Cinéma

Ô Jérusalem . D'après le best-seller de Lapierre et Collins

BRUXELLES Depuis sa sortie en librairies, en 1972, le best-seller de Lapierre et Collins a fait rêver plus d'un réalisateur. Costa-Gavras s'y intéressa et rencontra les auteurs, avec son scénariste George Semprun. Sans succès. William Friedkin (L'exorciste, French Connection ) et le scénariste John Briley (qui avait adapté Ghandi d'après les mêmes auteurs) se rétractèrent ensuite. Sujet trop sensible et brûlant...

Elie Chouraqui, lui, a fini par oser et, rien que pour ça, il mérite déjà un sacré coup de chapeau. L'auteur de Mais qu'est-ce qui fait courir David ? a remué ciel et terre pour contourner tous les obstacles conduisant à la réalisation d'Ô Jérusalem qui évoque la naissance de l'État d'Israël en 1948. La date du 27 novembre 1947 est historique. Ce jour-là, les 56 pays de l'Onu votèrent le partage de la Palestine. La Belgique vota oui, mais le drame fut que le conflit éclata aussitôt entre Juifs et Arabes, sous le regard impassible des troupes d'occupation britanniques qui se retiraient sur la pointe des pieds.

Le départ du film est celui du roman. À New York, deux amis fêtent la fin de la guerre 40-45. L'un est un Juif américain tandis que l'autre est un Arabe de Jérusalem. Lorsqu'ils embarquent pour la Palestine, ils ne savent pas que le destin va bientôt les amener à s'affronter... Pour d'évidentes raisons de sécurité, le film a été tourné sur l'île de Rhodes et ne souffre jamais du manque de moyens. L'ouvrage n'insiste pas sur la violence des combats mais n'en trahit pas le contexte. Rien d'essentiel n'a été éludé, pas même le massacre d'un village par des extrémistes juifs du groupe Stern, et qui fut à la base du départ de nombreux Palestiniens effrayés. Le film s'achève sur une poignante touche d'humanisme qui hélas !, depuis près d'un demi-siècle, est restée voeu pieux. Un film généreux qui laisse rêveur.



© La Dernière Heure 2006