Cinéma Jude Law estime que King Arthur colle parfaitement à l’époque que nous vivons.

Du fatras des acteurs hollywoodiens surfaits qui vivent de leur image plus que de leur talent, Jude Law ne fera jamais partie. Du gentleman, il n’a pas que la prestance, mais aussi la culture et les bonnes manières. Ce n’est pas un hasard s’il milite dans des associations contre la pauvreté, Make a Wish, pour trouver des moyens dans la lutte contre le cancer du sein ou en tant qu’avocat pour la paix. Plus qu’une star, c’est un homme de conviction.

Et même s’il tient le rôle du cruel roi Vortigern dans King Arthur, il parvient à donner du sens à un personnage hautement haïssable et à un divertissement plus spectaculaire que profond. "Pas pour la préparation, mais parce que c’est une histoire merveilleuse, j’ai vu Excalibur et lu Arthurian legend par T.H. White. D’évidence, c’est un récit qui fait partie du folkore de nombreuses cultures. Au cœur de l’histoire se trouve un sens de l’espoir, qui pousse à croire que quelque part, il y a un bon leader qui va améliorer la situation pour notre service et prendre soin de nous. Aussi longtemps qu’il y a de l’espoir, tout ira toujours bien."

À ses yeux, la légende garde donc toute sa pertinence aujourd’hui. "Ce film tombe à point nommé. Il nous met en garde contre les égocentriques, le fascisme et la division. Je pense aussi qu’il arrive au bon moment parce que le public est très en demande de films d’action spectaculaires, et qu’en plus, il y a un élément super-héroïque intelligent dans ce film. Excalibur donne à Athur un pouvoir quasiment surhumain qu’il doit apprendre à contrôler."

Autant dire que Guy Ritchie, qui l’avait déjà dirigé dans les deux Sherlock Holmes, n’a pas dû s’employer énormément pour l’attirer dans sa nouvelle aventure. "Guy fait des tentpoles (le nouveau terme qui remplace blockbuster et qui doit être à la base de sagas, NdlR) avec style, esprit et énergie. Quand il a tourné les Sherlock Holmes, je me demandais comment il pouvait appliquer son style au Londres victorien et à l’héritage de Sherlock Holmes. Il avait fait un job merveilleux. C’était incroyablement amusant et collaboratif. Quand Guy est venu me voir pour King Arthur, j’ai été intrigué à nouveau. Je me demandais comment il appliquerait son style à la légende d’Arthur. J’ai aimé que l’histoire baigne dans la boue, le sang et la sueur de Londinium. Et j’ai adoré le fait qu’il s’inscrive dans le monde de la fantaisie et du folklore."

Et en plus, il a réussi à ne rien lui divulguer de tout ça pour le convaincre ! "Il ne m’a pas vraiment fait le résumé de l’histoire. Il m’a juste dit : Je veux que tu incarnes le méchant . Nos discussions ont alors porté sur l’arrière-plan du récit et ce que Vortigern allait apporter à l’ensemble. Je ne voulais pas que Vortigern soit un assassin rusé ou insolent. Je le voulais pourri jusqu’à la moelle (rire) . Le fait qu’il y ait un prix à payer pour obtenir et garder le pouvoir était un élément particulièrement noir qui m’intéressait beaucoup. Vortigern est un peu comme un drogué. Il est prêt à tout sacrifier pour garder son pouvoir. Parmi tous ces intéressants vilains, Vortigern ne se voit pas lui-même comme un bad guy. Pour lui, les autres sont juste une sorte de distraction, ou de dommages collatéraux dans la réalisation de son objectif, le contrôle total."

Loin de la manière dont Guy Ritchie dirige ses comédiens, donc. "Mon souvenir le plus incroyable, c’est de voir Guy se creuser la tête pour les prochaines scènes dans une petite cabine, en attisant un feu. En fait, il y cuisait du poulet pour nous ! C’était assez folklorique : on avait l’impression de faire du camping." Pas sûr que son réalisateur soit heureux qu’il s’agisse là de son meilleur souvenir…