Cinéma Dix ans après sa mort, un portrait de l'acteur vu par son fils et une cuvée spéciale de bourgueil

BRUXELLES «C'est bizarre la vie. Lui qui aimait tirer le vin, il est né en vingt et s'est tiré le vingt (20 avril 1994), à 74 ans. Le coeur a dit stop et mon père n'a pas insisté. Pas le genre à s'imposer. Pas envie de déranger. Papô s'est donc retiré sur la pointe des pieds. Mais dans ses charentaises. Question de confort. Et de principe.» Qui pouvait mieux que Jean Carmet incarner à la ville ce cher Papô? C'est ainsi qu'un jour son fils Jean-François, alors trentenaire, l'appellera, par plaisanterie. L'acteur apprécie. Lui-même a surnommé son fils Nanou depuis sa naissance, sans raison particulière, et même Monsieur Nanou quand il était de bonne humeur. «De sa part, c'était une grande marque de tendresse. Nous n'étions pas très expansifs, peu ou pas d'embrassades entre nous, on ne se touchait pas. La tendresse était cachée et chez les Carmet, elle ne s'exprimait pas par ces gestes-là.»

Dix ans donc que Jean Carmet a tiré sa révérence pour se reposer au cimetière du Montparnasse, laissant au public 200 films, des chefs-d'oeuvre et des comédies plus populaires, des rôles incroyables comme dans La soupe aux choux ou Bouvard et Pécuchet, mais aussi des présences très remarquées dans Le grand blond avec une chaussure noire, Buffet froid ou Papy fait de la résistance.

Jean-François Nanou Carmet, artiste peintre à Avignon, a décidé de poser le pinceau pour prendre la plume et rendre hommage à son paternel au travers d'un Carmet intime, un portrait qui sonne très juste. Et comment pourrait-il sonner faux? Fermez les yeux, vous entendez la voix de Jean dans celle du fiston. Ouvrez-les, c'est son portrait craché, comme on dit chez nous! «J'aurais pu faire 800 pages sur mon père, tellement il y a d'anecdotes à raconter, tellement de souvenirs partagés.» Il a donc fallu couper, résumer et encore enlever pour ne retenir que le meilleur. Restent 180 pages d'une écriture sobre et émouvante à la fois, agrémentée au détour de l'une ou l'autre ligne de cet humour, cette autodérision teintée d'ironie qui sied si bien aux Carmet père et, visiblement, fils.

L'ami Carmet a grandi à Bourgueil, non loin de Tours, dans la Loire, le fils envisage d'y revenir. Y vivent environ 4.000 personnes et probablement bien plus de pieds de vigne de ce vin de Loire, un vin de soif, tellement rond et gouleyant. Voulant devenir artiste, Carmet père partit pour la capitale, ses galères et ses soupers d'infortune. Mais toujours resta en lui ce besoin de revenir respirer dans sa contrée ligérienne. Le succès venant, il invitera ses potes à découvrir ce havre de paix et de joie de vivre. Ce seront des visites fréquentes avec Gérard Depardieu, Jean-Pierre Coffe, Jean-Marc Thibault... le petit canon de vin n'étant jamais loin.

Pour célébrer ce 10e anniversaire, Jean-François, son frère Olivier et la maison Bouvay-Ladubay ont élaboré ensemble une cuvée de bourgueil Jean Carmet. «Un vin sans prétention, léger, un vin de soif, comme tu disais. Cette année, la cuvée des vins de Loire a été exceptionnelle. Comme pour te faire honneur.»

Jean-François Carmet, Carmet Intime, au Cherche Midi. Infos vin: 0497/80.43.52.

© La Dernière Heure 2004