Relations Je suis devenu le psy de mon conjoint/ma conjointe : cette semaine, j’ai eu envie de vous parler de ce sujet, car vous êtes nombreuses et nombreux  à, à un moment ou l’autre, à vous demander comment vous pouvez aider votre conjoint(e) à aller mieux, à voir clair, à se sortir de telle ou telle situation,…

Parfois, vous venez même me voir "pour aider" votre conjoint(e), pour trouver des solutions pour lui/elle. Voici pourquoi ce n’est pas une bonne idée.


Le manque de distance

Dans les métiers liés à la thérapie, à l’aide aux autres, il est important de pouvoir garder une certaine distance. Ce qui n’empêche évidemment pas de s’investir dans son métier. Il est extrêmement difficile d’aider quelqu’un à avancer si l’on est dans un lien affectif avec cette personne.

L’une des règles fondamentales dans un processus thérapeutique est que le thérapeute n’est pas là pour se faire aimer, mais pour aider son « patient » à évoluer, à avancer, à prendre des décisions. Cela suppose un certain degré de confrontation. Il faut pouvoir renvoyer l’autre à ses incohérences, à ses schémas et à ses travers. Ce n’est pas nécessairement confortable et il faut pouvoir être détaché du besoin d’être aimé. Or, dans une relation affective, nous avons naturellement envie d’être aimé.

Vouloir être le psy de son/sa conjoint(e), cela provoque souvent un déséquilibre dans l’énergie investie par les parties. Je m’explique : il est très important de veiller à ne pas mettre plus d’énergie que la personne en souffrance dans son processus de guérison. C’est ce que l’on remarque souvent quand un proche s’acharne à aider quelqu’un de son entourage : cela finit par devenir une obsession et une sorte de harcèlement/acharnement à aider l’autre. Si vous mettez plus d’énergie que l’autre dans ses affaires, il y a un problème. Personne ne peut prendre les problèmes de quelqu’un d’autre en charge.


Chacun son métier

Même si vous êtes thérapeute ! Ce n’est pas pour rien que les médecins ne peuvent pas soigner et opérer leurs proches. C’est la même règle pour les métiers d’aide psychologique. Accompagner quelqu’un sur un chemin d’évolution, c’est un métier. Il y a des choses à dire et à ne pas dire, à faire et à ne pas faire et des moments pour tout.

Se positionner en tant que « psy » dans un couple est toujours une pente glissante. Cela crée de la confusion dans les rôles et dans les positions de chacun. De plus, vous ne pouvez pas l’aider malgré lui/elle. Aller voir quelqu’un est une vraie démarche, cela demande un engagement, du temps, de l’argent, de la remise en question. Mais si l’impulsion vient de la personne, alors le travail a des chances d’aboutir.

En revanche, si vous vous acharnez à vouloir sauver l’autre, à lui faire entendre raison, à lui ouvrir les yeux, cela va créer des tensions et des résistances. Finalement, le conflit sera au centre de votre couple parce que le conjoint qui prend la position du sauveur finira par être maltraitant d’insistance.

Ce qui est difficile c’est qu’il faut respecter le rythme de chacun et entre conjoints, cette tolérance est compliquée à appliquer parce que les enjeux sont mutuels. Chez un psy, pas d’enjeux pour le thérapeute, donc la distance est nettement plus facile à installer.


Un avis extérieur compte plus

© Reporters

J’entends très régulièrement en cabinet la phrase suivante : « Mon entourage me dit la même chose que vous. » Eh bien oui… Dans les grandes lignes, un thérapeute a souvent le même discours que l’entourage, pourtant quand vous l'entendez de proches, cela ne suffit pas. Nous avons besoin de quelqu’un de neutre qui n’a pas de parti pris, qui n’est pas impliqué émotionnellement, dont on ne mettra pas l’objectivité en doute.

Il est bien trop facile de classer l’avis de ses proches dans la catégorie : « Mais de toutes façons, t’es pas objectif/ve ! ». Moins pratique face à quelqu’un d’extérieur dont c’est le métier, vous en conviendrez.


Attention à votre syndrome du sauveur !

Je vous en ai déjà parlé dans une précédente chronique. Les conjoints sauveurs ont cette fâcheuse tendance à se positionner en thérapeute. Mauvaise idée ! Cela envoie comme message à votre moitié que vous voulez le changer et, donc, que vous ne l’aimez pas comme il est. Même si ce n’est pas ce que vous voulez transmettre, le message est implicite. Vouloir changer l’autre n’est pas adéquat et c’est ce qu’il percevra si vous vous acharnez.


Mais alors que faire ?

Encourager, soutenir, écouter. Donner votre avis si, et uniquement si, on vous le demande. Mettez vos limites, vous n’êtes pas obligé(e) de tout accepter sous prétexte que l’autre est en souffrance. Vous pouvez, éventuellement, faire des recommandations, attirer l’attention sur des choses que vous remarquez,… Mais n’y allez pas trop fort, vous risquez de taper sur les résistances et d’obtenir l’effet inverse.

À la semaine prochaine.

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