Cinéma Jean-Loup Hubert a grandi avec des soeurs.«Ça aide!» dit-il

NAMUR Dix heures du matin. Un café bien noir, une clope qui se consume dans le cendrier et Jean-Loup Hubert qui s'excuse d'être un fumeur invétéré. Plus loin, affalées dans un canapé, deux de ses Trois petites filles le surveillent du coin de l'oeil. Juste retour des choses: c'est en observant sa propre gamine que l'idée de son film lui est venue. Rencontre matinale et rigolarde.

Gérard Jugnot nous avait dit, voici quelques mois, que le tournage de Trois petites filles avait été assez rock'n roll. En quoi?

«Là, vous les voyez tôt le matin (dit-il en désignant les petites filles en question ) et encore, il en manque une. Mais elles ont été choisies aussi pour ça: leur énergie, leur personnalité, leur caractère. Elles sont ultravivantes, elles n'arrêtent pas. C'est exactement l'histoire du film. Donc, déjà, il faut suivre. Ensuite, on a dû décaler le tournage pour attendre Gérard qui finissait Les choristes et qui enchaînait au théâtre. Donc, plutôt que de tourner en août-septembre, on l'a fait en novembre-décembre. Avec des journées très belles mais aussi de vraies tempêtes en montagne, le froid, la pluie. En même temps, cela donne un caractère particulier au film. Et comme c'est un road-movie, on était tout le temps en déplacement. On a tourné du nord au sud de la Corse.»

Ce qui n'est pas le pire, quand même...

«Ben non. Faire les repérages en Corse, c'était plutôt délicieux. D'autant qu'il nous fallait à chaque fois, pour chaque décor et avant de construire le plan de travail, nous dire que ça pouvait être opportun de regrouper certaines scènes. J'ai cherché des plages, des paillotes, des torrents un peu partout. Je suis très amoureux de ce pays. Je vis avec quelqu'un qui est originaire de Murato, en Balagne. C'est elle qui m'a emmené là-bas, il y a déjà quelques années et... waow. Moi, je suis breton d'origine et ce type de pays et de paysage un peu plus caractériel qu'ailleurs me plaît.»

Cette histoire s'est construite d'abord autour des trois filles?

«Oui. Au départ, c'est ma fille, Pauline, qui devait faire le film avec ses deux meilleures amies. Un jour, elle a rappliqué à la maison, rouge de confusion -elle devait avoir 13 ans - en me disant qu'elle avait vu Johnny Depp dans le bus. Elle a passé l'après- midi à essayer de me convaincre. J'étais déjà observateur de ce qui se passait entre Pauline et ses deux copines. J'avais déjà élevé deux garçons, avant, Antoine et Julien, que vous avez vus dans Le grand chemin et Après la guerre, mais avec Pauline, c'était nouveau. C'était LA fille. C'est un mélange curieux d'amour, de culpabilité parce que je me suis séparé de sa mère et qu'elle a été trimbalée une semaine sur deux. Je sentais bien que les choses qui la blessent, qui la déstabilisent, elle les disait à ses copines. Elles accumulent leurs forces ou leurs désillusions et ça, c'est un phénomène assez citadin et moderne.»

Et plus ça va, moins elles ont l'air de petites filles...

«Elles sont très matures. Pour les avoir observées, elles n'ont pas le choix. Ce qui est marrant, c'est qu'à certains moments, ce sont de petites filles et à côté de ça, non, pas du tout. D'où la force de cette amitié-là.»

Et leurs petits secrets, comment les avez-vous cernés pour les mettre dans votre film?

«Je suis à l'écoute. C'était déjà le cas avec ses frères quand ils étaient plus petits. Et puis, j'ai grandi avec des soeurs. Ça aide. Enfin, je revendique la part d'enfance qui nous fait tels que nous sommes.»

Votre fille vous disait quand votre histoire sonnait faux?

«Pauline était ma première lectrice. J'ai tendance à travailler la nuit. Elle lisait mes pages vers 7 h 30 avant de partir à l'école. Mais elle considérait que c'était assez juste.»

Et qu'a-t-elle pensé du film?

«Je pense qu'elle l'aime beaucoup. J'ai eu du mal à monter mon film, financièrement. Donc, du temps s'est écoulé entre l'écriture et le tournage. Pauline trouvait qu'elle avait changé, grandi. Elle ne voulait pas rater sa rentrée au lycée. Mais elle y a participé de façon magnifique puisque c'est elle qui a cherché les musiques. Muse, Janis Joplin, Radiohead, c'est elle.»

© La Dernière Heure 2004