Cinéma

Jérémie Renier s’est inspiré de ses enfants pour Philibert

BRUXELLES On ne sait si Jean Marais et Errol Flynn se sont retournés dans leur tombe en découvrant Philibert en avant-première spéciale au paradis du 7e art. Ou s’ils ne se sont plus sentis d’aise, flattés par l’hommage que leur rend Jérémie Renier. Seule certitude : le trentenaire préféré des frères Dardenne ne se voyait pas vraiment jouer épée à la main et collants multicolores bien moulés sur ses jambes. “Errol Flynn a commencé à 35 ans ! Nous, on l’a fait sur le mode actuel. Philibert n’aurait pas pu être joué par Errol Flynn. C’est un grand adolescent. C’est pour ça qu’on a pensé à moi, qui suis très très jeune… (sourire). Au départ, j’étais assez craintif. Pas pour l’histoire ou le film que je trouve assez original, intéressant, pas banal du tout pour une comédie… Un beau pari, quoi. Dangereux, car cela peut vite basculer dans le ridicule. Je me demandais si j’étais capable d’entrer dans ce personnage, cet univers burlesque. Je voyais très bien Jean Dujardin le faire, mais pas moi.

Vous ne vous voyiez pas dans le répertoire comique ?

“Non, pas du tout. Je fais rire les gens dans la vie, mais pour moi, c’est beaucoup plus dur de faire rire dans une comédie que de jouer dans une dramatique, où on se repose sur quelque chose de plus intime, qu’on ne doit pas montrer. La vision du réalisateur est géniale et noble : quand il parle des éclairages ou des cadres, on sent qu’il aime tellement ces codes de cape et d’épée que c’est un hymne d’amour, pas une parodie. Avec le décalage contemporain, forcément, c’est drôle. Cela m’a touché. Je ne le regrette pas du tout : j’ai pris un pied monumental à interpréter Philibert dans ses frasques folles, dans ses combats. C’est le héros tel qu’on se l’imagine enfant, en jouant chez soi. Tout cela rattache à l’enfance. Pendant le tournage, je n’arrêtais pas d’appeler mes enfants de 10 et 5 ans en leur disant que c’est génial ! J’étais un gamin. Je me demandais comment ils allaient le voir…”

Vous vous êtes inspiré d’eux ?

“Oui, il a un peu un côté de mes enfants. C’est un adulte avec une énergie et une insouciance d’enfant. C’est ce qui le rend touchant et un peu con en même temps. C’était difficile de trouver cette justesse, de ne pas basculer dans le ridicule total et d’arriver à être héroïque. Sylvain Fusée avait tellement planché, était tellement à fond dedans (quand il a une idée en tête, il ne démord pas facilement), savait tellement où il voulait aller que je lui ai fait confiance. Je lui ai juste dit que s’il me mettait dans le ravin, je revenais lui casser les jambes (rire).”

Est-ce que vous avez refusé quelque chose ?

“Euh… Non, je crois que j’ai malheureusement tout accepté. Et pourtant, au départ, je n’étais pas pour les collants. Surtout verts, bleus et rouges ! Je pensais que j’aurais l’air con, ridicule. Mais en fait, ce sont les codes du genre et donc il faut y aller à fond. C’est beaucoup plus facile pour moi d’avoir un autre look pour jouer un personnage. Avec les collants, l’épée et la coiffe, j’étais déjà Philibert..”



© La Dernière Heure 2011