Relations

C’est la dernière chronique pour cette année scolaire et avant de partir en vacances, j’avais envie de vous inviter à réfléchir à certaines de nos pratiques de partage sur les réseaux sociaux. Par Nathalie Vancrayenest, coach scolaire et parentale.

Je sais, certains me reprocheront de voir des difficultés et le mal partout, mais interroger nos automatismes et prendre conscience des conséquences de nos comportements sur les réseaux sociaux, n’est pas nocif.  "Vacances, j’oublie tout…" nous fredonnait la chanson, mais faut-il tout partager ?


Quels sont les comportements qui peuvent poser problème à nos enfants ?

Vous êtes fiers de vos kids et vous partagez leur vie en images sur différents médias ! Vous êtes-vous déjà demandé comment se sentira votre enfant lorsqu’il découvrira sa vie privée étalée, son intimité exhibée : premier bain, première panade, premier pas et premier vélo…. Mais aussi grosse colère, bêtises et clowneries en tous genres… Et je ne parle pas des mises en scène qui pourraient à 13 ans être considérées comme dévalorisantes à leurs yeux.

Contrairement aux idées reçues, les adolescents accordent toujours de l’importance à leur vie privée ! Ils sont aussi assez pudiques. Le fait de publier des infos personnelles, de publier des selfies plusieurs fois par jour n’y change rien : les ados ont un contrôle sur les contenus et les selfies qu’ils publient, pas sur les photos que leurs parents ont publiées d’eux gamins.

Lorsque vous publiez des photos de vos enfants, vous prenez le pouvoir sur eux, car ils ne sont pas en mesure de vous donner leur consentement ! Légalement rien ne vous oblige à leur demander leur autorisation avant la publication d’une photo sur laquelle ils sont reconnaissables.

Pourtant, des spécialistes du web s’accordent pour affirmer, que d’ici quelques années nous verrons se multiplier les procès d’enfants qui se sont sentis bafoués par l’étalage de leur image sur les réseaux sociaux.


Des questions à se poser

Maintenant que vous lisez ces quelques lignes, posez-vous les questions suivantes, je vous laisse avec les réponses.

Ai-je besoin de ces photos pour profiter de l’instant présent avec mes enfants ? Eh oui, il est étonnant qu’à l’heure où l’on paye pour méditer et être dans l’instant présent, nous ayons tant besoin de mémoire externe pour stocker notre bonheur.

Avez-vous déjà réfléchi au fait que ces photos pourraient être détournées à des fins commerciales, mais aussi par des prédateurs en tous genres ! Oui, je sais, les faits de pédophilie sont, le plus souvent, commis dans l’entourage des enfants, justement est-ce nécessaire de les surexposer ?

Et puis, je pense aussi à cette fillette de 9 ans que je reçois en consultation pour une phobie scolaire : le point de départ du harcèlement, une photo où elle se trouve en arrière-plan sur la plage. Image postée par sa grande sœur, partagée par les copains et réinterprétée par les petits frères !

Une fois postées, ces photos m’appartiennent-elles encore ? Est-ce que je peux les retirer ? Quels sont les paramètres de confidentialités ? Et si ces photos sont copiées et réutilisées ? N’existe-t-il pas un autre moyen de partager les progrès des bambins et mon bonheur de parent ?

Les réseaux sociaux sont-ils pour moi des pourvoyeurs « d’estime de soi » et de reconnaissance ? Pourquoi ai-je besoin du regard des autres et de leurs « like » ? Mes enfants, sont-ils les faire-valoir de ma famille parfaite, de mon rôle de parent ?

Comment ne pas être en porte-à-faux le jour où vous voudrez éduquer vos enfants aux bonnes pratiques sur le Net, au respect de la vie privée, aux droits à l’image ? Comment leur expliquer qu’ils doivent se protéger, protéger leur e-réputation ?

Maman, papa, ensemble vivons « ici et maintenant » ! Montrez-moi comment vous m’aimez par votre présence attentive, vos gestes chaleureux et bienveillants. Soyez fiers de moi, mais ne m’exposez pas ! Je ne suis pas sûr d’être d’accord avec cette photo de moi, dans 10, 15, 20 ans !

Jean-Pierre Florian, en son temps, nous avait prévenu « pour vivre heureux, vivons caché » dit le grillon qui a tant jalousé le papillon maintenant pris au piège….


Un cas particulier : La photo de mon enfant est celle de mon profil !

OK, vous êtes très fier de lui, mais là c’est trop !

En dehors de la considération juridique qu’est l’usurpation d’identité dont vous vous rendez coupable en affichant la photo de quelqu’un d’autre identifiée comme vous, avez-vous perçu les messages sous-jacents que vous envoyez à vos enfants ?

Vous leur dites : « Toi, moi, nous sommes un, nous ne sommes pas différents, tu es moi et je suis toi ! » Si vous l’affichez sur votre profil, il est assez probable que vous vous comportiez comme cela dans vos relations avec votre enfant dans le quotidien.

Vous me direz, mais je l’aime tellement fort et je vous répondrai que je ne doute pas de votre amour pour lui, mais là vous allez lui faire mal et ce n’est pas votre intention.

Il se pourrait aussi que vous idéalisiez cet enfant, sans reconnaître l’enfant réel qui est le vôtre, que vous l’investissiez de la mission de vous réparer, de réussir où vous n’avez pas eu l’occasion de réussir, de faire ce que vous auriez aimé faire…

Un enfant a besoin pour se construire d’une identité qui lui appartient et surtout que ses parents lui laissent sa place d’enfant !

Maintenant, vous savez ! Profitez de chaque instant de vos vacances, faites-vous des souvenirs qui n’appartiennent qu’à votre famille…


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