Cinéma Frédéric Beigbeder déshabille les femmes dans Lui et dans son nouveau film, L’Idéal.

Il flottait un agréable parfum de sensualité, hier, sur Bruxelles. Agrémenté d’une pointe d’érotisme. Et la présence de Frédéric Beigbeder n’y était pas étrangère. Le quinquagénaire, qui a déshabillé les plus belles femmes dans son magazine, Lui, a récidivé dans son deuxième long métrage (quatre ans après L’amour dure trois ans), L’Idéal, une description extrêmement cynique du monde de la beauté. Les candidates top models, qui se voyaient déjà devenir les nouvelles Gisele Bundchen ou Doutzen Kroes, se font humilier en quelques mots ("Et si tu arrêtais de manger pendant un an ?") et traiter "d’immondes" avec une cruauté innommable.

Ce monde-là, qui le "fascine" et le "terrifie à la fois", le romancier-cinéaste le connaît bien. "J’espère qu’on apprend des choses sur les coulisses de la mode, que cela défoule, que cela venge, et qu’en sortant de la salle, les spectateurs regarderont autrement les affiches sur les murs en se demandant pourquoi on leur impose cette image."

Mais vous participez à ce monde du fantasme !

"Je suis complètement fasciné par la beauté. Admirer les femmes, il n’y a rien d’autre qui m’importe, quand j’écris, je trouve, quoi que je fasse… Ce sont les femmes qui me maintiennent en vie. C’est en même temps une souffrance et une féerie. Je suis émerveillé et je trouve ça dégueulasse. C’est le sujet du film. La beauté est un pouvoir et une injustice. Très peu de femmes ressemblent à celles qu’on voit sur les murs."

Grâce à Audrey Fleurot qui pose dans Lui, vous vous faites un double coup de pub…

"Je suis dans le système, autant l’assumer. Les photos sont sublimes. Entre nous, on en plaisante beaucoup. Audrey n’est pas que belle; elle est drôle, fantasque. Elle fait des trucs dingues. Je suis très heureux de sa générosité, à tout point de vue (rire) ."

Vous n’avez jamais pensé à inclure une séance de photos dans le contrat des actrices ?

"J’aurais dû… Il y a beaucoup de jolies femmes dans mon film."

Comment faites-vous pour convaincre une star comme Marie Gillain de poser pour Lui ?

"C’est courageux car ce genre de photo circule éternellement sur Internet. Quand elle accepte, elle prend un risque. Car à notre époque, curieusement, c’est devenu beaucoup moins détendu que dans les années 70. Il y a le retour du puritanisme, une pression pour voiler les femmes, et c’est une décision compliquée pour une comédienne. Pour la convaincre, on lui explique qu’elle va contrôler les photos, magnifiées par de très bons photographes, et c’est accompagné d’un entretien intelligent et drôle. C’est pour ça que Marie Gillain, Laetitia Casta ou Monica Bellucci ont accepté : on leur consacre un numéro complet, on ne regarde pas seulement leurs nichons."

"Il reste une place pour l’érotisme dans un monde de pornographie"

Dandy, provocateur cool, Frédéric Beigbeder semble mettre un point d’honneur à toujours surprendre. À l’écran, par exemple, les femmes à moitié nues pullulent. Mais le seul sexe visible est masculin… Et cela l’amuse. "Moi, je demande aux actrices de se déshabiller, notamment dans mon magazine, mais je ne sais pas si je serais assez courageux pour le faire si on me le demandait… Cela dit, Je l’ai déjà fait, plusieurs fois, mais ce n’était jamais du full frontal. J’ai montré la bite des autres dans mon film, mais pas la mienne. Il reste encore une chose que je n’ai pas faite (rire)."

L’éternel potache redevient sérieux en évoquant le buzz fait par les clichés publiés dans Lui, pourtant plutôt sages par rapport à ce qu’on voit à la télé, dans la pub ou sur Internet. "C’est un grand mystère pour moi qu’à l’heure du porno sur Internet, il y ait toujours cette fascination. Mais je pense que c’est bien qu’il y ait encore une attraction pour l’érotisme dans un monde de pornographie. Pour moi, c’est dangereux de confondre désir masculin et domination masculine. Il faut y faire très attention. Les hommes comme les femmes doivent rester attentifs à ce que l’érotisme ne disparaisse pas. J’espère que mon magazine contribue à préserver l’érotisme. Si nous n’y faisons pas gaffe, on pourrait entrer dans un monde aseptisé, asexué, extrêmement triste, qui serait le monde du film Brazil."