Cinéma

Tout le monde s’attendait à fêter les Noces d’or de Stephan Streker aux Magritte ce samedi soir. Ou que l’autre favori, Lucas Belvaux collectionne les trophées avec Chez nous. Mais un outsider les a (largement) coiffés au poteau : Insyriated, de Philippe Van Leeuw. L’incursion dans la guerre de Syrie à travers le cauchemar vécu par une famille cloîtrée dans son appartement, aussi originale que puissante, a triomphé avec six statuettes en forme de quilles de bowling (dont ceux de la réalisation et du meilleur film), n’en laissant que deux à Noces et… un seul à Chez nous. Pour Emilie Dequenne. Qui réussit le hat trick : trois nominations et trois victoires pour elle.

Insyriated fait assurément honneur au cinéma belge, à l’humanité et à la cause des migrants (très fortement défendue par tous les intervenants sur la scène), mais Noces (nommé pour le César du film étranger) et Chez nous, tout aussi brillants et intelligemment interpellants, auraient mérité un meilleur sort.

François Damiens, aussi, lui qui est snobé pour la septième fois (un record absolu), le prix d’interprétation masculine revenant à Peter Van den Begin pour King of the Belgians. Sa partenaire d’Ôtez-moi d’un doute, Cécile de France, a connu le même sort funeste : aucune de ses trois nominations ne s’est transformée en récompense jusqu’à présent.

Grave, qui décroche deux prix, dont celui du meilleur film étranger en coproduction, peut aussi être considéré comme un des gagnants inattendus de cette soirée.

Mais comme la cérémonie des Magritte, c’est avant tout une grande fête, difficile de passer sous silence la prestation de Fabrizio Rongione, très inspiré. Et pas seulement pour danser à la façon de Michael Jackson. Déchaîné, inspiré, il a multiplié les bons mots et les vacheries. Aussi bien vis-à-vis de la RTBF qui accueille la cérémonie pour la première fois ("On est passé de Be TV, une chaîne que tout le monde connaît mais personne ne regarde, à La Deux, la chaîne du Grand Cactus…"), que du cinéma belge dans son ensemble. "Parler du foot ou du cinéma belge, c’est presque la même chose : tous les deux durent 1 h 30, mais dans les stades, il y a des spectateurs…"

Hugues Dayez, qualifié de "notre meilleur ennemi" , n’a pas échappé à sa verve grinçante. Pas plus que les frères Weinstein. "Quand on entend parler de frères, aujourd’hui, ça fait peur. Moi-même, j’ai eu un problème avec un frère, dans mon travail, mais je ne me souviens plus duquel, la caméra bougeait trop." Mais ce sont les hommes politiques qui ont le plus dégusté. Et surtout Didier Reynders : "Vous avez vu Star Wars ? Vous avez rejoint le côté obscur de la Force. Mais moi je sais qu’il y a encore du bon en vous."

Elio di Rupo n’a pas été oublié, en évoquant un remake de Paris pieds nus : "Cela s’appellerait Mons pieds nus . L’histoire d’un vieux politicien menacé d’être mis en maison de retraite par sa famille politique."

Hilarant. Une vraie réussite. Qui confirme le statut des Magritte, comme une vraie fête du cinéma.


Le palmarès (avec les gagnants en gras):

Meilleur film

- "Chez nous" de Lucas Belvaux, produit par Patrick Quinet (Artemis Productions)

- "Dode hoek" de Nabil Ben Yadir, produit par Nabil Ben Yadir (Antilope joyeuse) et Benoit Roland (Wrong Men)

- "Insyriated" de Philippe Van Leeuw, produit par Guillaume Malandrin (Altitude 100 Production)

- "Noces" de Stephan Streker, produit par Michael Goldberg et Boris Van Gils (Daylight Films)

- "Paris pieds nus" de Dominique Abel et Fiona Gordon, produit par Dominique Abel et Fiona Gordon (Courage Mon Amour)

Meilleur acteur

- "King of the Belgians": Peter Van Den Begin (role : le Roi Nicolas III)

- "L’amant double": Jérémie Renier (role : Paul)

- "Le fidèle": Matthias Schoenaerts (role : Gino)

- "Otez-moi d’un doute": François Damiens (role : Erwan)


Meilleure actrice

- "Chez nous": Emilie Dequenne (role : Pauline Duhez)

- "King of the Belgians": Lucie Debay (role: Louise Vancraeyenest)

- "Otez-moi d’un doute": Cécile de France (role : Anna)

- "Paris pieds nus": Fiona Gordon (role : Fiona)


Meilleure espoir féminin

- "Even lovers get the blues": Adriana Da Fonseca (role : Dalhia)

- "Happy end": Fantine Harduin (role : Eve Laurent)

- "Home": Lena Suijkerbuijk (role : Lina)

- "Mon Ange": Maya Dory (role : Madeleine adolescente)



Meilleur espoir masculin

- "Dode hoek": Soufiane Chilah (role : Dries Ben Haissa)

- "Home": Mistral Guidotti (role: John)

- "Le passé devant nous": Arieh Worthalter (role : Olivier)

- "Sonar" : Baptiste Sornin (role : Thomas)


Meilleur scénario original ou adaptation

- "Chez nous": Lucas Belvaux

- "Insyriated": Philippe Van Leeuw

- "King of the Belgians": Peter Brosens, Jessica Woodworth

- "Noces": Stephan Streker



Meilleur premier film

- "Even lovers get the blues" de Laurent Micheli, produit par Camille Meynard (Grenade), Anton Iffland Stettner et Eva Kuperman (Stenola Productions)

- "Faut pas lui dire" de Solange Cicurel, produit par Diana Elbaum (Entre Chien et Loup)

- "Je suis resté dans les bois" de Michael Bier, Erika Sainte et Vincent Solheid, produit par Marie Besson et Samuel Tilman (Eklektik Productions)

- "Sonar" de Jean-Philippe Martin, produit par Julie Esparbes et Anthony Rey (Helicotronc)

- "Spit’n’Split" de Jerome Vandewattyne, produit par Christele Agnello et Julien Henry (La Film Fabrique)


Meilleur montage

- "Chez nous": Ludo Troch

- "Home": Nico Leunen

- "Le fidèle": Alain Dessauvage

- "Noces": Jérôme Guiot

- "Paris pieds nus": Sandrine Deegen


Meilleurs décors

- "Grave": Laurie Colson

- "Mon Ange": Luc Noël

- "Noces": Catherine Cosme


Meilleur court métrage de fiction

- "Avec Thelma" de Raphael Balboni et Ann Sirot, produit par Julie Esparbes (Helicotronc)

- "Kapitalistis" de Pablo Munoz Gomez, produit par David Borgeaud et Erika Meda (Roue Libre Production)

- "Le film de l’été" d’Emmanuel Marre, produit par Sebastien Andres et Olivier Burlet (Michigan Films)

- "Les petites mains" de Remi Allier, produit par Benoit Roland (Wrong men)


Meilleurs costumes

- "Grave": Elise Ancion

- "King of the Belgians": Claudine Tychon

- "Noces": Sophie Van Den Keybus


Meilleur court métrage d'animation

- "69 Sec" de Laura Nicolas, produit par l’Atelier de production de La Cambre

- "La licorne" de Remi Durin, produit par Arnaud Demuynck (La Boite,… Productions)

- "Le lion et le singe" de Benoit Feroumont, produit par Guillaume Malandrin (Altitude 100 Production)

- "Le vent dans les roseaux" d’Arnaud Demuynck et Nicolas Liguori, produit par Arnaud Demuynck (La Boite,… Productions)


Meilleure musique originale

- "Chez nous": Frédéric Vercheval

- "Insyriated": Jean-Luc Fafchamps

- "Le fidèle" : Raf Keunen


Meilleure image

- "Grave" : Ruben Impens

- "Insyriated": Virginie Surdej

- "Mon Ange": Juliette Van Dormael


Meilleur son

- "Insyriated": Alek Goose, Paul Heymans

- "Noces": Olivier Ronval, Michel Schillings

- "Sonar": Benoît Biral, Félix Blume, Frédéric Meert


Meilleure acteur dans un second rôle

- "Chez nous": Patrick Descamps (role : Jacques)

- "Dode hoek": David Murgia (role : Axel Bastien)

- "Faut pas lui dire": Laurent Capelluto (role : Daniel)

- "Le fidèle": Jean-Benoît Ugeux (role : Serge Flamand)


Meilleure actrice dans un second rôle

- "La confession": Lucie Debay (role : Sabine)

- "La fille de Brest": Isabelle De Hertogh (role : Corinne Zacharria)

- "Noces": Aurora Marion (role : Hina Kazim)

- "Une vie" : Yolande Moreau (role : La baronne Adelaide Le Perthuis des Vauds)


Meilleure réalisation

- "Chez nous": Lucas Belvaux

- "Dode hoek": Nabil Ben Yadir

- "Insyriated": Philippe Van Leeuw

- "Noces": Stephan Streker

Meilleur film flamand

- "Cargo" de Gilles Coulier, produit par Gilles Coulier, Gilles De Schryver et Wouter Sap (De Wereldvrede)

- "Home" de Fien Troch, produit par Antonino Lombardo (Prime Time)

- "King of the Belgians" de Peter Brosens et Jessica Woodworth, produit par Peter Brosens et Jessica Woodworth (Bo Films)

- "Le fidèle" de Michael R. Roskam, produit par Bart Van Langendonck (Savage Films)


Meilleur documentaire

- "Burning out" de Jerome le Maire, produit par Arnauld de Battice et Isabelle Truc (AT-Prod)

- "Enfants du Hasard" de Thierry Michel et Pascal Colson, produit par Christine Pireaux (Les Films de la Passerelle)

- "La belge histoire du festival de Cannes" de Henri de Gerlache, produit par Bernard de Launoit (Alize Production)

- "Rester vivants" de Pauline Beugnies, produit par Laurence Buelens (Rayuela Productions)


Meilleur film étranger en coproduction

- "Baccalauréat" de Cristian Mungiu, coproduit par Luc et Jean-Pierre Dardenne et Delphine Tomson (Les Films du Fleuve)

- "Faute d’amour" d’Andrei Zviaguintsev, coproduit par Jean-Pierre et Luc Dardenne et Delphine Tomson (Les Films du Fleuve)

- "Grave" de Julia Ducournau, coproduit par Jean-Yves Roubin (Frakas Productions)

- "I, Daniel Blake" de Ken Loach, coproduit par Jean-Pierre et Luc Dardenne (Les Films du Fleuve)