Gad Elmaleh : “Je ne m’installerai pas en Belgique”

Interview > Patrick Laurent Publié le - Mis à jour le

Cinéma

Rencontre avec Gad Elmaleh hier soir à Bruxelles pour le film de Costa-Gavras, Le capital

BRUXELLES Le contraste est saisissant. À l’écran, dans le nouveau film de Costa-Gavras attendu mercredi en salle, Le capital , Gad Elmaleh campe “un voyou en chemise blanche” , un capitaliste sauvage et cynique prêt à tout pour amasser les millions. À la ville, par contre, il rit de tout, expérimente des idées de sketches et répond aux questions en toute simplicité. Y compris celles qui ont trait à une rumeur de déménagement en Belgique pour éluder l’impôt en France.

“C’est faux !” s’exclame-t-il en mimant l’appui sur un buzzer. “C’est une rumeur sur les réseaux sociaux. Moi, j’adore la Belgique; je n’ai pas eu besoin d’attendre les rumeurs d’exil fiscal pour travailler en Belgique où je présente mes spectacles depuis 20 ans, mais je n’ai pas envie de quitter la France. Je pense même qu’au bout du compte, on n’est pas gagnant en partant. Économiser de l’argent c’est bien beau, mais j’ai une vie en France, une famille, un enfant, des amis, une relation avec le public. Je ne vais pas faire le démago : personne n’est content de payer beaucoup d’impôts. Mais c’est comme ça, c’est un mal nécessaire. Je participe. Et moi, j’ai une histoire particulière avec la France. Que beaucoup n’ont pas. Vous connaissez beaucoup d’artistes immigrés en France ?”

Johnny…

(Éclat de rire) “Moi, j’ai réussi en France, elle m’a beaucoup donné et je n’ai pas envie de la quitter dans les moments où ça va mal. Cela va décevoir certains racistes… C’est beaucoup, 75 % d’impôts, mais qu’est-ce que je peux y faire ? Cela va durer deux ans, apparemment. Eh bien, ce sera deux ans.”

Quel rapport à l’argent inculquez-vous à votre fils ?

“J’ai beaucoup plus d’argent que mon père en avait quand j’étais gamin : il n’en avait pas ! Avec mon fils, j’essaie de lui transmettre, même si c’est complexe, plus les attitudes et les comportements que les chiffres. Je connais des gens qui gagnent bien moins que moi et leurs enfants sont pourris gâtés. Cela ne veut rien dire. Je lui montre comment j’ai réussi : j’ai travaillé comme un fou furieux, et s’il faut du talent, il faut aussi de la chance. Chez moi, il y a un cadre très important, avec ma toute première fiche de paie. C’est très important pour moi. Le chiffre est ridicule mais à l’époque, il ne l’était pas. Je lui apprends à se contenter de ce qu’on a au moment où on l’a. Cela va augmenter. Mais ce n’est pas évident : il sait que son père a de l’argent. Mais je reste ferme. Je lui donne une petite somme d’argent chaque samedi. S’il dépense tout le samedi, il ne recevra rien avant le samedi suivant.”

Costa-Gavras a agi comme ça avec vous, en vous donnant de l’argent de poche à chaque bonne idée…

“C’est vrai. Il me donnait un euro à chaque bonne idée. Je ne suis pas devenu très riche : j’ai ramassé 11 euros ! Il y a 11 idées à moi dans le film. C’était un clin d’œil drôle, c’était un jeu, de l’humour qu’il avait sur lui-même. Mais il m’a refusé 460 idées (rires) ! C’est plutôt ce chiffre-là qu’il faut retenir.”



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