CINEMA - «Des hommes gentils, ça manque»

Propos recueillis par Patrick Laurent Publié le - Mis à jour le

Cinéma France Boutique. Tonie Marshall a réalisé un film humain sur le téléachat

Horaires et bande-annonce sur www.cinebel.be

BRUXELLES Le sourire frondeur, les cheveux courts en pétard, le verbe humoristique et la réplique aisée, Tonie Marshall ressemble à ses films, Enfants de salaud ou le formidable Vénus beauté (institut). Ses yeux trahissent l'envie de rire. Et sa manière de rendre la vie plus drôle, c'est de tourner encore et toujours des comédies. Son dernier long métrage n'échappe pas à la règle. En passant à la moulinette tous les tics et astuces du téléachat, France boutique ne cherche pas à révolutionner le 7e art, mais juste (c'est déjà énorme!) à procurer un peu de plaisir. Tout en mettant le doigt sur nos petits travers de consommation, comme le faisait déjà Jean Yanne en 1972 avec Tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil.

«C'est amusant: c'est la première fois qu'on fait le parallèle entre les deux. Mais c'est vrai qu'il y a pas mal de points communs. Le film de Jean, dont je suis fan, est plus ironique. La comparaison me fait néanmoins très plaisir.»

On sent beaucoup de tendresse dans votre regard sur le téléachat.

«Je ne voulais pas faire une satire, mais me demander ce qui se passe quand on travaille tous les deux dans cet univers clos et qu'on connaît une crise de couple. Comment continuer à vendre quand ça va mal dans sa vie et qu'on est obligé d'improviser et de continuer à faire preuve de complicité à l'écran? Ils vivent dans un univers de simulation perpétuelle. C'est d'ailleurs cela qui me plaît quand je regarde le téléachat: je rêve de tout ce que je pourrais faire avec, par exemple, un four. Cela procure un moment de bien-être. Au moment d'acheter, le rêve tombe: ce n'est qu'un four, alors que, pendant la démonstration, c'était tellement plus: c'était une proposition de vie.»

La télé n'en sort pas grandie...

«Non, mais du temps de Pierre Bellemare, qui m'a inspiré, les émissions duraient des heures, les plans étaient très longs, on désossait l'objet, on parlait autour, alors que les pubs ou les films font tout l'inverse, avec des montages ultrarapides. Pierre Bellemare, lui, pour parler d'une planche à décongeler, racontait toute la vie du poisson ou de ses voyages sur la mer! Pendant 10 minutes, il m'avait fait rêver. C'était comme un bijou d'art moderne. Cela n'avait rien à voir avec l'efficacité de la pub. Cela tient plus de l'hypnose. Maintenant, cela change, mais cela deviendra moins intéressant pour la spectatrice - je n'achète jamais - que je suis. Le film est cruel pour la télé, parce que rien n'est caricaturé. Par contre, je n'arrive pas à être caustique avec les présentateurs: ils ne sont pas pires que ceux qui travaillent dans un bureau. Ils ont un métier, ils y croient, et lorsqu'ils rentrent chez eux, ils ont les mêmes doutes, ils sont compliqués. Comme tout le monde. Pour moi, ils sont comme des acteurs: ils y croient sur le moment même. Pierre Bellemare, par exemple, n'a jamais voulu vendre de produit de beauté. Pour moi, le téléachat est très différent de Star Academy ou du Loft, où le casting manipule les candidats. Ce n'est pas un hasard s'ils ont tous un passé à gros problèmes ou ont travaillé dans le milieu du sexe. Et si la mère pouvait avoir un cancer, voire mourir pendant l'émission, ce serait encore mieux! C'est ça la vraie manipulation. Tandis que le téléachat reste artisanal.»

«C'est toujours ça de pris!»

Le couple est assez peu conventionnel: pour se retrouver, chacun va chercher le bonheur ailleurs!

« François Cluzet se la joue: il frime, mais il ne se passe rien. Tandis que Karin Viard, elle agit à l'américaine: elle paie, elle consomme. Et tout d'un coup, un type lui dit qu'il va être amoureux d'elle pendant deux heures. C'est toujours ça de pris! Les hommes amoureux, gentils, c'est exactement ce qui manque en ce moment. Dans les situations de crise, ce sont souvent les femmes qui agissent. Les hommes préfèrent le laisser-faire. Parfois, je me dis que je suis trop correcte, que je ne vais pas assez loin.»

Ah bon?

«J'ai peur de ne pas être comprise»

BRUXELLES «Les dialogues, c'est mon petit plaisir, poursuit Tonie Marshall. J'ai adoré Audiard parce qu'il savait créer un univers avec ses phrases. La façon de parler des gens est capitale. Une fois qu'on sait comment parle un personnage, on l'a déjà défini en grande partie. Trop souvent, au cinéma, tout le monde s'exprime de la même façon. Moi, j'aime les tics de langage. J'ai demandé à Judith Godrèche, par exemple, de s'inspirer d'Erin Brockovich. C'est une fille qui a des jupes ras du bombe, des seins comme ça et qui n'en fait jamais usage. Elle reste concentrée sur ses objectifs. Judith est parvenue à apporter ce décalage: ce n'est pas vraiment une pétoulette cliché, mais elle l'est un peu quand même. Elle réfléchit toujours avec un petit peu de retard, mais elle reste concentrée sur le boulot. C'est cela qui est drôle. Et très réaliste en même temps. Elle parle vrai.»

Vous vous moquez un peu d'elle aussi: elle est mannequin et parle de sa cellulite...

«Si un acteur n'a pas d'humour sur soi, on ne travaille pas ensemble. C'est le principe même de la comédie. Maman (Micheline Presle, NdlR), par exemple, devait jouer une femme qui picole pas mal. Le fait qu'elle se prenne des portes et qu'elle râle parce que ce n'est pas moderne que les portes ne s'ouvrent pas automatiquement, cela me fait rire. Et elle aussi.»

Comment avez-vous choisi les autres comédiens?

«J'ai pensé à François Cluzet avant d'écrire le scénario: à mes yeux, lui seul pouvait être un petit Pierre Bellemare, un peu étriqué, pas trop à la mode, pas glamour. Or, il a un charme fou et peut descendre très profond dans l'humanité. Karin Viard, j'ai vu chez elle quelque chose de plus féminin et doux, qu'elle n'exprimait pas beaucoup. Dans le film, elle se sent moche, elle a des doutes, alors qu'elle est splendide. Ce sont des acteurs qui expriment quelque chose en plus que les dialogues.»

Vous appréhendez la sortie?

«Oui. J'ai le trac. J'ai peur que le public attende un film plus parodique, qu'il ne se marre pas assez. Alors que j'ai fait une fiction plus mélancolique, humaine. J'ai peur de ne pas être comprise.»



Le film sur Cinebel


© La Dernière Heure 2003

Propos recueillis par Patrick Laurent

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