Cinéma

Patrick Bruel, le héros du film de Claude Miller, était à Bruxelles la semaine dernière

BRUXELLES Comme chaque fois qu'il pose le pied en Belgique, Patrick Bruel est de bonne humeur. "On mange notre pain blanc, ici ", dit-il en s'enfonçant dans un canapé. "Les journalistes écoutent les albums, lisent les livres, voient les films... "

En l'occurrence Un secret , de Claude Miller, qui sera présenté ce soir au Festival de Namur, en présence du réalisateur. Patrick Bruel y campe Maxime, un athlète juif que l'Occupation va, comme des milliers d'autres, jeter sur les routes et obliger à renier sa foi. Une guerre qui va l'accabler du poids d'un terrible secret, qui a particulièrement parlé au coeur de l'acteur. "Je voulais comprendre qui était cet homme, quelles étaient ses raisons, ses motivations. Je voulais l'accompagner dans son secret, dans sa solitude ."

Sur le tournage, comme pour alléger l'ambiance, Miller ne cesse de conclure les prises en lançant à Bruel "le coeur de l'homme est un champ de bataille" . Une phrase qui aujourd'hui encore le fait sourire. Mais finalement pas tant que ça. "Bien sûr que c'est ce que je pense ", souffle-t-il. "J'ai amené beaucoup de moi dans ce personnage, beaucoup de mes bagages. Quand on me demande ce que j'aurais fait à sa place, je réponds Pareil, à tous les niveaux. Aujourd'hui, il n'est pas question de cacher sa judaïté. Je l'ai toujours affichée, je l'ai toujours mise en avant. Mais mettez-moi devant un contexte de danger pour ma famille, pour mes enfants, je fais quoi ? Si dire que je suis juif me met en danger, évidemment que je vais me taire. Bien sûr que non, je ne vais pas laisser mettre une étoile sur mes mômes, on ne va pas nous parquer, on n'est pas du bétail ." Bruel s'emporte et mélange effectivement sa propre vie avec celle de cet homme blessé.

Et puis, Patrick le séducteur a adoré, aussi, l'histoire d'amour qui se noue entre lui et Tania, jouée par une époustouflante Cécile de France. "J'ai aimé essayer de comprendre, sur le fond, cette passion qui l'aveugle. Il n'est plus dans son état normal, il est ailleurs, il est un autre... Il n'est pas salaud avec sa femme, il est sincère dans sa douleur, dans son hésitation. C'est un personnage qui paraît complexe et difficile à faire, mais pour moi, ça a été très fluide. Parce que j'avais un chef d'orchestre exceptionnel. " Mais aussi, peut-être, parce que, là encore, Bruel l'homme était touché au plus près...

Une époque qui l'aime bien

Après Entre-deux, sur scène , après La maison assassinée , Bruel renoue donc avec une époque qui semble l'aimer. "C'est un compliment que vous me faites là ", remercie-t-il. "Ça veut dire que l'acteur rend crédible l'époque dans laquelle il est. Mais je crois que tout est lié : le costume, le décor... Comme pour tout dans la vie, si vous y croyez vraiment, les gens vont y croire. Moi, j'y étais vraiment. Je vivais en 1936. "

Aujourd'hui, quelques mois après le tournage, Bruel avoue ne pas être sorti indemne d'Un secret . "Mais sans doute ne l'étais-je déjà pas en y entrant" , réfléchit-il à voix haute. "C'est sûr que le film arrive à un moment de ma vie où je me pose beaucoup de questions. C'est une histoire qui m'a beaucoup touché à sa lecture et là, de le voir sur l'écran, c'est bouleversant."



© La Dernière Heure 2007