Relations Une enquête française révèle que la maladie perturbe la sexualité de 70 % des patients. Des solutions existent. Mais, le sujet reste difficile à aborder en consultation.

Les plaques rouges et desséchées de l’eczéma atopique (également appelé dermatite atopique) mettent les patients mal à l’aise. Beaucoup sont gênés par l’aspect de leur peau et par les démangeaisons incessantes. Ces désagréments ne facilitent pas les relations intimes, loin s’en faut ! L’étude ECLA (Eczéma cohorte longitudinale adulte)*, publiée en février 2018, révèle que les trois quarts des personnes atteintes à un stade sévère sont affectées dans leur libido. 48 % pensent que celle de leur partenaire en pâtit aussi. Plus de 18 % sont confrontés aux craintes, injustifiées, de leur conjoint que la maladie soit contagieuse. Au final, beaucoup fuient les contacts et ont tendance à s’isoler.

C’est l’estime de soi qui est en jeu

"La honte est telle que le sujet de la sexualité n’est pratiquement jamais abordé en consultation alors qu’il est omniprésent. C’est l’estime de soi qui est en jeu, même en dehors des crises. Certains restent traumatisés par le regard négatif de l’autre sur sa peau, donc sur sa personne. Ils en gardent une trace indélébile", dit le Dr Magali Bourrel-Bouttaz, dermatologue. "En général, les patients n’ont pas trop envie de se déshabiller et de se montrer à leur partenaire. Ils sont très ennuyés de l’image que véhicule leur peau et aussi très gênés par les démangeaisons", ajoute le Pr Martine Bagot, chef du service de dermatologie à l’hôpital Saint-Louis, à Paris.

Chez les adultes, les lésions peuvent toucher tout le corps, mais elles se développent surtout dans les plis cutanés, là où la peau macère sous l’effet de la transpiration et aux endroits où les vêtements frottent. L’atteinte génitale existe et elle n’est pas négligeable. Selon l’étude ECLA, près de 12 % des patients souffrant d’eczéma modéré ont des plaques sur les organes génitaux. Mais le pourcentage monte à plus de 23 % au stade sévère de la maladie.

Les crèmes peuvent être appliquées sur tout le corps

En période de crise, les rapports sexuels peuvent devenir douloureux car les démangeaisons s’exacerbent avec la chaleur, la transpiration et les frottements. "Dans ce cas, il ne faut pas hésiter à prendre une douche la plus fraîche possible pour calmer les brûlures et refaire un soin après la toilette. Des gestes qui peuvent d’ailleurs être pratiqués de manière ludique avec son partenaire", observe le Dr Bourrel-Bouttaz.

Contrairement à une idée reçue, les crèmes dermocorticoïdes - le traitement local des poussées d’eczéma - peuvent être appliquées sur tout le corps, même aux endroits les plus intimes. "Les femmes peuvent utiliser une crème forte ou d’intensité moyenne sur la vulve. En revanche, les hommes doivent, de préférence, appliquer une crème d’intensité moyenne sur la zone génitale car il existe un risque théorique d’atrophie de la peau", précise la dermatologue. On peut également appliquer ces corticoïdes sur les seins, sans risque pour la santé.

Bannir les savons et préférer la toilette à l’eau

À l’avenir, les nouveaux traitements, des biothérapies, devraient faciliter la vie des personnes concernées puisqu’ils s’administrent par voie injectable une fois par mois. Pour l’hygiène intime, il vaut mieux bannir les savons et tous les produits parfumés ou contenant des substances chimiques. "Le mieux, c’est la toilette à l’eau", assure le Dr Bourrel-Bouttaz. Quant aux sous-vêtements, chacun choisira la matière qu’il supporte le mieux. Mais en général, le coton est mieux toléré que le synthétique. Seule recommandation, ils ne doivent ni serrer ni frotter sur la peau. Enfin pour la lessive, il est préférable d’éviter les adoucissants, les produits trop parfumés et s’assurer de bien rincer.

* Étude menée auprès de plus de 1 000 adultes adhérents à l’Association française de l’eczéma et suivis dans les CHU de Brest, Bordeaux, Créteil et Reims.