Cinéma

Rencontre exclusive un cinéaste qui compte visionner trois à quatre films par jour durant le Festival de Cannes.

Une fois n’est pas coutume, nos compatriotes sont plutôt discrets sur la Croisette. Mais pas absents pour autant. Il en est même un qui va devoir enfiler son smoking tous les soirs pour monter les marches, le seul juré belge (pour la section Un certain regard, présidé par Uma Thurman, le veinard), Joachim Lafosse. Qui nous a reçus en exclusivité entre deux essayages d’un nœud papillon récalcitrant.

“Être le seul juré belge, c’est une fierté, bien sûr, reconnaît-il. Une reconnaissance. Un peu égocentriquement, je profite. Je crois que je n’en reviens pas encore. Mais je suis ravi, simplement parce que le cinéma c’est ma passion, que le Festival de Cannes est le plus grand au monde et qu’y sont sélectionnés les plus beaux films, il ne faut pas se raconter d’histoires. C’est là qu’on voit le meilleur cinéma. Ne rien faire d’autres pendant dix jours que regarder la programmation d’Un certain regard, c’est un luxe.”

Comment Thierry Frémaux vous l’a annoncé ?

“C’est parti d’une blague. En présentant E.T. au Festival Lumière, qu’il a créé, je lui ai fait une blague en lui disant qu’un jour, je m’étais réveillé d’une sieste en ayant envie d’être juré à Un certain regard. Il m’a téléphoné plus tard en me disant :Tu te souviens de ta sieste ? Eh bien voilà…”

Comment concevez-vous le rôle de juré ?

“Se retrouver en compétition officielle, c’est déjà une victoire. On n’est pas en sport : ce n’est pas le meilleur qui va gagner, mais celui qui aura le plus séduit le jury, composé de cinq personnalités avec leur subjectivité. Le prix sera l’expression du style et de la particularité de ce jury-là. Moi, j’ai envie d’être surpris. Et de laisser un peu de temps aux films, qui sont comme le bon vin.”

Uma Thurman présidente, c’est une chance…

“Il y a pire… Mais aussi retrouver Reda Kateb. Un jury, ce n’est pas l’occasion de faire des contacts professionnels mais des rencontres. Les films nous permettent de parler de nous. Se retrouver tous les soirs à en discuter, ce sera une manière de se dévoiler.”

Vous parlez bien anglais ?

“Je me défends. Ça ira…”

Se retrouver en compétition officielle, c’est un but ?

“C’est mon rêve ! C’est la quête comme la chante Brel.”

Vous allez beaucoup monter les marches ?

“Je vais essayer d’aller voir un film en compétition officielle par jour. En plus des deux à trois films pour Un certain regard… C’est ma passion. Le cinéma m’a sauvé la vie. C’est ma respiration. J’aime vraiment ça.”

© AFP

Quel film suscite la plus grande attente chez vous ?

“Spontanément, celui d’Hazanavicius (Le redoutable, sur Jean-Luc Godard, ndlr). Je suis très curieux de découvrir aussi la série de Jane Campion (Top Of The Lake,

ndlr).”

Retour après sur les plateaux ?

“Je commence une préparation en quittant le Festival. Le film s’appelle Continuer , avec Virginie Efira, dans les plaines d’un pays splendide, avec un adolescent. Voir plein de grands films avant le tournage, c’est très bien, j’aurai le regard vif.”