Relations Oser parler de son mal-être pour en sortir, ensemble avec le corps éducatif.

Le harcèlement à l’école a toujours existé. "C’est le propre de l’homme contraint", explique Bruno Humbeek psychopédagogue et spécialiste dans la question de la résilience et du harcèlement scolaire. Autrement dit, "c’est le propre des groupes humains qui sont forcés à rester entre eux. À l’école, l’espace est transformé en t erritoires ."

En revanche, ce qui est neuf, c’est que le harcèlement ne se déroule plus exclusivement entre les murs de l’école ou du lieu de travail. "Les réseaux sociaux sont une énorme caisse de résonnance du phénomène réel. C’est une force virtuelle, une puissance donnée au phénomène du réel. Les enfants sont humiliés dans la vie réelles et anéantis dans le virtuel."

Pour le psychopédagogue, spécialiste de la question du harcèlement, la série 13 Reasons Why est "bonne pour sensibiliser les jeunes et les adultes. Mais il faut aller au-delà!" Car, selon lui, la grande faiblesse de 13 reasons why est "le manque de présence et d’action des adultes. Le peu d’adultes qu’on voit dans la série donne l’impression d’être démuni face à la question du harcèlement scolaire. On laisse penser aux jeunes qu’il n’y a pas de solution. Certains, pensant que le problème n’a pas de solution vont laisser des mots, des images à voir post-mortem. Ils n’en ont pas parlé à leurs parents par crainte de leur faire de la peine. Le problème du harcèlement, c’est le désespoir qui peut se transformer en désespérance si l’adulte ne propose pas une solution."

Or, il en existe des multitudes. "Pour s’en sortir, il faut d’abord exprimer ce qu’on vit à l’intérieur d’un groupe, un groupe structuré de la présence d’un adulte. La présence de l’adulte et l’expression de ce malaise va pousser d’autres enfants ou adolescents du groupe à venir en aide au harcelé."

Changer d’école pour protéger son enfant et le sortir des griffes des "harceleurs" n’est pas la bonne chose à faire. "Il y a des saisons au harcèlement", poursuit le spécialiste. "Il y a le début de l’année qui est l’euphorie. Ensuite, certains élèves sont exclus de groupes, la situation se fige. Et ça s’arrête avec la fin de l’année, avant de reprendre l’année suivante. Si on change l’enfant de l’école, on lui donne l’impression que le problème était sans solution. Si, en revanche on travaille avec lui et le groupe qui le harcèle, l’enfant voit le système évoluer, il voit que les choses bougent."

Que faire, enfin, si vous découvrez que votre enfant est le harceleur? En parler avec lui et avec l’école. "Le parfait exemple du harceleur, c’est le Dr House. Il a sa cour. Il se sent surpuissant. Et il se permet de massacrer plein de gens. Le harceleur peut être quelqu’un qui a un humour mal contrôlé, une ironie certaine, il est pris dans un mécanisme de surpuissance. Deux théories concernant le harcèlement sont avancées. La première serait que le dominant se sert du groupe, la seconde évoque le groupe qui se sert du dominant pour exercer une pression. Des études démontrent que l’avenir s’annonce plus sombre pour le harceleur que l’harcelé. Il a une trajectoire plus difficile. Il faut stimuler chez lui l’intelligence émotionnelle."

Aujourd’hui, la Fédération Wallonie-Bruxelles outille les écoles afin d’informer et sensibiliser les élèves et le corps professoral. "Actuellement 700 écoles sont outillées, il restera les autres. l’idéal serait que toutes les écoles se lancent dans ce projet de prévention afin de pouvoir donner une réponse aux enfants qui le vivent. Le vivre ensemble ne s’impose pas, ça se construit. De nombreux enfants sont demandeurs, on le constate sur le terrain. Et il y a une série d’outils clairs pour apprendre le vivre-ensemble."