un stress inutile chez l’apprenant et focalise son intention d’apprendre sur la réussite de l’évaluation, non sur la connaissance et la maîtrise à long terme.

Dans son rapport, John Hattie pointe l’effet positif pour les élèves de la conscientisation des stratégies d’apprentissage. Plus ils connaissent le fonctionnement du cerveau, de la mémoire plus ils sont efficients.

L’école et les parents peuvent promouvoir le livre sous toutes ses formes (de la BD au roman en passant par les documentaires) pour que les enfants dès leur plus jeune âge développent un lien affectif fort avec ceux-ci. En effet, la facilité de lecture est fortement corrélée à la réussite scolaire.


Et à la maison ?

Profitez de chaque occasion pour lier les savoirs scolaires au quotidien. Nous mémorisons ce qui a du sens pour nous, ce qui est utile (lire une recette et cuisiner un gâteau rend les kilos, les grammes, les litres et les centilitres très concrets). De plus, les enfants apprennent mieux lorsqu’ils peuvent manier, utiliser, répéter, bouger… Le mouvement les aide à mémoriser. La passivité engendre la démotivation à l’école et à la maison.

Favorisez l’autonomie de vos enfants que ce soit dans ses gestes quotidiens, dans l’expression de ses ressentis, pensées et opinions. Apprenez-lui à travailler seul.

Ne vous focalisez pas sur le carnet de notes, votre enfant est bien plus qu’un élève ! En cas de difficulté, faites appel à un tiers et préservez la relation avec lui.

Privilégiez le jeu libre aux activités encadrées par des adultes. Un enfant apprendra mieux s’il évacue les tensions de la journée dans le jeu libre que dans une activité physique, elle aussi souvent soumise à la performance.

Multipliez les occasions de lire (les mauvaises lectures n’existent pas), de partager vos passions, vos hobbies et les leurs.

Encouragez la curiosité des enfants lors des promenades en ville, à la campagne... dans ses gestes quotidiens.

Faites appel à une aide extérieure dès que la démotivation s’installe. Celle-ci peut s'exprimer par différents comportements et allusions du type : « Mon professeur ne m'aime pas », il refuse votre aide, il a mal au ventre, il est déçu par ses résultats, il pense qu’il n’y arrivera pas, il a peu de copains, il oublie ses devoirs, il fait le clown en classe, il arrive en retard au cours, il fréquente l’infirmerie, il passe son temps dans la réalité virtuelle …

Je vous souhaite une année scolaire remplie de découvertes.


>>  L'agenda de la rentrée de grandir en confiance

>> Pour aller plus loin : Travail de John Hattie, Université de Melbourne, Australie dans Heureux d’apprendre à l’école, Dr Catherine Gueguen, Robert Laffont, 2018 - Expérience de Robert Rosenthal, psychologue américain ou l’effet Pygmalion, https://fr.wikipedia.org/wiki/Effet_Pygmalion - Conjuguer lecture et plaisir, Sophie Gagnon-Roberge, l’éducation un métier, éditions Érasme, 2018.