En prison, il ne peut monter les marches de Cannes

AFP Publié le - Mis à jour le

Cinéma


"Pendant la journée, il était sur le tournage et le soir il retournait en prison"


CANNES Ce n'est pas la loterie mais le loft télévisé qui fait rêver les Italiens jusqu'au chaos chez Matteo Garrone, seul Italien en lice pour la Palme d'Or avec "Reality", dont l'acteur principal, en détention, n'aura pu monter les marches vendredi sur la Croisette.

Tranche napolitaine assez conventionnelle, "Reality" suit une smala modeste mais joyeuse, conduite par un père de famille hableur, poissonnier et amuseur à ses heures jusqu'à ce qu'il se porte candidat à une émission de télé-réalité.

Le "Grande Fratello", un genre de "loft" à l'italienne, promet au vainqueur la fortune pourvu qu'il supporte la cohabitation avec les autres candidats, tous parqués sous l'oeil de caméras intrusives.

Luciano qui a passé le casting sans trop y croire pour faire plaisir à ses enfants finit par ne plus vivre puis survivre que dans l'espoir de les rejoindre.

"Pour beaucoup désormais, la télé-réalité c'est devenu le nouvel Eldorado", a estimé Matteo Garrone en conférence de presse.

Le réalisateur, qui avait remporté en 2008 le Grand Prix de Cannes pour "Gomorra", autrement plus grave et plus violent, explore ainsi un autre aspect de la société italienne. Mais il s'est défendu de "toute intention critique" à l'encontre de son pays: "Cette histoire c'est une fable, une sorte de désillusion".

Mais la véritable surprise du jour fut l'absence du comédien principal à la tribune et surtout les raisons de celle-ci.

Aniello Arena, a expliqué Matteo Garrone, "est en prison depuis 18 ou 19 ans": "Il a obtenu l'autorisation d'un juge de nous rejoindre pour le tournage mais pas celle de venir à Cannes", a-t-il indiqué sans préciser le motif de son incarcération.

"Pendant la journée, il était sur le tournage et le soir il retournait en prison", a raconté son metteur en scène, soulignant que l'acteur était "très heureux" de savoir le film en sélection officielle à Cannes.

Aniello Arena a entamé une carrière d'acteur en 2001 à la Maison d'arrêt de Volterra, dans la province de Pise, où fut fondée il y a plus de 20 ans la Compagnia della Fortezza, dirigée par le metteur en scène Armando Punzo qui l'a fait depuis jouer dans plusieurs de ses pièces.

Le Festival de Berlin a déjà consacré, en février dernier, la tradition italienne du jeu d'acteurs en prison en décernant l'Ours d'Or au film des frères Paolo et Vittorio Taviani: "César doit mourir" suit l'adaptation libre du "Jules César" de Shakespeare par des détenus d'un quartier de haute-sécurité de la centrale de Rebbibia, à Rome.

"Reality" de Matteo Garrone est le quatrième film, sur 22, présenté en compétition depuis l'ouverture du festival mercredi soir.

© La Dernière Heure 2012

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