Cinéma On nous avait prévenu lors de la rencontre parisienne pour Les petits princes : Eddy Mitchell a l’air bourru au premier abord mais en fait, " c’est un gros nounours". Ok, c’est plutôt rassurant. De fait, même habillé relax en jeans surmonté d’un simple t-shirt noir, le rockeur-acteur-crooner barbu de 71 ans ne paraît pas commode.
 
Visage fermé, grillant clope sur clope, Mister Eddy attend les questions avec moins d’impatience qu’un whisky. Avec courtoisie, il répond à tout. Le plus souvent par des phrases courtes. Mais de temps à autre, son visage s’éclaire d’un grand sourire enfantin, ses yeux deviennent malicieux et le "gros nounours" qui sommeillait jusque-là se réveille pour charmer tout le monde de sa belle voix grave.

Vous aviez déjà joué dans À mort l’arbitre. Le foot vous tient à cœur ?  

"Non, c’est un hasard. Je n’ai pas de rapport avec le foot. Comme tout le monde, je suis un spectateur lambda. S’il y a un match important avec des stars, je regarde. Sinon, je n’y connais rien. C’est important mais je ne suis pas un grand connaisseur, ce serait mentir."  

En quoi le rôle d’entraîneur vous a séduit ?  

"J’aime bien regarder les choses et à chaque match de foot, quand la caméra est sur l’entraîneur, il le sait. Et il joue. Il a les bras croisés, immobile, et quand la caméra arrive, il bouge…"  

D’après le cinéaste, vous incarnez un entraîneur très vieille France, en contraste avec votre image de rocker.  

" L’histoire de ce film tourne autour d’une petite équipe d’ados pas très importante, qu’il va falloir booster. Aucun grand entraîneur ne viendra s’occuper de ces ringards-là. Donc, on prend un ringard, que je suis, qui prend pour l’aider un type qui a un passé douteux. Et qui n’est pas de première jeunesse. C’est ça qui est intéressant : c’est un vieux qui, pour un de ses derniers coups, s’occupe de jeunes et est étonné par leur attitude. Ils l’écoutent et vont obtenir ce que lui désire."  

Vous avez l’impression que les jeunes manquent de repères aujourd’hui ?  

"Je suis mal placé pour parler de ça. Ce que j’aime dans ce film, c’est que ce sont des mômes, issus de banlieues, de races différentes, de familles opposées, qui n’ont qu’une passion, le football. Ils ne pensent pas du tout à braquer les petites vieilles, à se camer, à faire du trafic. Leur truc, c’est d’être Zidane. Et ça m’intéressait. Dans les banlieues, il n’y a pas que ce qu’on nous montre dans la presse ou à la télé, il y a aussi des jeunes, normaux, qui ont envie de sortir de là. Et quand on désire quelque chose, on est prêt à tout."  

Vous seriez prêt à tout ?  

"Je n’ai jamais rien à risquer, moi. Mais je comprends cette décision. Moi, tout me tombe toujours tout rôti, je ne vois pas pourquoi je devrais me battre."  

Vous vous sentez proche des jeunes ?  

"Non, c’est impossible à 71 ans d’avoir un esprit de 14 ans. Mais je les admire : ma génération a été gâtée. Quand j’étais môme, j’étais montré du doigt parce que je ne travaillais pas. J’évitais le travail. Et il y en avait pour tout le monde. Alors qu’aujourd’hui, quelqu’un qui veut travailler a du mal à en trouver. C’est en ça que c’est dramatique. Et qu’il y a de la délinquance."  

Vous vous sentez une âme de mentor ?  

"Non, pas du tout. Je ne suis pas donneur de leçon."