Christian Clavier adore «effleurer la réalité»

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE DOMINIQUE DEPRÊTRE Publié le - Mis à jour le

Cinéma Il met un point d'honneur à défendre le côté artistique du métier d'acteur

PARIS Son rôle de PDG en proie au doute le rapproche encore un peu plus des personnages de Louis de Funès auquel on n'hésite plus à le comparer. Avec L'antidote, c'est sûr, Christian Clavier franchit une étape de plus dans l'escalade de cet humour survolté qui renoue avec ce que le cinéma comique français a fait de meilleur.

Qu'avez-vous le plus apprécié dans le personnage que vous incarnez dans L'antidote?

«Le côté Marx et Freud, c'était pas mal! Mais le film colle beaucoup plus à la réalité qu'on ne pourrait le croire. Ce qui est amusant, avec la réalité, c'est de l'effleurer. A certains moments pourtant, le film va très loin. Il souligne notamment l'importance des médias dans la séquence chez Michel Drucker. J'aime le côté politique du film aussi...»

A ce propos, on vous prête l'idée de vouloir parodier Sarkozy à l'écran...

«Ce serait excitant il est vrai. Mais laissons aussi la politique pour ce qu'elle est. Et puis, n'est-ce pas plus amusant encore de voir... Sarkozy jouer son propre rôle?»

Comment vous y prenez-vous pour enchaîner les tournages d'un personnage à l'autre?

«Je m'efforce toujours de trouver ma part de vérité dans ce qui est écrit. Dans le rôle du grand patron de L'antidote , il faut retenir que cet homme est faible comme, en fin de compte, tous les personnages importants. On a beaucoup critiqué Bruno Ganz pour avoir accepté d'incarner Hitler dans La chute. Moi, je lui tire mon chapeau. Après tout, j'ai joué Napoléon qui n'était pas un ange. Le truc avec moi, c'est qu'il ne faut jamais m'engoncer dans un rôle. J'aime ma propre imagination. Et ce qui me plaît, c'est de ne savoir jamais vraiment ce que je vais faire. Tenez, dans L'entente cordiale, le film suivant que j'ai fait avec Vincent De Brus, j'ai Daniel Auteuil comme partenaire. A deux, nous avions convenus de ne jamais répéter ensemble, pour garder cette liberté de manoeuvre, ce plaisir de l'imagination mutuelle.»

Pourtant, vous aimez visiblement travailler avec les gens que vous connaissez...

«C'est vrai, l'esprit de troupe me plaît toujours autant, raison pour laquelle je me réjouis de retrouver Les bronzés. Plusieurs comédiens et comédiennes de L'antidote ont été repris pour L'entente cordiale. Il ne faut pas oublier que l'esprit de troupe a engendré les plus grands succès, en tout cas les plus intemporels du cinéma comique français.»

Justement, comment jugez-vous le cinéma français d'aujourd'hui?

«Je ne me plains pas dans la mesure où j'ai l'occasion de tourner beaucoup sans pour autant verser dans la boulimie. J'aime les tournages où ça bouge et je vous assure que je ne suis pas narcissique du tout, contrairement à ce qui a parfois été écrit à mon sujet. J'aime toujours autant si pas davantage mon rôle d'acteur. Le cinéma français d'aujourd'hui? Selon moi toujours trop complaisant dans l'ensemble, c'est-à-dire qu'il ne pense pas encore assez à son public, comme c'était le cas avant. Mais ce n'est certainement pas pire que le cinéma américain qui se clone de plus en plus, à outrance...»

Visiblement, vous n'avez pas gardé un bon souvenir du tournage des Visiteurs en Amérique!

«C'était une expérience très intéressante, mais il y a une chose que j'ai apprise, c'est que les Américains ne savent pas discuter. Avec eux, tout doit être comme sur du papier millimétré. Ils ne savent laisser aucune part à l'improvisation. C'est comme ça qu'on perd le côté vraiment artistique et selon moi indispensable du métier...»

Le film sur Cinebel.be

© La Dernière Heure 2005

ENVOYÉ SPÉCIAL EN FRANCE DOMINIQUE DEPRÊTRE