Cinéma Ludivine Sagnier va rendre jalouses ses copines en devenant la femme de Patrick Bruel... à l'écran

BRUXELLES Les cheveux blonds mi-longs un peu rebelles, le sourire éclatant en dessous de grands yeux interrogateurs, une veste en cuir et une flopée de bagues multicolores aux doigts, Ludivine Sagnier a toujours l'air d'une ado rieuse. On l'imagine bien à la sortie des écoles, dans la peau d'une élève, pas d'une maman. Qu'elle est pourtant depuis six mois! «Elle s'appelle Bonnie, annonce-t-elle fièrement tout en montrant la photo de sa fillette aux bonnes joues sur son GSM. Rien à voir avec Bonnie and Clyde ou Bonnie, la fille de Scarlett O'Hara dans Autant en emporte le vent. Ce sont des références auxquelles on ne pense qu'après coup. Elle a déjà complètement changé ma vie. Et je ne suis qu'au début de mes surprises. Je crois beaucoup à l'éducation par l'exemple, et elle nous oblige déjà à faire des efforts qu'on n'a pas tendance à faire juste pour soi, sauf pour un film. Je veux être la meilleure mère possible.»
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Y compris à l'écran. «Dans Une aventure, pour la première fois, je joue une maman. Rien que traverser la rue avec un bébé, cela m'a procuré un de ces bonheurs... Ce film marque une étape. Désormais, les rôles d'ado, merci bien... J'ai envie d'incarner à l'avenir des personnages plus en phase avec moi, au moins sur le plan du parcours et de la maturité.»

Ce qui n'est pas tout à fait le cas de Gabrielle, amoureuse instable en proie à de destructrices crises de somnambulisme. «Le somnambulisme, c'est juste un prétexte, une image de l'amour et de la difficulté de perdre le contrôle. D'une certaine manière, cela correspond bien à l'état second dans lequel se trouve l'acteur. Tout le monde est en attente, généralement de ce qu'il n'a pas. Ici, tout le monde veut vivre une autre histoire d'amour, en espérant qu'elle sera plus satisfaisante que la première.»

Une vision assez triste du couple. «Les histoires d'amour sont parfois très tristes. Elles sont souvent complexes. Comme la vie. En cela, le cinéma de Xavier Giannoli est magnifique: il reflète la réalité, tout en possédant une touche poétique, presque surnaturelle. Plus que d'autres, il pousse à réfléchir sur soi-même. François Ozon aime tout contrôler. Il sait exactement ce qu'il attend. Xavier, c'est exactement le contraire: il vous pousse à prendre possession du personnage, à essayer des choses, à recommencer quand on s'est trompé, à apporter ce qu'on a en soi. Au début, c'était effrayant. On se retrouve face à ses angoisses, qu'il faut exorciser. Mais en fin de compte, à chaque film, je fais l'économie d'une séance de psy...»

Pulvériser ses limites!

Tout en cultivant une mentalité de sportive, orientée vers l'exploit, le dépassement de soi. «Le cinéma, ce n'est pas que curatif! Il aide à changer, à pulvériser ses propres limites. Chaque rôle est un nouveau défi, un record qu'il va falloir battre. Et pourtant, au départ, je me dis toujours que je ne vais pas y arriver. Que c'est impossible. Mais une fois au pied du mur, il n'y a plus le choix: il faut se surpasser. A ce moment-là, il faut trouver la confiance en soi pour se dire qu'on peut tout jouer, à condition d'avoir les moyens nécessaires et, surtout, quelqu'un qui croit en moi!»

De ce côté-là, pas d'inquiétude à avoir. Même Hollywood la courtise. «Jouer dans une autre langue, cela pousse à prendre des distances par rapport à soi. C'est très agréable, même si je ne suis pas aussi à l'aise en anglais qu'en français. Mon prochain film, c'est le tout premier de Jacques Fieschi, le scénariste d' Une aventure. Cela s'appelle La Californie. Je vais jouer la fille de Nathalie Baye, qui n'a pas été élevée par sa mère et vient lui taper du fric! Je ne sais pas pourquoi je suis toujours celle par qui le scandale arrive. Au début, cela m'énervait. Maintenant plus: ce sont souvent des personnages intéressants. Après ça, j'enchaînerai avec le nouveau long métrage de Claude Miller, Un secret. Mes partenaires seront Cécile de France, Julie Depardieu et Patrick Bruel. Je vais jouer sa femme. Mes copines d'école vont en être vertes de jalousie, elles qui hurlaient Patriiiiiiiiiiiiiick comme des hystériques à ses concerts. Moi, je trouvais plus chic, à l'époque, de ne pas l'aimer! Pourtant, c'est quelqu'un d'attachant. Et cela me fait quelque chose de réaliser le rêve de tant de copines.» Elles doivent être quelques dizaines de milliers à la comprendre...

© La Dernière Heure 2005